Voilà un jeune comédien à qui la chance sourit de ses grandes dents éclatantes! Chose a priori incompréhensible lorsque l'on connaît les innombrables rôles de têtes à claques qu'il a enchaînés jusqu'ici (
I, Robot, Constantine, etc…), la réputation de Shia Labeouf fait soudainement un bond incroyable. Il y a effectivement de quoi jubiler puisque désormais promu à faire un carton au box office mondial dans les prochaines semaines avec
Transformers avant d'immortaliser un pan du cinéma d'aventures dans
Indiana Jones 4 l'année prochaine, le voilà courtisé de toutes parts suite au gros succès outre-Atlantique du
Paranoïak qui nous intéresse aujourd'hui. Soit l'impossible croisement entre
American Pie et le
Fenêtre sur cour d'Hitchcock. Si la consistance globale de l'affaire ne justifie pas réellement son succès, on ne pourra que constater l'efficacité bien ancrée des Américains dans ce qu'ils savent faire de mieux. Des thrillers sans surprise, mais qui savent faire durer le plaisir dans leurs instants chaudement tendus.
PARANOÏAK (Disturbia)U film de D.J. Caruso
Avec Shia Labeouf, Sarah Roemer, Aaron Yoo, Carrie-Anne Moss, et David Morse
Durée : 1h45
Date de sortie : 22 août 2007Au départ,
Paranoïak, c'est très inquiétant. Non pas parce que c'est un thriller, ni même parce que son histoire s'aventure courageusement dans les traces d'un chef d'œuvre inégalé – signé par un maître qui plus est - mais parce que le réalisateur de
Two For The Money entame son nouveau film comme un sous
Et au milieu coule une rivière. Le petit Labeouf et son papa joli tentent vainement d'attraper des truites condamnées à devenir meunières, et se disent plein de gentillesses. Un remake de
La Petite maison dans la prairie en quelque sorte…Heureusement, la plume sadique des scénaristes fait intervenir un accident de la route spectaculaire – Bay devait traîner dans les parages – qui assomme temporairement le pauvre Shia mais qui transforme son dada daddy en charpie, limite tartare. Les truites sont vengées. Kale (c'est son nom dans le film) ne se laisse pas pousser la mèche rebelle comme Peter Parker, mais c'est tout comme, et finit par envoyer un pain magistral à son professeur d'espagnol qui ose évoquer la mémoire de son
padre. Jusque là on reste dans le pathos traditionnel, et on n'en voudra pas totalement au réalisateur puisque l'affaire est très vite expédiée.

C'est ensuite que l'affaire se corse pour Kale, et que ça devient franchement plus intéressant pour nous. Comme ça ne se fait pas d'envoyer son prof d'espagouin au tapis devant tout le monde, l'adolescent se voit condamné à purger une peine à domicile avec un capteur au pied qui rameute les patrouilles locales s'il s'éloigne de sa maison. Un vrai panard de pantouflard puisque à part fureter sur Internet (et donc DVDrama), jouer à la nouvelle X-Box et télécharger des chansons légalement pour son Ipod, il n'y à pratiquement rien d'autre à faire pour rembourser sa dette à la société. Mais Kale s'éclate aussi à espionner le voisinage, comme James Stewart avec son pied dans le plâtre, quoi. Parce qu'il en a marre de mâter sa nouvelle voisine qui dégrafe son soutif les rideaux ouverts, mais en tournant à chaque fois le dos à la fenêtre, il se tourne alors vers son voisin. Un type lugubre dont les allées et venues correspondent systématiquement à l'actualité d'un serial killer insaisissable dont parlent les journaux télévisés. Et si l'égorgeur de rousses habite juste derrière, c'est effectivement la méga plaie !
Voilà le topo pour
Paranoïak qui, à partir de cet instant, s'ouvre comme un charmant album de poncifs dont les dévoreurs de thrillers demeurent friands. Ce n'est pas bien compliqué de comprendre alors que si le voisin est interprété par un David Morse qui sert la mâchoire comme un étau, le bougre a effectivement quelque chose à se reprocher. Pour le côté paranoïaque on repassera et on ne se limitera qu'à des suspicions légitimes, fondées et donc traditionnelles. Mais la qualité du film, car il en a, c'est de justement pouvoir s'amuser de ces situations et de ne pas complètement tomber dans un premier degré assommant. Situer l'intrigue et l'enquête du point de vue d'un trio d'adolescents (le héros, sa gonzesse en devenir et son meilleur pote… classique) étant une excellente idée en soi, puisqu'il n'y a rien de tel que l'âge ingrat pour mélanger la vérité, les fantasmes et les affabulations. On nous offre en plus une croustillante donzelle, sosie de Jessica Biel, qui ferait passer l'originale pour une mégère. Ce qui ne gâche rien.

Pour le reste,
Paranoïak résonne un peu comme l'héritier le moins honteux d'un certain
Scream où les premiers émois côtoient l'héroïsme de bébés testostérones. Ca divertit, ça conforte la jeunesse, et ça met du beurre dans les épinards de Carrie-Anne Moss. Une aventure un peu morbide du
Club des cinq en quelque sorte où Internet, caméscopes, et téléphones portables aidant, les jeunes héros chassent un cousin germain d'Hannibal Lecter jusque dans un final frisant la galerie des horreurs. Pas un mauvais film, juste un bon téléfilm…
Arnaud Mangin