« C’est plus difficile de perdre un fils qu’un père. » Une réplique parmi tant d’autres qui illustre assez bien la démarche cinématographique de la réalisatrice danoise Susanne Bier qui est partie pour Hollywood sans renier aucune des préoccupations d’auteur qui affleuraient d’
Open Hearts et
After the Wedding.
NOS SOUVENIRS BRULESUn film de Susanne Bier
Avec Halle Berry, Benicio del Toro, David Duchovny, Alison Lohman
Date de sortie : 02 janvier 2008Même si le scénario porte la signature d’un autre, en l’occurrence un débutant du nom d’Allan Loeb qui déborde déjà de projets alléchants dont le prochain Ang Lee, un remake d’
Un petit jeu sans conséquence de Bernard Rapp, le film témoigne de l'attachement de la réalisatrice aux acteurs. Et là encore, elle n’a visiblement accepté aucune concession pour parvenir à ses fins. L’argument est réduit à sa plus simple expression : un homme est mort ; c’était à la fois un père, un époux et un ami. Au point que le meilleur de ceux-ci est quasiment un étranger aux yeux de sa famille qui va mettre à profit sa période de deuil pour mieux le connaître et découvrir ainsi des facettes cachées du défunt.
Au-delà de ce prétexte, qui n’est somme toute qu’une esquisse (d'ailleurs, on ne fait qu'entrevoir le disparu incarné par David Duchovny), tout l’intérêt de
Nos souvenirs brûlés réside dans la façon dont Susanne Bier dirige ses interprètes. Benicio del Toro est confronté une fois de plus à un rôle qui lui permet de donner toute sa mesure. Il en fait toutefois moins que dans
21 grammes, par exemple. Mais la véritable prouesse du film est réalisée par Halle Berry, subtile comédienne dont le cinéma américain s’obstine à ne mettre en valeur que la plastique de rêve. Pour la première fois sans doute depuis son Oscar reçu pour sa prestation à effets dans
À l’ombre de la haine, elle a enfin la possibilité d’exprimer ses qualités d’actrice sans tapage. Sa performance est d’autant plus remarquable que son personnage échappe à pas mal de stéréotypes. Le tact de Susanne Bier y est sans doute pour beaucoup, à en juger par la qualité de la prestation qu’elle réussissait déjà à obtenir des interprètes de ses films précédents.
Sur un sujet à haut risque (le deuil),
Nos souvenirs brûlés évite pas mal de pièges, mais succombe parfois à certains excès mélodramatiques, notamment au cours des scènes qui se déroulent dans le cadre des Alcooliques Anonymes, déjà vues et revues. Ce n’est toutefois qu’un détail mineur en regard de la tenue générale de ce film qui pousse ses interprètes dans leurs ultimes retranchements, au point d’évoquer dans ses meilleurs moments l’esprit de
Ma vie sans moi d’Isabel Coixet. Il faut dire que la réalisatrice a bénéficié pour l’occasion d’un protecteur de choix en la personne du réalisateur d’
American Beauty, Sam Mendes, qui a produit ce film résolument à contre-courant, sans se laisser museler par les diktats castrateurs du box-office. C’est sans doute là ce qui fait sa force.
Jean-Philippe Guerand