Le film commence pourtant sur de bons rails. Présentation de Gustave Klopp (Guillaume Canet), le prototype de l'anti-héros, jeune dessinateur paumé complètement dépassé par sa pathologie. Et là, première idée géniale : cette maladie, c'est la narcolepsie. Une tare qui plonge Gustave dans un sommeil profond au moindre surplus émotionnel. Pas commun, hein ? D'autant que le personnage principal met à profit ses nombreux états léthargiques pour rêver à de véritables héros, cette fois, personnages tirés de son imagination foisonnante, nourrie par les films américains de série B dont son père est si friand. Le duo de réalisateurs entraîne alors le spectateur dans le cerveau de Gustave, tour à tour désert sablonneux propice aux guerres de tranchées ou espace intergalactique servant de champ de bataille à des répliques de Tie-fighters. Dès le début du film, ces reconstitutions du grand bazar subconscient du héros accrochent et permettent une immersion totale dans son univers. D'où une certaine complicité qui s'instaure avec Gustave, puisque le spectateur devient le seul capable de le comprendre (il assiste à ses songes, contrairement à l'entourage de Klopp).
NarcoCar notre ami Klopp ne vit pas en ermite asocial, comme sa condition susdite pourrait le laisser présager. Il habite avec son père, fan de Sinatra et dont la paresse s'apparente à un art de vivre. Il a même une femme, Pamela (Zabou Breitman), qui tient à lui mais demeure trop pragmatique pour accepter une situation de plus en plus précaire, le Gustave étant incapable de conserver un boulot à cause de sa maladie. Enfin, il y a le meilleur ami, Lenny Bar (Benoît Poelvoorde), sans doute le personnage le plus haut en couleurs du film. L'acteur belge, après une prestation remarquée dans
Podium, offre une de ces performances burlesques dont il a le secret, véritable moteur comique du film, avec à la clé, la scène du cours de karaté, sadiquement poilante. Et avec ce sadisme, cet humour noir, cette auto dérision, il y avait matière à se lâcher présentement.
NarcoCependant, hormis cette scène et quelques bonnes idées (comme le frère et la sœur patineurs tueurs, l'humoriste raté reconverti en producteur (François Berléand), ou la douce folie du psychiatre M. Pupkin (Guillaume Gallienne), le film ne parvient pas à atteindre les sphères comiques et délirantes qu'il tutoie pourtant à de nombreuses reprises. Même "la grosse surprise" du film (cchhhut) s'avère au final d'une platitude totale.
Alors que retenir ? Une narration limpide, malgré quelques flashbacks, ce qui a l'avantage de ne pas compliquer inutilement un scénario relativement simple et axé uniquement sur la vie de Gus. Une excellente prestation de Benoît Poelvoorde et un Guillaume Canet plutôt crédible dans ce rôle de paumé aux bois dormant. Mais surtout beaucoup de regrets, tant cette pellicule est passée près de l'œuvre unique et inclassable.
Narco pouvait entrer au panthéon du grand cinéma français et se contente d'être une comédie honnête.
NarcoL'étincelle était bien présente, mais le feu n'a pas pris. Dommage.