Après OSS 117 : Le Caire nid d’espions, Hubert Bonisseur de la Bath est de retour et il est en forme ! En effet, douze ans après ses frasques égyptiennes, l’espion français le moins discret de la IVème République revient aux affaires pour mettre le feu au Brésil et sauver la France. Mais le monde a changé autour de lui…
Le retour d’OSS 117 ou comment appréhender le changement ?
Alors que la France gaullienne tente de préserver sa place dans le monde, les autorités font appel au meilleur de leurs agents pour retrouver un microfilm bien compromettant. Et qui mieux qu’OSS 117 pour remplir cette délicate mission ? En effet, Von Zimmel, un ancien dignitaire nazi ayant fui au Brésil veut obtenir de l’argent de l’Etat français en échange d’une liste de collaborateurs qui occuperaient encore des postes clefs dans l’administration du Général. Dès lors, c’est tout le génie de notre espion préféré qui va se manifester entre les plages de Rio et le Christ du Corcovado pour résoudre cet épineux problème.…
Avec
OSS 117 : Rio ne répond plus, Jean Dujardin endosse à nouveau les habits du sauveur gaffeur et sous la direction de Michel Hazanavicius, se voit transporter au Brésil en plein cœur de l’année 1967. Armé de sa maladresse coutumière et son humour postcolonial toujours très particulier, Hubert Bonisseur de la Bath reprend donc du service et repart en lutte contre un docteur nazi récalcitrant. Mais cette fois-ci, loin d’être seul, le MOSSAD va l’approcher et lui déléguer pour l’aider une femme, Dolorès, jouée par la sémillante Louise Monot. Or, révolution des mœurs et des cultures oblige, le tandem ainsi constitué ne répondra pas aux attentes de notre vaillant espion. En effet, si vigoureusement attaché qu’il soit à la grandeur de la France et à la prépondérance du mâle, OSS 117 va devoir composer. Car Dolorès est une femme libérée et elle reste totalement insensible aux charmes lourds et empesés de notre Dom Juan d’opérette.

Ainsi,
OSS 117 : Rio ne répond plus ne reprend pas les recettes du premier volet. Et plus qu’une suite, il s’appuie sur ce que OSS 117 : Le Caire Nid d’espions avait déjà posé pour mieux faire évoluer le personnage et le décaler. Toujours aussi éloigné des réalités géopolitiques du monde qui l’entourent, OSS 117 s’il n’a pas perdu sa verdeur, n’a pourtant pas senti qu’il avait vieilli et ne correspond plus réellement à l’homme idéal qu’il était il y a quelques années. Et c’est d’autant plus pénible pour lui qu’il doit supporter de ne plus séduire comme il le faisait auparavant. De fait, premier enjeu du film, cette évolution du personnage va permettre d’aborder un autre genre comique et de tisser des liens entre les personnages principaux qui diffèrent franchement. Sans cesse jeté et presque has been, notre Hubert en devient touchant et gagne en fragilité ce qu’il perd en confiance. Et c’est d’autant plus drôle qu’il s’entête comme un enfant dans ses maladresses et ses lourdes tentatives de séduction comme dans la séquence de poursuite en voiture.
L’art du décaler ou comment faire rire en montrant un OSS dépassé
C’est d’ailleurs là que se joue un autre enjeu du film, celui qui fait se confronter deux idées du monde : l’une passéiste, ignare et rétrograde et l’autre moderne et émancipatrice. En somme, Hubert rappelle la flagornerie machiste et paternaliste de la IVème République quand sa partenaire préfigure la montée de la jeunesse, le tiers-mondisme et 1968. Ainsi, contrairement au premier volet,
OSS 117 : Rio ne répond plus s’installe dans un contexte bien différent et surtout plus étonnamment politique puisque l’un de ses ressorts est de considérer par exemple par la bêtise de notre agent et la comédie, le mensonge gaullien d’une France entièrement résistante. In fine, le décalage des modes, des mœurs et des façons de pensée sert ainsi de moteur au film et influe aussi bien sur ses personnages que sur sa manière de représenter.

