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Musée haut, musée bas

La critique d'Excessif

5/5
muses L'HISTOIRE : Mosaïque de personnalités et de personnages, ce film est le portrait de ce peuple des musées, chaque jour plus nombreux, qui vient visiter, se réfugier ou travailler dans ce lieu de folie, de liberté et d'imaginaire et y jouer une fois de plus la comédie humaine parfois jusqu'au burlesque ...
Non ! La comédie française ne se limite pas à Bienvenue chez les Ch'tis, Bouquet final et autre Passe-Passe. Loin de nous l'idée de dénigrer ces oeuvres, fort respectables au demeurant, nous ne saurions d'ailleurs trop vous (re)conseiller le film de Tonie Marshall dont la sortie en DVD est imminente, mais il faut néanmoins leur reconnaître un certain classicisme, souvent responsable d'un mépris de plus en plus répandu de la part du public pour ce genre de spectacles, Dany Boon restant une exception. Heureusement, quelques artistes continuent sur leur petite lancée et développent ainsi un univers ou un style souvent hors du commun. L'auteur et réalisateur Jean-Michel Ribes appartient à cette illustre famille.

MUSEE HAUT, MUSEE BAS
Un film de Jean-Michel Ribes
Avec Pierre Arditi, Julie Ferrier, Josiane Balasko, Michel Blanc, Evelyne Bouix, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison, André Dussollier, Guillaume Gallienne, Gérard Jugnot
Durée : 1h33
Date de sortie : 19 Novembre 2008

Musée Haut, Musée Bas correspond à sa quatrième mise en scène cinématographique, après Rien ne va plus, La Galette du Roi et Chacun pour toi. Adaptée de sa propre pièce dont le succès fut retentissant, Musée Haut, Musée Bas demeure une oeuvre unique dans l'Histoire du Septième Art, une expérience étonnante au sein même de la Culture. Le film ne peut se résumer aisément. Il faut le voir, pour le croire. L'intrigue se concentre sur une journée, où différents personnages se croisent inlassablement à l'intérieur d'un musée. Parmi eux, entre autres, une femme cherchant désespérément la salle Kandinsky, des provinciaux amoureux des Impressionnistes, un ministre venant assister à une exposition de sexes, ou bien encore divers touristes galopant d'une salle à l'autre, le tout sous l'oeil avisé du conservateur, terrorisé par les plantes vertes.

Bien évidemment, nous ne pouvons passer outre l'incroyable casting, première attraction du film. Mais sans réitérer l'erreur commise en cette même année par Thomas Langmann sur le tournage d'Astérix aux Jeux Olympiques, Jean-Michel Ribes ne se contente pas ici d'accumuler de simples noms plus ou moins connus. Tous méritent entièrement leur place, au service d'un personnage leur correspondant avec magnificence, ou réciproquement. De plus, le cinéaste mélange essentiellement, et pour notre plus grand plaisir, des stars de cinéma (Josiane Balasko, Michel Blanc, André Dussollier, Gérard Jugnot, Victoria Abril) à celles du théâtre (Franck de la Personne, Pierre Arditi, Julie Ferrier, Guillaume Gallienne, Christian Pereira), parfois les deux en même temps (Fabrice Luchini). En somme, de vrais artistes, purement et simplement ! Nous ne pouvons en revanche citer l'ensemble des comédiens participant à cette aventure, mais précisons qu'aucun ne détient le rôle principal, le film reposant finalement sur l'ensemble, sans exception. Nous nous arrêterons toutefois sur Philippe Khorsand, disparu en début d'année, trouvant donc avec Musée Haut, Musée Bas son ultime apparition au cinéma, après une longue et riche carrière de personnages secondaires incontournables. Le film lui est dédié, à juste titre. Par ailleurs, quelle merveilleuse idée d'avoir fait appel à l'excellente Muriel Robin. Beaucoup trop rare sur nos écrans, l'humoriste excelle pourtant ici avec brio dans la peau d'un des personnages récurrents les plus réussis, où nous retrouvons avec bonheur sa gouaille légendaire utilisée à bon escient. Le public lui a sans aucun doute pardonné son invraisemblable participation au film de Jean-Marie Poiré Les Visiteurs 2 : les Couloirs du Temps. Il est donc temps aujourd'hui de lui offrir des rôles à la hauteur de son incommensurable talent. Jean-Michel Ribes l'a enfin compris. Au suivant !


Si le réalisateur s'intéresse dans ce film aux grandes oeuvres artistiques de notre Histoire, il s'amuse avant tout à brosser le portrait de ceux qui les admirent, les détestent ou les jugent parfois avec intelligence, d'autres non. Il enchaîne alors les séquences délirantes, partagées entre absurde et folie, au sein d'un univers à la fois réel et fantastique. Le film se trouve aussi agréablement mis en "musique" par des dialogues d'une rare perfection, et une partition signée Reinhardt Wagner, compositeur désormais incontournable, actuellement à l'affiche de Faubourg 36 et Le Crime est notre affaire.
Avec un goût prononcé pour le farfelu, des costumes aux décors, en passant par une esthétique globale qui lui est parfaitement propre, Ribes se rapproche bien souvent de la série Palace, créée selon ses propres soins à la fin des années 80 pour la télévision. Musée Haut, Musée Bas risque donc d'en larguer plus d'un en cours de route, ce qui devrait sans conteste le mener rapidement au rayon des films cultes. Finalement, notre seul regret est de voir la lumière se rallumer, tant nous aurions souhaités rester des heures entières plongés au coeur de cet incroyable rêve. En tous les cas, après l'avoir "visité", vous ne regarderez plus les musées de la même façon.

A l'instar d'un Bertrand Blier, Jean-Michel Ribes appartient donc à ces derniers "dinosaures" du cinéma français, en possession d'un véritable style, à la fois unique et fantaisiste, dont nous ne pourrons jamais cesser de vanter tout le mérite. Musée Haut, Musée Bas se révèle être, à l'heure actuelle, la meilleure comédie française de l'année.

Gilles Botineau

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