L'HISTOIRE : Dans un pays imaginaire en pleine guerre civile, le peuple doit se battre pour survivre.Pour apprécier ce spectacle baroque, mieux vaut lâcher prise.
L’intrigue de Nuit de Chien, le nouveau film de Werner Schroeter, ne se raconte pas ; elle se vomit. En pleine nuit, un homme (Pascal Greggory) descend d’un train et se retrouve au milieu d’une foule de réfugiés et de soldats aussi épuisés que lui. Son but ? Retrouver ses anciens alliés – il a été résistant – et sa femme. Mais la ville est assiégée et la milice effraye la population. Pour apprécier ce spectacle baroque, mieux vaut lâcher prise.
Ceux qui n’ont jamais vu un film de Werner Schroeter – dont le cinéma évolue depuis des années dans l’ombre des Fassbinder, Wenders et Schlöndorff – risquent d’être décontenancés par cet opéra aussi bouffi que fascinant, dont la poésie désenchantée repose autant sur une noirceur kafkaïenne que sur une radicalité poisseuse. Si on devait lui trouver un équivalent, il faudrait chercher du côté de Derek Jarman. A travers des intrigues au sens équivoque, il est question de guerre, de fascisme, de trahison et de mort. Mais à l’arrivée, l’ambition du film est moins politique que ludique en essayant d’inviter le spectateur à se perdre dans une représentation théâtrale carnavalesque placée sous le signe du travestissement kitsch, du mensonge, du mauvais goût et de l’incandescence guignolesque. Tout un programme.
Il faut prévenir ceux qui aimeraient tenter l’expérience que les scènes s’enchaînent sans respecter de linéarité et en faisant fi de toute logique (principe héritée de Kafka). Au moins, c’est cohérent avec le chaos voulu par un univers crépusculaire sans balise, probablement situé dans un futur proche mais dont on ne distingue ni le lieu ni l’époque. On peut également y voir le signe d’une grande liberté artistique où Schroeter renoue avec sa volonté de toujours : célébrer la laideur du monde pour la rendre esthétique. A l’image de ses précédents longs-métrages, Nuit de chien ressemble à une succession de salves tantôt drôles, tantôt tristes, tantôt grotesques, tantôt tragiques. C’est d’autant plus troublant que cette mise en scène de l’outrance nourrie d’allégories et de symboles démolit à chaque nouvelle séquence tout ce qu’elle a essayé de mettre en œuvre dans la précédente. Curieux film donc, primé l’année dernière à Venise malgré l’hostilité de la presse, qui plaide pour la pagaille burlesque, les postures bizarres et le hasard joyeux. Et qui ne ressemble à rien, vraiment rien.
RLV
Le metteur en scène allemand Werner Schroeter est mort dans la nuit de lundi à mardi des suites d'un cancer. Il venait de fêter ses 65 ans.