La critique d'Excessif

3/5
ongbak2finale135 L'HISTOIRE : Thaïlande, XVème siècle. Prisonnier de marchands d'esclave qui comptent se débarrasser de lui en le livrant aux crocodiles, le jeune Tien est sauvé par le mystérieux Chernang, commandant des bandits de Garuda. Sous son aile, l'enfant va bientôt apprendre à maitriser une multitude d'arts martiaux, les techniques guerrières et le maniement de nombreuses armes blanches. Désormais adulte, Tien passe avec brio les épreuves faisant de lui un combattant accompli, et devient l'un des membres les plus respectés des Garuda. Mais le jeune homme est animé depuis son enfance par un sombre désir de vengeance que rien ne pourra arrêter. Sa cible : le terrible seigneur Rajasena, responsable de ses malheurs passés, et qu'il ne pourra atteindre qu'une fois ses redoutables lieutenants vaincus.
Tony Jaa continue de nous impressionner par ses talents, assurant un spectacle à couper le souffle de la première à la dernière minute.

Ayant fait une entrée fracassante sur la scène internationale avec Ong Bak, le Thaïlandais Tony Jaa s'est depuis imposé comme l'une des stars les plus impressionnantes du cinéma d'action, véritable artiste martial doublé d'un chorégraphe et d'un cascadeur prêt à tout pour nous faire sentir l'extrême violence des affrontements. Et s'il revient aujourd'hui avec une fausse-suite de son premier succès, Ong Bak 2 : la naissance du Dragon marque néanmoins une grande évolution dans sa carrière en cela qu'il y fait ses débuts derrière la caméra (épaulé tout de même par Panna Rittikrai, son mentor). Libéré de l'influence du réalisateur/producteur Prachya Pinkaew, le "nouveau dragon" veut ainsi nous offrir un spectacle plus ambitieux, avec une portée autre que le méchant coup de tatane et la prouesse athlétique.

Ambitieux, Ong Bak 2 : la naissance du Dragon l'est donc assurément quand on le compare aux autres longs-métrages de Tony Jaa. En premier lieu parce qu'il s'agit bien évidemment d'un film historique avec tout ce que cela implique de logistique, nous entraînant dans la Thaïlande du XVème siècle pour découvrir la quête vengeresse de Tien, dont les parents ont été assassinés par un seigneur despotique. Mais loin d'être une énième incarnation insipide de la loi du Talion, cette transposition dans le passé lui apporte au contraire une résonance supplémentaire, presque mythologique. Un état de fait dont est parfaitement conscient l'acteur-réalisateur et sur lequel il ne va alors cesser de travailler, livrant une vision du passé flirtant habilement avec la fantasy au travers de ce récit d'apprentissage baigné dans une photo irréelle, aux touches de fantastique discrètes mais bien présentes. Quand on voit alors Tien -au terme d'une dangereuse scène dont les Thaïlandais ont le secret- trôner sur la tête d'un éléphant pendant que le reste du troupeau s'incline devant lui en signe de respect, nous comprenons que le récit ne s'embarrassera pas du réalisme mais nous amènera plutôt à côtoyer des "dieux", pour un résultat final encore plus spectaculaire.

 

Pourtant, il est fort regrettable que jamais l'histoire ne parvienne à se réaliser complètement, à tisser sa trame comme on sent qu'elle le voudrait. Nous savons en effet que Tony Jaa, avec ce film, a voulu présenter quelque chose de plus poussé que ce qu'il avait fait auparavant, surtout en ce qui concerne le scénario et la caractérisation des personnages. Une volonté dont nous dénichons bien ça et là quelques bribes mais rien de plus car, c'est à savoir, la version internationale de Ong Bak 2 : la naissance du Dragon est en fait un remontage que l'on doit à Europa Corp. Une pratique à laquelle le studio s'était déjà adonné sur le premier opus mais dans une moindre mesure cependant, plus de vingt minutes de métrage ayant ici été écartées ! Le massacre est donc d'ampleur tant la narration du film se fait en dépit du bon sens, éclatée mais aucunement maîtrisée. Histoire et personnages perdent énormément d'impact, et l'on restera pantois devant les sous-intrigues purement et simplement oubliées en route ou bien une conclusion trop hâtive, qui en laissera plus d'un songeur tant les thématiques auxquelles elle se réfère sont absentes de ce montage.

Ceci étant, il serait exagéré et même faux de dire que l'on ne prend pas de plaisir devant cette suite à Ong Bak. Parce que l'on vient en premier lieu pour autre chose, c'est à dire les scènes d'action, et que celles-ci perpétuent le style si particulier de l'acteur tout en continuant de le nourrir et l'enrichir de références parfaitement digérées.

Les fanas de castagne en auront donc pour leur argent vu comme le montage international privilégie ces séquences, les faisant s'enchaîner sans répit ni répétition, sans compter que Tony Jaa se montre parfaitement apte à les mettre en images. Il est évident que les mois de préparation pour l'opus de 2003, à répéter les cascades tout en les filmant pour trouver les angles les plus efficaces, ont porté leurs fruits. Lisibilité de l'action, violence des coups, le travail est exemplaire et ferait bien d'inspirer ceux qui cèdent un peu vite aux plans serrés et montage cut. Mais encore davantage, c'est dans sa propension à métisser le muay thaï ou à le confronter à d'autres formes martiales qu'il va sans cesse nous interpeler, porter les combats vers de nouveaux horizons. A ce titre, la star a fait venir des experts de différentes écoles pour incarner des guerriers très convaincants, un melting-pot de styles qui correspondrait à une certaine véracité historique mais qui finit surtout par participer pleinement de la jouissive touche fantasy précédemment évoquée. Dommage néanmoins qu'ils fassent partie de ces personnages réduits à un rôle figuratif, ne nous donnant que plus envie de pouvoir un jour découvrir le film dans sa version director's cut.

Si ce n'était le remontage grossier dont on l'a affublé pour le marché international, Ong Bak 2 : la naissance du Dragon aurait donc pu s'apprécier comme un véritable film et non une nouvelle démonstration éclatante d'arts martiaux, d'autant que sa vision historique est matinée d'une passionnante pointe de fantasy. Reste que Tony Jaa continue de nous impressionner par ses talents de combattant et -c'est nouveau- de réalisateur, assurant un spectacle à couper le souffle de la première à la dernière minute.

Mag : plus d'actu sur Ong-Bak 2, la naissance du dragon

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