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Ne touchez pas la hache

La critique d'Excessif

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ne_touchez_pas_a_cine L'HISTOIRE : Adaptation de La Duchesse de Langeais de Honoré de Balzac.
Armand de Montriveau, général français, débarque dans une île espagnole afin de rétablir l'autorité de Ferdinand VII sur ce territoire contestataire. C'est alors qu’une fois le calme revenu, ce dernier va découvrir dans le monastère qu’héberge l’île, la femme qu'il recherche depuis cinq ans, Soeur Thérèse. Obtenant l'autorisation de la voir en présence de la mère supérieure, l’occasion lui est donnée de revenir sur ce qui se passa cinq années auparavant…

NE TOUCHEZ PAS LA HACHE
Un film de Jacques Rivette
Avec Jeanne Balibar, Guillaume Depardieu, Bulle Ogier
Durée : 2h17
Date de sortie : 28 mars 2007



Fidèle à l’esprit et à la lettre de l’œuvre balzacienne qu’est La Duchesse de Langeais, Jacques Rivette aidé dans sa tâche par ses complices Pascal Bonitzer et Martine Marignac, signe une adaptation remarquable et soignée de cette œuvre livresque enthousiasmante. Dix neuvième métrage de Jacques Rivette, Ne Touchez pas la hache est ainsi l’occasion de mettre en prise l’ensemble des problématiques de l’adaptation littéraire avec une histoire ample et éminemment romanesque, celle d’un Amour non partagé entre le général français Armand de Montriveau et la coquette Antoinette De Navarreins, épouse du général de Langeais.

"Dès le départ, ce qui nous intéressait, même si cela peut paraître chimérique, était de transposer en termes cinématographiques l'écriture de Balzac. Cette écriture joue sur des forces contradictoires, qui génèrent comme un système d'explosion contenue : les longues phrases coupées par des incidentes, les changements de vitesse surprenants, cette façon de dire presque en passant les choses les plus importantes...Voilà pourquoi il faut effectivement lire Balzac mot à mot. C'est une écriture à trois dimensions." Jacques Rivette



Prenant pour cadre le contexte éminemment courtois d’une Restauration agitée, Ne Touchez pas la hache va donc nous conter au gré des hypocrisies et des arrogances du temps, le destin dramatique d’un homme éconduit, tout à son désir de vengeance.


Bien qu’ayant avoué sa tendre flamme à la duchesse qu’il courtise, le jeune général de Montriveau prend ainsi rapidement conscience que la cour qu’il mène s’avère vaine et ne le conduit qu’à devenir le jouet consentant d’un manège qu’il refuse. Cette dernière flattée de l’attention de l’illustre et éloquent jeune homme, prend effectivement ses aises, s’inscrivant à plein dans l’attitude précieuse et très parisienne qui caractérisait les mœurs joueuses des femmes de l’époque. L’histoire s’oriente donc vers des thématiques éminemment classiques, entre la comédie de moeurs et le cynisme dandy qui vise au traitement des stratégies de domination dans les relations sociales. Par conséquent, les choix narratifs effectués privilégient à plein une densité dramatique parfaitement représentative de la Comédie Humaine et un jeu tout en frôlements, en évitements et excès que cela soit dans l’expression des sentiments ou dans leur dénégation.



Pour cela, Jacques Rivette nous invite à ce jeu de l’Amour, des regards et de la séduction amère en élaborant un univers que sert un soin évident porté à sa reconstitution historique. Ainsi, sans l’exubérance des grandes fresques hollywoodiennes et avec une attention visant à la crédibilité de son environnement, Ne Touchez pas la hache s’aventure avec justesse dans la représentation d’un monde soucieux de sa propre véracité. De fait, l’ensemble, admirablement photographié, trouve une juste mesure entre historicité des propos, des situations et crédibilité cinématographique. On se laisse alors pleinement emporter par l’atmosphère recréée.

En effet, l’ensemble plus que nombre d’autres productions historiques ne se méprend pas de sa propre théâtralité, en abusant de costumes neufs et d’une recherche excessive du cliché à représenter. Là se trouve donc la principale qualité du dernier film de l’auteur de Paris nous appartient. Et l’on songe tout de suite au film de Benoît Jacquot, Adolphe avec qui il partage le refus manifeste du défaut de fausseté tout en proposant pourtant l’élaboration d’une liberté ample dans son traitement, réussissant là où échoue par exemple le film d’Eric Rohmer l’Anglaise et le Duc.



L’autre dimension notable de ce métrage est à mettre au crédit de son incarnation. Ainsi, bien que Ne Touchez pas la hache ne cesse de trahir la modestie de son budget, il faut avouer que les personnages principaux qu’interprètent Guillaume Depardieu et Jeanne Balibar sont remarquablement campés. Et il faut insister d’autant plus sur leur prestation que de mémoire, trop rares furent les fois où l’on vit l’un comme l’autre rayonner et exprimer autant. Mais ils ne sont pas les seuls à exceller et impressionner à l’écran, ainsi Bulle Ogier, Michel Piccoli ou Barbet Schroeder bien que fugitivement impriment la pellicule avec ardeur en plus d’exprimer l’amitié et la fidélité qui les lient au cinéaste.

Sélectionné au Festival de Berlin 2007 et après une première et libre adaptation d’une autre œuvre balzacienne reconnue, celle du Chef d’œuvre inconnu, qui donna la Belle Noiseuse, Ne Touchez pas la hache séduit et donne envie de (re-)découvrir l’œuvre de Jacques Rivette. De fait, en dépit de sa longueur parfois sensible et de sa partie dialoguée très voire trop écrite, ce métrage est une œuvre de cinéma comme on en voit trop peu, l’une de ses trop fugitives marques de l’importance d’un réalisateur et de ses méthodes sur le matériau film.

Jean-Baptiste Guégan

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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