Depuis la fermeture du département d’animation classique de Disney en 2006, rares sont les métrages d’animation qui n’utilisent pas la science du pixel, quand ils ne sont pas tout simplement destinés directement au marché de la vidéo. Allant à contre courant de cette mode désormais devenue une norme laissant sur le carreau l’animation traditionnelle, les espagnols du studio Filmax déboulent aujourd’hui en nous offrant une part de rêve dont il serait malvenu de sous-estimer la valeur.
NOCTURNA LA NUIT MAGIQUEUn film de Victor Maldonado et Adrià Garcia
Avec les voix de : Jean-Luc Reichmann, Roger Carel, Hélène Bizot, Philippe Peythieu, Evelyne Grandjean, Catherine Cerda, Florence Dumortier, Patrick Noerie, Hervé Caradec, Patrick Pellegrin
Date de sortie : 24 octobre 2007Pensionnaire d’un orphelinat où il se sent quelque peu à l’écart des autres enfants, Tim, solitaire et rêveur, procède tous les soirs à un rituel bien particulier. En effet, dès que les autres enfants ferment l’œil, il pousse son lit vers la fenêtre et n’y trouve le sommeil qu’à la lumière de son étoile, Adhara, à laquelle il dit bonne nuit tous les soirs. Mais lorsqu’un soir celle-ci disparaît et qu’elle n’est que la première d’une longue hécatombe, Tim s’aventure à l’extérieur afin de la sauver et découvre l’envers du décor et les rouages du monde de la nuit.La première chose qui marque à la vision du premier métrage de Victor Maldonado et Adrià Garcia, c’est l’équation parfaite que constitue le cocktail musical et graphique de l’œuvre, et surtout son efficacité. Par les temps qui courent il devient bien rare d’être émerveillé à ce point par une histoire qui n’a d’autre prétention que de nous faire voyager, petits comme grands, dans un univers à la fois merveilleux et original. Tout en nous proposant une histoire qui, si elle n’est pas complexe, a le mérite d’embrasser son sujet et de le traiter à fond, sans fioriture outrancières ni débordements scénaristiques pompeux.
Nocturna va ainsi se borner à conter l’histoire de ce jeune orphelin rêveur, et dont le seul compagnon dans la vie se résume à une étoile, symbole d’une mère perdue qui veille sur lui de l’au-delà et unique repère familier d’un enfant singulier noyé dans la masse. Mais alors que son repère s’effondre, Tim, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer d’un tel personnage, va partir à la recherche d’une explication et se battre avec tous les moyens dont il dispose. Une attitude positive qui va l’emmener au-delà des lieux balisés de l’orphelinat, dans un monde nocturne peuplé de créatures invisibles aux yeux des adultes.
La grande force de
Nocturna se dévoile alors dans toute sa splendeur : Voila un film qui, puisant dans l’inconscient collectif et les différents mythes et légendes, va proposer au spectateur un monde de la nuit neuf et mystérieux qu’on aimerait explorer à loisir. Loin d’être frustrant à ce niveau tout en évitant d’éventuelles digressions, le film va poser les bases de ce monde tout en utilisant intelligemment les composantes : de l’armée de chats censée veiller sur le sommeil des enfants aux ouvriers nocturnes mi-nains mi-lucioles en passant par le monsieur Pi qui provoque des accidents nocturnes bien connus des enfants en bas âges en leur chuchotant au creux de l’oreille un psst du meilleur effet, chaque personnage possède un rôle bien défini décrivant la nuit non pas comme un monde de peur et d’obscurité douteuse, mais comme une chine bien rodée, hiérarchisée et rassurante, jusqu’au moment où un élément viendra tout perturber.

Et cet élément, c’est bien évidement la raison du voyage que Tim va entreprendre, dans cette histoire à mi-chemin entre le conte et la fable initiatique. Deux concepts qui nécessitent une originalité et une mise en images bien particulières afin de surprendre et d’éveiller une envie de découverte constante chez le spectateur. Et c’est ici un pari relevé haut la main par les concepteurs et scénariste, tant les décors et personnages originaux tout en faisant penser à de nobles références (de la bande dessinée espagnole
MOT aux délires de
La cité des enfants perdus de Caro et Jeunet en passant par l’univers de Tim Burton ou celui de Sylvain Chomet et ses Triplettes de Belleville), que le scénario, en droite lignée des contes d’Andersen. Tim va ainsi comme dans tout bon conte, devoir affronter ses peurs et vaincre d’insurmontables obstacles tout en intégrant les valeurs d’un monde qu’il découvre à peine, avec pour seules armes son courage et les amis qu’il rencontre en chemin.
Evitant les effets faciles et les twists foireux bien habituels des scénarios contemporains,
Nocturna propose ainsi un véritable spectacle au sens le plus noble du terme et ce malgré un doublage parfois trop appuyé et une évidente adresse à un jeune public. Desservi par un graphisme original et inspiré (les personnages sont réellement attachants et les décors, inspirés de l’Europe des années 20, sont autant merveilleux que graphiquement fonctionnels), et doté d’une animation convaincante, voici un vrai dessin animé qui vous fera revenir en enfance tout en contentant les éventuels marmots à qui vous offrirez un voyage merveilleux qu’ils ne seront pas près d’oublier. Une véritable perle à l’ancienne salvatrice dans un monde perdu dans les amas numériques lisses et parfois trop froids pourris à coup de grand marketing.
David Brami