Entre romance passionnée et déchirante et film de truands,
Ocean Flame raconte le destin amoureux perturbé d'un maître-chanteur proxénète avec une jeune serveuse de café. Leur histoire, extrême et fragile, va progressivement modifier tout le petit business du groupe de Wang Yao jusqu'à l'éclatement inévitable de la petite communauté.
Avec cette histoire tutoyant le sublime, Liu Fendou filme le désir et le plaisir à fleur de peau, tout en hissant son intrigue au rang de grande tragédie violente et sentimentale emportant tout sur son passage. Pourquoi
Ocean Flame est l'une des plus belles découvertes de ce Cannes 2008, début de réponse dans la suite.
OCEAN FLAMEUn film de Fen Dou Liu
Avec Fan Liao, Monica Wang, Simon Yam
Durée : 2h10
Date de sortie : ProchainementMaître chanteur sans vergogne, Wang Yao rencontre un jour une serveuse, Li Chuan. Alors qu'il croit au départ pouvoir la dominer comme n'importe quelle fille, elle lui résiste vaillamment.
Peu à peu, ils perdent tous deux leur âme. Tandis que Li Chuan meurt, Wang Yao se voit privé de liberté ...
Huit ans plus tard, Wang Yao sort de prison. Armé d'un pistolet, il part à la recherche de la mère de Li Chuan ...Très belle surprise inattendue avec ce film de Liu Fendou qui, avec ces ruptures de ton, sa sensualité trouble exacerbée et sa fougue communicative terriblement excitante, devient l'un de nos favoris pour le grand prix d'Un Certain Regard à Cannes.
L'histoire de Liu Fendou s'attache à raconter la rencontre et l'histoire d'amour déglinguée entre un truand notoire, maître-chanteur et proxénète, et une jeune serveuse de bar rencontrée par hasard. Cette idylle, bousculée et contrariée, mènera les deux amants jusqu'à leurs limites.
L'amour exalté se situe sur plusieurs niveaux, avec Wang Yao pratiquant ses chantages par pur plaisir du travail ; ces fonctions lui procurent un sens certain à sa vie et lui permettent de vivre convenablement dans un appartement quelque peu miteux.
Son équipe est composée de son meilleur ami Zheng Zhong, d'un complice réceptionniste à l'hôtel, et de deux filles permettant de piéger les clients futurs. Le business consiste à rentrer dans les chambres d'hôtel et prendre en flagrant délit d'adultère des hommes mariés puis de les faire chanter sous peine de tout divulguer aux épouses. Le mécanisme est rodé et l'engrenage ne souffre d'aucunes fausses notes. Chacun connaît sa place et le groupe s'enrichit quotidiennement des méfaits commis.
Tout le mécanisme d'ensemble nous est raconté par l'intermédiaire d'un gigantesque flashback composant l'ossature du film. Wang Yao sort tout juste de prison dans les premières séquences après huit ans d'emprisonnement. Il retrouvera son ancien complice ainsi qu'une intriguante famille à laquelle il contera tous les faits passés.
L'une des belles réussites du film de Liu Fendou réside dans sa capacité à jongler d'un genre à l'autre. Si le commencement nous rappelle plutôt un polar chinois désespéré, nostalgique et lancinant, la suite nous mêlera à l'intrigue une rencontre passionnée avec Liu Chan qui bouscule admirablement toute la structure du film.
Ajoutons que la mise en scène fait preuve d'une belle beauté plastique, le réalisateur arrivant à magnifier les plaisirs simples comme les belles séquences récurrentes à la plage (qui nous rappelle la sensibilité simple à fleur de peau de A Scene at the Sea de Kitano). Ces dernières nous transportent en un lieu libre et sain loin du tumulte de la ville et ses méandres. Lieu d'amour et d'amitié absolue, c'est ici que Liu Chan et Wang Yao feront l'amour pour la première fois, dans les hauteurs des rochers, et c'est ici que nous retrouverons notre truand et son meilleur ami jouant tout en passant du bon temps ensemble après une violente dispute.
Cette figure apaisante de la plage avec sa ligne d'horizon, avec une démarcation très nette entre ciel et terre, inaugure et clôturent l'oeuvre, tout en scellant plusieurs scènes clés de l'ensemble.
La bande son à base de cordes discrètes et de lignes sensibles de piano accompagnent judicieusement les différentes séquences du film. Soulignant simplement les sentiments profonds et ambivalents des principaux protagonistes, elle complète d'une beauté folle le récit ambigus à l'écran.
Toute la force de cette histoire désespérée (sans être inutilement lacrymonial) tient dans la richesse du couple Wang Yao-Liu Chan. Ils viennent tous deux d un univers aux antipodes l'un de l'autre, et ils vont progressivement se plaire. Elle, la jolie serveuse, bien souvent habillée d'une ample robe blanche -le réalisateur n'hésitant pas utiliser la jeune femme comme symbole de pureté virginal et sans vice apparent- est mise en relation avec lui, proxénète impulsif et passionné. Ocean Flame rappelle parfois légèrement le Bad Guy du coréen Kim Ki-Duk dans sa faculté à faire naître l'amour dans des conditions âpres et border-line, loin, très loin de la normalité d'une relation habituelle.
La perversion progressive de la jeune femme, amenée à coucher avec d'autres pour aider son homme, rappelle aussi l'attirance étrange pour la noirceur de l'âme à l'image de l'ultime plan des Promesses de l'Ombre de Cronenberg voyant Naomie Watts échanger un long baiser langoureux avec Viggo Mortensen.
La romance de Ocean Flame touche bien souvent aux limites d'un amour et d'un plaisir sans équivoque, mais que les deux amants ne s'avoueront jamais oralement. Et c'est ici tout le drame d'une histoire qui verra Liu Chan commettre l'irréparable dans une ultime témoignage de son attachement jusqu'au-boutiste.
Les différentes rencontres entre les deux amants sont tantôt fiévreuses, intenses, parfois violentes lors des colères excessives ; l'oeil de la caméra attrape des sentiments variés, habités par une passion dévorante laissant les corps s'abandonner totalement l'un à l'autre. Elle allant jusqu'à se faire avorter pour son amant, et même si le désir de vengeance sera bien présent, les sentiments survivront toujours aussi intenses.
Ocean Flame devient une réussite immédiate, un film superbement érotique dans la montée du désir grandissant, communicatif par ses envolées fulgurantes, et peut-être plus simplement un superbe récit sur le couple résistant contre vents et marées à tous les évènements extérieurs. Le film de Liu Fendou est aussi dans une autre mesure un étrange récit désespéré sur l'impossibilité de vivre une histoire à deux à long terme. La passion apparaissant pour le moins contrariée et menant à une seule échappatoire.
L'histoire extrême menée ici renvoit à l'amour fou, inconditionnel, de ceux qui vous emportent au-delà de la raison et quelque soit les tumultes autour du couple. Ce fiévreux
Ocean Flame, second film de Liu Fendou, transportera tous les passionnés épris d'histoires intenses et différentes et intéressera, on l'espère fortement, tous les autres.