La critique d'Excessif

3/5
ouestlamain_135 L'HISTOIRE : Eva Sanders est une plongeuse de haut vol, habituée des premières places aux championnats internationaux. Athlète exemplaire, elle consacre sa vie aux "dix mètres", entraînée par Peter, un ancien infirmier. Un jour, Eva rate son plongeon, heurte la plateforme et tombe dans le coma. Lorsqu'elle en sort quinze jours plus tard, Eva a une pensée pour son chaton confié à son frère avant l'accident. Mais son frère a disparu... Eva part à leur recherche et commence à penser que son père n'est peut-être pas étranger à leur disparition...
Perchée en haut de la Basilique de Bruxelles, Eva scrute l’horizon, prête à sauter. Entraînée par un père très sévère, la championne de plongeon a l’habitude du vide. Mais un terrible accident, lors d’une compétition, va la plonger dans le coma puis, à son réveil, faire vaciller son quotidien. Où est passé son frère Mathias ? Qui sont ces hommes qui la poursuivent, à la recherche d’une main ? Ou est la main de l’homme sans tête ?

OU EST LA MAIN DE L'HOMME SANS TÊTE ?
Un film de Stéphane Malandrin, Guillaume Malandrin
Avec Cécile de France, Ulrich Tukur, Bouli Lanners, Edouard Piessevaux, Jacky Lambert, Joseph Mazy
Durée : 1h44
Sortie cinéma France : 20 Mai 2009


Dès son titre alambiqué, le film des frères Malandrin nous invite dans un univers étrange. Où est la main de l’homme sans tête, sans point d’interrogation : un énoncé absurde à la Magritte, qui aurait été revu par le cinéaste André Delvaux. Loufoque, "Made in Belgium", tout comme le titre du précédent film de Guillaume Malandrin (Ca m’est égal si demain n’arrive pas, 2005) ou ceux des livres pour enfants de son frangin scénariste, Stéphane, à qui l’on doit "Le jour où j’ai trouvé une vache assise dans mon frigo", ou encore "Pourquoi pleut-il de haut en bas et pas de bas en haut ?". Les deux zozos ne sont pas pour autant des rigolos : leur film est très sombre. Dès la double scène d’ouverture, impressionnante, Où est la main impose une atmosphère à la fois onirique et schizo. Vertige d’Eva (Cécile de France), d’abord, juchée en haut de la Basilique de Koehlberg, prête à s’élancer dans le vide. Mais la peur s’apaise et devient élégie, dans cette belle scène baignée par la pâle lumière du matin. Puis, juste après, vertige plus anxiogène de la même Cécile de France, en maillot de bain, en haut d’un plongeoir de dix mètres. Elle regarde son entraîneur avant de s’élancer. Découpée sèchement, en plans géométriques étouffants, la séquence distille une tension incroyable. Le visage de la championne, concentré, se fige soudain à la vue du bassin. Quelque chose semble assombrir le fond de la piscine. Une ombre géante, en forme de main. Décontenancée, Eva s’élance pourtant au dessus du vide, mais crac, sa tête heurte violemment le plongeoir. Trajectoire fracassée. Elle chute lourdement dans l’eau bleu électrique, la tête en sang. Coma.
Par contraste avec sa magistrale ouverture, la suite de Où est la main paraît baisser significativement en intensité. Les frères Malandrin prennent le temps de planter le décor, rural et pluvieux, et d’installer leurs personnages. Quand l’héroïne se réveille de son coma et commence à reprendre ses marques, on découvre que son entraîneur (Ulrich Tukur) est aussi son père. Un père autoritaire, le genre à frapper du poing sur la table, qui protège et pousse Eva à la performance, jusqu’à l’obsession, au détriment de son autre fils, l’aîné Mathias (Bouli Lanners) - le mal-aimé. Sans nouvelles de Mathias, depuis la fin de son coma, Eva s’inquiète. Où est-il passé ? Son père ne veut rien lui dire. Il l’empêche même d’aller le voir. Prise de cauchemars, Eva se met à soupçonner son père d’avoir tué son frère. Comme dans Rosemary’s Baby, la terreur naît à travers les yeux d’une femme en plein doute – des yeux paniqués, injectés de sang, filmés en plans si serrés qu’ils semblent noirs (référence explicite à l’œuvre horrifique de Polanski). Tout le film épouse le point de vue de Cécile de France, mêlant plutôt habilement rêve et réalité, dans un climat inspiré par l’incontournable Lynch : onirique et violent. On croise ainsi deux personnages étranges, mafieux loufoques à la recherche d’une main manquante : "Où est la main de l’homme sans tête ?". Serait-ce cette main aperçue dans le grand bassin par Eva, avant l’accident ? Question symbolique, freudienne, à laquelle doit se confronter Eva, aux prises avec les profondeurs de sa psyché amochée. Car sa culpabilité, un poil schizophrénique, parsème le quotidien de signes funestes, tels un oiseau s’explosant sur un pare-brise.

Mental, intérieur, le thriller des frères Malandrin n’évite pas, à force d’éparpillement dans la narration, quelques longueurs en milieu de parcours. Les séquences de rêve, en particulier, manquent parfois d’inspiration (la scène du placard pastichant Blue Velvet), du rythme nécessaire à l’intégrité du récit. Mais, porté par un casting exemplaire, Où est la main dégage une force indéniable, en particulier dans les scènes de famille, âpres et éprouvantes. Entre série B haut de gamme et série A en mode mineur, les Malandrin sont les nouveaux frères à suivre.

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