L'HISTOIRE : Eva Sanders est une plongeuse de haut vol, habituée des premières places aux championnats internationaux. Athlète exemplaire, elle consacre sa vie aux "dix mètres", entraînée par Peter, un ancien infirmier. Un jour, Eva rate son plongeon, heurte la plateforme et tombe dans le coma. Lorsqu'elle en sort quinze jours plus tard, Eva a une pensée pour son chaton confié à son frère avant l'accident. Mais son frère a disparu... Eva part à leur recherche et commence à penser que son père n'est peut-être pas étranger à leur disparition...
Dès son titre alambiqué, le film des frères Malandrin nous invite dans un univers étrange. Où est la main de l’homme sans tête, sans point d’interrogation : un énoncé absurde à la Magritte, qui aurait été revu par le cinéaste André Delvaux. Loufoque, "Made in Belgium", tout comme le titre du précédent film de Guillaume Malandrin (Ca m’est égal si demain n’arrive pas, 2005) ou ceux des livres pour enfants de son frangin scénariste, Stéphane, à qui l’on doit "Le jour où j’ai trouvé une vache assise dans mon frigo", ou encore "Pourquoi pleut-il de haut en bas et pas de bas en haut ?". Les deux zozos ne sont pas pour autant des rigolos : leur film est très sombre.
Dès la double scène d’ouverture, impressionnante, Où est la main impose une atmosphère à la fois onirique et schizo. Vertige d’Eva (Cécile de France), d’abord, juchée en haut de la Basilique de Koehlberg, prête à s’élancer dans le vide. Mais la peur s’apaise et devient élégie, dans cette belle scène baignée par la pâle lumière du matin. Puis, juste après, vertige plus anxiogène de la même Cécile de France, en maillot de bain, en haut d’un plongeoir de dix mètres. Elle regarde son entraîneur avant de s’élancer. Découpée sèchement, en plans géométriques étouffants, la séquence distille une tension incroyable. Le visage de la championne, concentré, se fige soudain à la vue du bassin. Quelque chose semble assombrir le fond de la piscine. Une ombre géante, en forme de main. Décontenancée, Eva s’élance pourtant au dessus du vide, mais crac, sa tête heurte violemment le plongeoir. Trajectoire fracassée. Elle chute lourdement dans l’eau bleu électrique, la tête en sang. Coma.
Comme dans Rosemary’s Baby, la terreur naît à travers les yeux d’une femme en plein doute – des yeux paniqués, injectés de sang, filmés en plans si serrés qu’ils semblent noirs (référence explicite à l’œuvre horrifique de Polanski). Tout le film épouse le point de vue de Cécile de France, mêlant plutôt habilement rêve et réalité, dans un climat inspiré par l’incontournable Lynch : onirique et violent. On croise ainsi deux personnages étranges, mafieux loufoques à la recherche d’une main manquante : "Où est la main de l’homme sans tête ?". Serait-ce cette main aperçue dans le grand bassin par Eva, avant l’accident ? Question symbolique, freudienne, à laquelle doit se confronter Eva, aux prises avec les profondeurs de sa psyché amochée. Car sa culpabilité, un poil schizophrénique, parsème le quotidien de signes funestes, tels un oiseau s’explosant sur un pare-brise.En quelques films, Cécile de France est devenue une actrice française incontournable. Retour en images sur cette incroyable carrière.