Lorsque le cinéaste atypique Claude Lelouch décide de produire, envers et contre tous, le premier long-métrage de l’auteur non moins atypique Bernard Werber, il ne faut évidemment pas s’attendre à un résultat consensuel et banal. De fait,
Nos amis les Terriens se révèle un objet filmique aussi original que prévu, au propos pertinent et à l’humour omniprésent.
NOS AMIS LES TERRIENSUn film de Bernard Werber
Avec Pierre Arditi, Audrey Dana, Boris Ventura Diaz
Durée : 1h25
Date de sortie : 18 avril 2007Imaginez que les Terriens soient le sujet d’étude pris par une civilisation extra-terrestre plus évoluée. Quel serait le résultat de cette étude ?Auteur de l’exceptionnelle trilogie des
Fourmis, Bernard Werber met ici son talent d’éthologue au service du cinéma avec ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un documentaire animalier. Sauf que les animaux, ici, c’est nous ! Le format documentaire semble avoir deux fonctions pour Werber. D’une part il lui permet sur la forme d’utiliser logiquement un narrateur (la voix off de Pierre Arditi), qui conserve ainsi un côté littéraire à l’œuvre et facilite le passage de la plume à la caméra. Sur le fond d’autre part, déguiser sa fiction en docu sert l’ambition sociologique du film, créant une distanciation nécessaire à toute étude scientifique.
Le néo cinéaste fait preuve d’un sens aiguisé de l’auto critique et met habilement en porte-à-faux certaines coutumes terriennes absolument incompréhensibles et illogiques d’un point de vue objectif. Car la plus grande force de
Nos amis les Terriens réside sans doute dans cette objectivité, parfois cruelle d’ailleurs, sur la condition humaine. Cette tendance qu’ont les habitants les plus évolués de la planète bleue à faire passer leur intérêt personnel avant celui de leur espèce. De nombreux exemples sont cités, des grandes causes écologiques aux simples luttes de pouvoir. Werber, à travers l’œil des extra-terrestres, identifie les dysfonctionnements connus de notre mode de vie mais pose également le doigt sur quelques attitudes pas forcément conscientes. Illustration, notre rapport à la viande dans son traitement visant à dénaturer autant que possible l’animal mort pour se dédouaner et oublier qu’il s’agissait d’un être vivant.
Cet exposé, détenteur de grandes vérités sur notre mode de fonctionnement, conscient et surtout inconscient, évite de mettre mal à l’aise grâce à un humour bien senti dédramatisant une réalité difficle à admettre. Ainsi les extra-terrestres, dans leur quête d’explication de nos us et coutumes, se trompent de temps en temps, ce qui en plus de rendre le récit encore plus crédible, apporte quelques idées originales et cocasses sur la fonction de la cigarette, des voitures ou des uniformes. Mais les séquences vraiment drôles proviennent surtout des explications lapidaires des aliens concernant nos loisirs et le concept de séduction. Rien que pour les descriptions aussi justes qu’hilarantes de ces deux phénomènes, le film mérite d’être vu.
Autant d’éléments qui participent à la réussite de ce premier long-métrage, qui ne s’apprécie qu’à condition de comprendre qu’il ne s’agit aucunement d’un film de science-fiction comme le laisse supposer le titre.
Nos amis les Terriens ne marquera peut-être pas l’histoire de la SF mais fera date dans l’histoire de l’humanité comme un joli témoignage de la vie au XXIème siècle. Un bout de pelloche qui s'adresse donc à ses contemporains, mais aussi aux générations futures.
Laurent Tity