L'HISTOIRE : Raizo est un ninja félon que ses frères d'armes traquent sans merci lorsqu'une jeune experte d'Interpol découvre son existence et la révèle à son supérieur plus qu'incrédule. Or, les événements vont lui donner raison et l'affaire s'emballer. En effet, tous les deux deviennent très rapidement la cible du clan Ozunu, clan dont Raizo s'est échappé et leurs vies plus que menacées. Dès lors, entre suspicion et angoisse, il leur faut se protéger jusqu'au moment où acculés, le traître vient les aider...
une honnête série Z où ninjutsu rime avec gore, corps démembrés et combats décomplexés
Voilà longtemps que l'on n'avait pas retrouvé sur nos écrans l'effrayante ombre d'un ninja, ce tueur et espion irrésistible aux méthodes expéditives. C'est donc non sans impatience que l'on attendait la discrète sortie de Ninja Assassin, action movie US dopé aux effets numériques signé par James McTeigue, le réalisateur de V pour Vendetta. Et force est de reconnaître que les promesses affichées - du fun, du sang et des combats - sont au rendez-vous et raviront tous les amateurs de ces films mineurs n'ayant nullement peur des membres coupés gaiement à coup de katana et goûtant au plaisir simple des têtes qui roulent loin du corps de leur propriétaire.
Quand les ninjas s'arrêtent à Berlin
Produit par les frères Wachowski (Matrix, Speed Racer), Ninja Assassin est le second film tourné - voici déjà deux ans - par James McTeigue, l'un des assistants de ces derniers et surtout réalisateur de V pour Vendetta. Et la parenté avec ce dernier semble sur ce point pour le moins évidente puisqu'une nouvelle fois, sous le dehors d'images extrêmement travaillées numériquement, il est à nouveau question de filiation, de relation au pouvoir et de mondes clos qui sont autant d'univers inconnus des masses, univers œuvrant là encore pour des intérêts bien particuliers - le pouvoir , sa préservation et l'argent.
Cependant, loin d'être qualitativement digne de son premier film, Ninja Assassinreprésente une tentative exotique et incontestablement manquée dans la filmographie naissante de James McTeigue, ce qui hélas situe bien l'échec actuel d'un certain cinéma d'action anglo-saxon. En effet, si l'on ne compte pas les nombreuses références cinéphiliques qui jalonnent le métrage, ce film se contente d'enchaîner les stéréotypes et déroge à une règle pourtant simple : un film n'a jamais plus de poids que lorsqu'il est porté par une histoire bien racontée et surtout à laquelle on peut croire. Or, pour le coup, Ninja Assassin échoue dans les grandes largeurs en se présentant comme un action-movie insensé, sorte d'incroyable méli-mélo où l'infiltration le dispute au complot, tout en étant porteur d'un récit d'initiation dramatique se déroulant au coeur d'une caste immémoriale de tueurs acharnés. En somme, on n'y croit guère et ce ne sont pas les acteurs, justement méconnus pour la plupart, qui changeront la donne tant leur non-jeu confine l'ensemble à la médiocrité.
Du pur divertissement et l'envie gâchée de le dépasser
Et pourtant, malgré cet échec irrémédiable, Ninja Assassin n'est pas dépourvu d'attraits en se situant entre les films d'action signés Bodrov, les Kill Bill et les productions décomplexées qui nous viennent d'Asie du Sud-Est (Thaïlande, Japon, Hong-Kong). Ainsi procure-t-il à son spectateur cette jouissance si particulière aux seules séries B, rehaussée qu'elle est par la saveur de ses représentations, toutes aussi sanguinolentes et extravagantes que soignées. Car, dans le cas présent, des moyens techniques non négligeables ont été déployés pour donner corps à la fameuse capacité de dissimulation de nos ninjas affairés et surtout soigner les nombreux effets qui emplissent les non moins nombreuses séquences d'action du métrage. Esthétiquement léché, au risque parfois de l'emphase visuelle, Ninja Assassin profite en effet d'une monstration supérieure à la moyenne même si elle concède énormément aux clichés et à une stylisation parfois excessive. De fait, l'ensemble - incroyable s'il en est - se laisse néanmoins regarder sans déplaisir, cela d'autant plus que la chorégraphie et la mise en scène de certains combats ne sont pas non plus sans intérêt - on retiendra notamment l'affrontement en sous-sol et en plein milieu d'une route pour s'en convaincre.
Par ailleurs, la figure du ninja est abordée avec habileté par le biais d'une profitable opposition reposant sur la lumière et son absence, à la manière de ce que les films d'épouvante et d'horreur savent si bien exécuter lorsqu'il s'agit de faire surgir du cadre, fantômes ou zombies. Cependant, cette idée de départ ainsi que d'autres emprunts au cinéma de genre ne sont pas suffisamment exploités, d'autant que les possibilités de l'ensemble sont ruinées par un scénario incroyablement prévisible. Ainsi, entre les codes des films d'épouvante, le recours à l'imagerie de l'infiltration, les références aux serials hongkongais et japonais des quarante dernières années et quelques heureuses initiatives, Ninja Assassin se débat-il au milieu du gué entre volonté d'innover, absence d'imagination et formalisme facile.
Au final, que reste-t-il donc au sortir de Ninja Assassin ? Un film décomplexé et de pur divertissement, doté de moyens et de quelques idées que d'autres s'empresseront de mieux développer. A cela, s'ajoutent également des flots de sang numérique jaillissant de scènes de combat plaisantes qui lorgnent sur pléthore de références plus ou moins digérées, dans l'esprit bien senti du serial et de la série B. Par conséquent, c'est détendu que l'on sort de la salle et satisfait d'avoir assouvi ce plaisir coupable qu'est celui du film d'action décérébré mais diablement défouloir !
Jean-Baptiste GUEGAN
Félins, bondissants, discrets et redoutables, les ninjas avaient tout pour devenir une figure cinématographique en diable. Et pourtant...