Avec un principe organisateur aussi clairement posé, il ne reste plus dès lors qu’à installer une quête – celle du nazi-, de l’adversité – des Chinois prêts à tout pour se venger, des traitres à foison – et des situations pour en rire et le montrer. Ainsi, aura-t-on droit à quelques morceaux de bravoure et de pure hilarité. Et l’on n’oubliera pas non plus deux spectaculaires poursuites, l’une interminable en voiture et l’autre incroyablement lente dans les couloirs de l’hôpital entre OSS 117 et Von Zimmel.

L’occasion est de fait exquise pour l’immense Jean Dujardin car il excelle à jouer de telles situations où le sérieux doit présider alors que l’ensemble de la scène prête à pouffer de rire. Ainsi, la scène de fusillade que l’on nous sert en introduction est un régal dans le genre tout comme la séquence de catch où notre comédien révèle des talents cachés. Mais l’attrait d’
OSS 117 : Rio ne répond plus ne tient pas uniquement à ces seuls moments passés à ridiculiser avec application notre espion adoré, il s’appuie aussi sur une savoureuse écriture des dialogues et des répliques échangées. En effet, OSS 117 ose des envolées « lyriques » insensées à la fois racistes, outrancières et grossières mais ces dernières, toutes au second degré, font hurler de rire et s’inscrivent dans l’esprit bon enfant du premier volet. Par conséquent, on rit et on s’amuse beaucoup à voir notre héros enchaîner les bourdes, les préjugés et littéralement s’enfoncer dans ses clichés.
Un travail référentiel et formel à ne pas négliger
Cependant, parler d’
OSS 117 : Rio ne répond plus et ne pas évoquer sa mise en scène et sa mise en images, ce serait oublier le travail effectué pour accompagner les frasques déjantées de notre agent secret et permettre d’y adhérer. En effet, outre l’envie d’inscrire notre personnage dans la proximité des seventies et de le noyer dans les éléments particuliers de l’époque (vêtements, coupes de cheveux, voitures, architecture de Niemeyer, musique…), le métrage de Michel Hazanavicius fait montre d’une véritable volonté référentielle et formelle. Tout d’abord, on ne compte pas les clins d’œil explicites et cinéphiliques qui vont de
Vertigo jusqu’aux plus populaires métrages de Belmondo en passant par de clins d’œil aux cinémas mexicain et asiatique. Mais surtout, on ne peut faire abstraction du travail d’éclairage de Guillaume Schiffman qui s’il trouble le spectateur dans son adhésion à la comédie, n’en est pas moins soucieux de recréer l’esthétique des films des sixties en usant à plein des lumières naturelles.

En définitive,
OSS 117 : Rio ne répond plus représentent des retrouvailles plus élaborées qu’attendues avec Hubert Bonisseur de Labath. Cependant, dans l’évolution du personnage et des situations dans lesquelles il est amené à évoluer, certaines choses surprennent. La mise en scène et certaines situations se révèlent parfois plus grivoises que dans le premier volet par exemple et l’envie d’illustrer avec soin l’époque se heurte souvent à l’esthétique artificielle qui avait fait la force du premier volet. En effet, la patine par trop naturaliste de l’image ôte à certains moments au personnage et à ses actions son impact comique car elle se confronte trop à des registres plus réalistes - ici inaccessibles vues les facéties de l’espion français. Néanmoins,
OSS 117 : Rio ne répond plus s’il ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier, s’impose comme une comédie particulièrement attrayante et amusante. Entre film d’action, humour décalé et pastiche débridé, le métrage de Michel Hazanavicius répond en majeure partie à nos attentes et même s’il ne les comble pas toutes,
OSS 117 : Rio ne répond plus nous donne l’occasion de passer un bon moment en compagnie de ce personnage aussi insupportable qu’attachant.