Le biopic sur la vie de Christopher Wallace, plus connu sous le nom de scène Notorious Big, arrive à capter au plus près le destin sidérant de l'artiste, dont la carrière s'est interrompue tragiquement, assassinée à l'âge de 24 ans. Non sans être perfectibles à de nombreux niveaux, le film réussit avant tout à radiographier avec justesse la scène Hip Hop New-yorkaise des années 90 comme aucune fiction n'avait réussi à le faire jusqu'à présent.
Notorious B.I.G. embarque le spectateur dans l'ascension fulgurante de Christopher Wallace qui passe du ghetto de Brooklyn, où il dealait de la drogue, à une renommée hors norme dans le monde du Rap US des années 90. Un destin iconique comme seule l'Amérique peut en avoir. Dans ses envolées lyriques, le rappeur français Abd Al Malik va jusqu'à dire de Biggie qu'il est le Bob Dylan du ghetto et qu'il a hissé le Story Telling à un niveau universel.
Pourtant, la nature n'avait pas beaucoup gâté Christopher Wallace. C'était un noir, né dans le ghetto, très enveloppé (1m90 pour 136 kilos), pas très beau et souffrant d'un strabisme divergeant prononcé. Mais il possédait un dont incroyable pour l'improvisation musicale qui grâce à sa lourde voix, fit de lui une véritable machine à flow parmi les plus incroyables. Une carrure atypique qui n'était évidemment pas simple à interpréter. Pourtant, l'imposant Jamal Woolard campe un Big Poppa sidérant tant par son physique, sa prestance, que par sa voix. La ressemblance est tout simplement hallucinante à l'image de l'interprétation de Jamie Foxx dans son rôle de
Ray Charles.

Le film réussit à capter avec justesse l'univers du rap east coast comme on ne l'avait pas encore vu sur grand écran. La musique devient un élément intrinsèque du film, tout comme dans la vie de B.I.G. Embrassant Hip-Hop, Soul, R'n'B, funk, le rappeur pouvant poser son flow sur des sons alors peu rappés pour l'époque. Les amateurs vont se régaler, car le film nous dévoile l'ascension d'autres grandes figures du Rap US dont le label Bad Boy Records sur lequel Biggie a enregistré son premier album avec à sa tête le jeune Sean Jhon Combs alias Puff Daddy. On n'échappe pas non plus à l'univers bling-bling, drogue, sexe, armes à feu et paroles hardcore. Un cocktail détonant omniprésent qui contribue à imposer une imagerie très populaire aux États-Unis et pourtant toujours autant décriée en France.
Hélas, tout comme
Ray, le biopic de
Notorious B.I.G. pâtit d'une imagerie hollywoodienne très typée, qui cherche trop à coller à l'univers du chanteur avec une mise en scène bling-bling parfois trop déplacée. La vision surfaite que se fait Hollywood de l'Amérique et de ses habitants peut paraître gênante et manquer d'authenticité. De plus, le film cède volontiers à un final larmoyant qui aurait mérité plus de retenue pour que l'impact dramatique soit aussi sec et inattendu que l'assassinat de Biggie. En l'espace d'une poignée de minutes, le jeune homme de 24 ans se réconcilie avec les démons de son passé, ainsi que ses nombreux problèmes conjugaux, devenant une figure rédemptrice. De plus, le conflit avec Tupac Shakur (interprété par un Anthony Mackie assez bluffant) est confiné dans les 20 dernières minutes du film. À part la fulgurante reconstitution de la vidéo légendaire où les deux rappeurs sont jouasses et très proches, on regrette la trop grande distance avec laquelle la rivalité mortifère est traitée.

Néanmoins, le film souligne la différence culturelle qu'il y a sur la perception médiatique, politique et publique du rap entre la France et les États-Unis. Un film comme Notorious B.I.G. qui érige le Rap comme un art musical majeur ne peut avoir d’équivalent dans la production française. Cette dernière s'obstine à produire à 90 % des films sur la vie de petits bourgeois parisiens. De plus, en ces temps de censure artistique, on est déstabilisé par l'engouement et l'accueil de l'esprit gangsta rap aux États-Unis. Sur le sol américain, les masses médias ont compris depuis longtemps l'importance que représentait ce genre musical et, au lieu de le bannir, ils l'acceptent et le comprennent à sa juste valeur. On ne peut qu'être admiratif devant les 10 millions de disques vendus par Biggie avec son second album posthume. Et, comme le film le souligne à de nombreuses reprises, le chanteur Notorious Big raconte avant tout des histoires qui ne sont pas forcément le reflet de la réalité, jouant sur l'égotripe avec un ton cru et brut de décoffrage. En France, lorsqu'un rappeur se met au gangsta rap, suppléé par une imagerie bling-bling, il rencontre de la part du public, des politiques et des médias une grande animosité. Tout comme aux USA, la violence des mots, le contenu des textes et l'apparat, contribuent à créer un univers musical ne reflétant pas forcément la vie privée du chanteur. On est bien entendu très loin des pantalonnades gonzos du Jean-Claude Van Damme du rap avec le Roi Heenock. Pourtant, dernièrement, on peut observer des débordements comme à Urban Peace 2 ou au showcase du JM3 Erstein impliquant le rappeur Booba et son collectif du 92i, soulignant ainsi que les "provocations" artistiques sont encore loin d'être perçues avec distanciation par le public.

Il est finalement navrant que les artistes musicaux comme Notorious Big ou Tupac puissent être assassinés pour une question de rivalité musicale. Rares sont les artistes à trouver la mort ainsi, pourtant cela arrive. On se souvient notamment de Dimebag Darell l'ancien guitariste du groupe de métal Pantera, assassiné en plein concert avec son nouveau groupe Damageplan. En Europe, nous ne sommes pas non plus épargnés, on peut évoquer par exemple le cas d'Euronymous alias Øystein Aarseth, le leader charismatique du groupe de black métal Mayhem assassiné par Varg Vikernes.