Le petit
Billy Elliot est devenu grand… Près de dix ans après sa prestation remarquée dans le conte social de Stephen Daldry, le jeune Jamie Bell revient une fois de plus faire ses preuves sur grand écran dans un polar cynique et décalé entre
Following de Christopher Nolan et
Rebecca d’Alfred Hitchcock. A mi-chemin entre le drame pur et la comédie romantique,
My Name is Hallam Foe est une oeuvre inclassable sur un adolescent brisé et introverti, complexé par sa vie et terrassé par l’absence de sa mère décédée trop tôt... Intriguant, déroutant et émouvant.
L’adolescence ne se passe jamais comme on le souhaiterait... Si les drames du quotidien, amplifiés par une sensibilité accrue, semblent s’acharner sur le sort des jeunes adultes, certains d’entre eux sont plus instables, dérangés ou carrément fêlés. Hallam Foe en est un. Mais rapidement, s’il est néanmoins présenté comme un être voyeur, indélicat et bourré de complexes, le réalisateur porte un regard attendrissant sur ce cynique invetéré, persuadé d’un assasinat de sa mère par une belle-mère arriviste. Traitant avec subtilité de la difficulté du deuil et de l’acceptation de soi, MacKenzie réussit l’exploit de nous faire entrer dans l’esprit de Foe sans pousser la dramaturgie à l’extrême. Distillant ingénieusement des éléments de polar dans ses premières minutes,
My Name is Hallam Foe prend plusieurs chemins détournés et tend à questionner le spectateur sur la nature du film et ses ambitions, tant cinématographiques que scénaristiques.
Mais plus le métrage avance plus les pistes vont se brouiller... Thriller érotique, malsain, comique, social, étrange, nerveux et psychologiquement torturé,
My name is Hallam Foe n’appartient pas à un genre établi et les comédiens qui le peuplent participent également à ce patchwork surprenant qui reste néanmoins d’une véritable homogénéité. Les rencontres que fait le jeune Hallam déconstruisent le jeune adolescent reclus qu’il était devenu et façonnent un être hybride, tiraillé entre la quête de son identité, de sa mère et d’une paix intérieure. Le tout est indéfinissable mais terriblement envoûtant, à l’instar de l’activité du personnage, qui ne cesse d’observer des inconnus à travers une paire de jumelles. Et à notre insu, nous nous retrouvons prisonniers de cette position de voyeur, à la fois angoissante et manipulatrice et nous projetons dans la conscience de cet homme brisé...

Sans perdre le fil de son histoire, MacKenzie joue sur différents tableaux et profite de notre fascination pour Hallam pour nous convaincre de ses élucubrations sur l’assassinat potentiel de sa mère. Prenant donc la tournure d’un récit policier aux allures Hitchcockiennes, le long-métrage devient palpitant et entre dans une nouvelle dimension menant le spectateur à un véritable climax dramatique bouleversant. Le passage à l’âge adulte, l’acceptation de soi et les difficultés d’accepter le mort d’un proche sont autant de thèmes passionnants évoqués dans
Hallam Foe, et ce avec la plus grande délicatesse, l’humour le plus noir et une tendresse enivrante. La prestation des comédiens, exemplaire, est à saluer et confirme tout le bien que l’on pensait du jeune prodige anglais, Jamie Bell. Surprenant...