Le nouveau film évènement de Spielberg ne suscite pas que des louanges. Vu le sujet abordé, il fallait s'en douter...
MUNICHUn film de Steven Spielberg
Avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Matthieu Kassovitz, Ivan Attal, Michael Lonsdale
Durée : 2h40
Sortie : 25 Janvier 2006 Il n’est pas question ici de remettre en question la maîtrise technique de Steven Spielberg, dont la virtuosité n’est plus à prouver. Effectivement, les premières minutes de
Munich – la mise en place de l’attentat – soulignent une fois de plus la fluidité de sa mise en scène, d’une efficacité redoutable. Le problème, c’est que l’adjectif est à prendre au sens propre du terme : rien de plus dangereux en effet que cette mise en scène percutante quand elle est au service d’un argument peu clair. Que Steven Spielberg mette de côté une certaine finesse scénaristique pour relater
La Guerre des Mondes, passe encore. Mais le sujet de
Munich méritait un traitement particulièrement délicat sachant les échos qu’il ne manquera pas de trouver dans l’actualité la plus immédiate.
Certains diront que Steven Spielberg se garde bien de trancher entre l’impitoyable violence de Septembre noir et la vengeance aveugle du Mossad. En apparence, il est vrai que le montage alterne les points de vue tandis que le scénario trouve même le moyen de confronter, dans une scène digne du théâtre de boulevard, les deux chefs des factions ennemies.
En réalité, le regard de Steven Spielberg est beaucoup moins objectif qu’il n’y paraît et c’est bien ce qui pose problème : on aurait moins regretté qu’il prenne clairement parti plutôt qu’il pêche par naïveté en faisant croire le contraire (en y croyant lui-même ?). Car en commençant son film et en l’achevant par le menu détail du massacre des onze athlètes israéliens, c’est bien avec la cruauté des terroristes palestiniens qu’il choisit d’imprégner la rétine du spectateur. D’autant plus que dans le même temps, il prend d’infinies précautions pour souligner la volonté des agents du Mossad de ne pas faire de victimes collatérales, en particulier avec la scène du téléphone (nous n’en dirons pas plus pour ne pas « gâcher » la tension du moment), parfaite démonstration de l’art de Spielberg de mêler suspense et mélo : le tout laisse quand même un arrière-goût franchement déplaisant.
Il faut ajouter à cela le brouillard scénaristique qui entoure la famille française que l’on voit aider Avner (Eric Bana) à dénicher les responsables de l’attentat de Munich : de vagues allusions à l’anarchisme et à la 2nde guerre mondiale ne suffisent pas à lever les doutes qui entourent son appartenance politique ou même ses motivations. Quel que soit le talent de Mathieu Amalric et Michael Lonsdale, qui permettent à leurs personnages d’échapper de peu à la vision caricaturale de Français amateurs de boudin et sensibles à la politesse.
A force d’approximations d’un côté et d’effets appuyés de l’autre, Steven Spielberg ne réussit jamais à se montrer crédible dans sa tentative d’illustrer le cercle vicieux induit par la violence. Sans douter de sa bonne foi, on regrette que son regard manque autant de finesse et incite carrément à aller vérifier la réalité des faits du côté du documentaire. On pourra d’ailleurs le faire en partie le mercredi même de la sortie de
Munich, avec la distribution concomitante d’
Un jour en septembre (Oscar du meilleur documentaire en 2000), consacré à l’attentat même.