La comédie française pourrait bien reprendre des couleurs avec cette version parfaitement calibrée d’
OSS 117, qui réussit le juste équilibre entre nostalgie du genre et humour potache. L’écriture est maligne, la réalisation soignée, les seconds rôles vraiment savoureux et Jean Dujardin au top de sa forme : un phénomène à la Brice de Nice n’est pas à exclure pour cet agent « double », qui cumule la classe de James Bond et le niveau intellectuel du lieutenant Drebin dans la série des
Y a-t-il un flic…OSS 117, LE CAIRE NID D’ESPIONSUn film de Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, Philippe Lefebvre
Date de sortie : 19 Avril 2006Si la comédie française a autant de mal à tirer chez nous autre chose qu’un sourire las, c’est parce qu’elle souffre trop souvent d’une écriture paresseuse et d’une réalisation pépère. On apprécie donc l’effort fourni dès les premières minutes d’
OSS 117, avec son prologue subtilement parodique et son générique très soigné : on sent l’hommage à une certaine cinématographie des années 50 et 60, qui n’hésitait pas à faire appel aux talents graphiques d’un Saul Bass. Visuellement, cette première impression ne sera pas démentie malgré un argument simple : OSS 117, maître agent secret, est envoyé au Caire pour enquêter sur la disparition de l’un de ses collègues et régler au passage les conflits moyen-orientaux…
La première surprise vient donc de l’esthétique du film, vraiment classe. Un soin tout particulier est apporté aux choix de pellicule et de lumière, qui restituent l’ambiance de l’époque, ses codes cinématographiques et ses clichés géographiques. On aime l’idée du carton qui vient indiquer le lieu où se déroule l’action alors qu’on voit à l’image le symbole même de la ville en question : Rome et le Colisée, Paris et la tour Eiffel … La réussite du gag réside dans la légère exagération du procédé, qui joue sur le clin d’œil plutôt que l’effet appuyé. Dans le même esprit, plusieurs scènes offrent une vision très BD du Caire, dont le pittoresque labyrinthe de rues semble tout droit sorti de Tintin et les cigares du pharaon. Astérix et sa version piégée de la pyramide (exploitée avec le même bonheur par Alain Chabat) sont également du lot, dans l’une des meilleures scènes du film, qui voit resurgir un officier nazi exigeant d’avoir droit à « une seconde chance ». Bref, pour une fois, l’humour ne se contente pas d’habiter les dialogues, le film regorge d’idées visuelles et on ne se demande pas où est passé le budget...

Côté scénario et écriture, même effort avec une vraie variété dans le niveau de lecture et le registre de comédie : potache, absurde, décalé ou parodique, mais toujours associé au premier degré absolu du personnage d’OSS 117, qui réunit à lui seul tout l’esprit franchouillard d’une époque gentiment désuète. Soit un Français un peu misogyne, clairement colonialiste, bêtement homophobe, doucement macho et globalement inculte : Jean Bruce, créateur du personnage, a intérêt à avoir de l’humour ! L’ensemble reste bon enfant grâce à une atmosphère très cartoon dès lors qu’il est question de la pure affaire d’espionnage, qui nous offre une superbe galerie de seconds rôles, inédits et hilarants.
Ne passez pas à côté de François Damiens, encore peu connu en France mais star de la caméra cachée en Belgique (sous le pseudo François l’Embrouille) et bientôt à l’affiche de
Dikkenek. Coup de cœur pour cet éminent représentant de l’humour belge, digne camarade de Benoît Poelvoorde. A ses côtés, Richard Sammel (déjà vu dans
La vie est belle ou
Le Hussard sur le toit) révèle un potentiel comique énorme dans le rôle d’un Allemand évidemment caricatural. Il faut dire que tous bénéficient de dialogues malins à défaut d’être vraiment fins : mention spéciale à l’échange de l’ambassade, fait de lieux communs censés cacher des trésors de sous-entendus.

On finit avec le « gros » morceau du film : Jean Dujardin, qui se glisse dans le smoking avec grande classe et fine moustache. Parfaitement crédible en agent secret (il en a le physique et l’élégance), il apporte la dose d’imbécillité nécessaire pour faire de son personnage un gentil con, pas vraiment dangereux mais quand même bien atteint. Sans jamais tomber dans la parodie pure et simple, il rend un bel hommage à la tradition des James Bond, révèle une jolie voix (« Bambino » en arabe, il fallait le faire !) et se régale de mimiques qui feront une fois de plus les beaux jours des cours de récré. On est moins fana de la partition jouée par les filles, en particulier Aure Atika, cantonnée une fois de trop dans un rôle de sexy girl … et c’est tout.
Pour autant, pas de quoi entamer la bonne humeur générale d’un film qui a de bonnes chances de n’être que le premier épisode d’une longue série : OSS, success !
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