La critique d'Excessif

3/5
paris_cinefr2 L'HISTOIRE : "Le tournage d’un film est toujours une grande aventure, technique mais aussi et surtout humaine. C’est pourquoi, j’ai voulu prendre quelques photos de l’équipe, des instantanés dans le feu de l’action. Et ce qui est formidable dans ces portraits « pris sur le vif », c’est que, malgré la pluie, le froid, la nuit, malgré les heures, tous ont le sourire, du matin jusqu’au soir. De mon point de vue de directeur de production, on a, je crois, réussi l’équilibre délicat et rare entre travail et plaisir, entre problème et rigolade. J’espère que ce « pano-paris » vous inspirera également et vous donnera envie de partager un peu de cette aventure avec nous." Cédric Klapisch
Neuvième film de Cédric Klapisch, Paris est une oeuvre charnière faisant le lien entre un début de carrière tonitruant rassemblant plusieurs générations de spectateurs et une nouvelle étape dans la vie d’un homme enclin à questionner son art et la vie à travers des personnages qui lui sont plus proches... Attachant comme un premier film, Paris réunit en effet tous les éléments d’une oeuvre ébauchée, sans véritable aboutissement ni conclusions. Comme une révélation, ou plutôt une renaissance, Klapisch retombe dans des balbutiements en tentant de démontrer sa maturité. Avec la fragilité et la sensibilité qui le caractérisent, le cinéaste force un peu le trait et manque parfois de nous émouvoir réellement ! C’est cependant avec une grande générosité que le réalisateur tâche de donner un nouveau souffle à son cinéma. Mais la plénitude ne s’acquiert pas en un film...

PARIS
Un film de Cédric Klapisch
Avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Fabrice Luchini, François Cluzet, Mélanie Laurent, Julie Ferrier, Karin Viard...
Durée : 2h10
Date de sortie : 20 février 2008


Une oeuvre pleine de charme portée par un casting poignant... Cédric Klapisch passe à l’étape supérieure et témoigne d’une fragilité exacerbée. Comme un homme souhaitant grandir mais ne sachant pas réellement comment s’y prendre.

C'est l'histoire d'un Parisien qui est malade et qui se demande s'il va mourir. Son état lui donne un regard neuf et différent sur tous les gens qu'il croise. Le fait d'envisager la mort met soudainement en valeur la vie, la vie des autres et celle de la ville toute entière. Des maraîchers, une boulangère, une assistante sociale, un danseur, un architecte, un SDF, un prof de fac, une mannequin, un clandestin camerounais... Tous ces gens, que tout oppose, se retrouvent réunis dans cette ville et dans ce film !


Il y a dans la capitale une mixité et une forme d’ébullition constante... A la fois ancrée dans un passé mythique et en révolution continue, la cité se détruit, se reforme, se construit, s’isole ou au contraire s’ouvre au monde. Paris est une entité à part entière, la juxtaposition des éléments qui la construisent font de cette ville une sorte de trait d’union entre les périodes de l’Histoire mais également entre la banalité du quotidien et le prestige de son décor. En travaillant sur cette ville que le cinéaste a déjà filmée dans Riens du tout, Chacun cherche son chat ou Les Poupées Russes, Klapisch se permet de projeter ses propres questionnements et de dessiner, à son tour, un tiret entre ses précédents ouvrages et ce qui suivra. Le décor devient alors le thème principal du film et le symbole de toute une carrière...


Ainsi Paris démarre sur un laïus universitaire clamé par le personnage de Luchini qui explique qu’une cité ne se définit pas par sa façon d’opposer ses vestiges et sa modernité. Au contraire ! En reliant la capitale à ses habitants, Klapisch raconte l’évolution et le changement plus que la vieillesse. Il se donne alors pour ambition de tracer le portrait d’hommes et de femmes dont la vie va être plus ou moins bouleversée par un évènement, parfois infime, parfois primordial. A l’instar de Romain Duris se demandant s’il va mourir, perché sur son balcon dans les hauteurs de Ménilmontant, Klapisch porte un nouveau regard sur la vie, s’élève et tente de capter l’éphémere et le superflu dans ce qu’il a d’essentiel. Se dérobant des considérations des jeunes trentenaires des Poupées Russes, le réalisateur parle un peu plus de lui. Toujours de manière détournée, puisqu’ il multiplie (à tort) les identités, mais il évoque des questionnements plus profonds sur le temps qui reste ou les gens qui passent. Se rapprochant plus de cinquante ans que de trente printemps, on comprend que le réalisateur décide de passer à un stade supérieur et témoigne d’une maturité à fleur de peau. Entre la crise existentielle et l’ouverture aux autres, il y a dans ce film l’étrange opposition entre l’isolement physique du personnage de Duris et sa volonté mentale de passer à travers la fenêtre et survoler la capitale. Certainement enclin à ce type de confrontations, le réalisateur se cherche et peine à s’y retrouver dans cette accumulation de questionnements...


En effet, la forme chorale de son film révèle les limites de l’oeuvre. En multipliant les personnages et les petites intrigues, Klapisch perd le fil de sa pensée et par la même occasion, manque souvent de taper juste dans l’émotion. Ne sachant pas toujours où se concentrer et surtout dans quelles mesures, il distille étrangement une tension dramatique qui tend à se perdre tout au long du métrage. Mais regorgeant de séquences simplement belles et vraies, Paris réserve également son lot de surprises et de scènes proprement émouvantes. Binoche en tête, dans son rôle de mère de famille en cure de jouvence, qui trouve ici un ton toujours juste. Luchini, habituellement très sûr de son art devient hésitant et emprunt au doute... Suivent les belles prestations de Dupontel, Gilles Lellouche ou l’excellente Julie Ferrier. Seulement voilà, lorsque Klapisch tente d’appuyer le trait, les émotions ne passent plus ! C’est paradoxalement dans la légereté et l’inattendu que le cinéaste maîtrise, moins dans l’émotion forte et les sentiments lourds. Mais c’est par cette inégalité et ces faiblesses que Paris devient imparfait et décousu, à l’image de la capitale décrite. Cela va dans tous les sens, parfois à raison, parfois à tort... Notamment sur le long trajet de l’immigré camerounais, Klapisch trouve comme obstacle son manque de rigueur et d’approfondissement face à un tel parcours. Ne pas en parler ne l’aurait pas moins desservi que cette simple allusion terriblement convenue.

Dans sa construction même, Paris démarre sur un générique pouvant être le final des Poupées Russes : nerveux, tout en percussions, décalé et faisant appel à notre persistance rétinienne, il entame son film en cloturant le précédent. Comme pour signifier que la clique de l’Auberge Espagnole l’a aidé à se construire en tant que cinéaste et homme mais qu’il faut désormais couper le cordon et prendre sa propre voie. Sa mise en scène devient alors plus classique et les envolées lyriques et surréalistes de Peut-être ou Les Poupées Russes semblent rangées dans un tiroir. Le temps d’un rêve de Cluzet, on retrouve néanmoins le Klapisch du bric à brac et du découpage mais on constate une accalmie dans les délires visuels. Regrettable pour certains, nécéssaire pour d’autres, on y perd dans tous les cas une caractéristique propre à son cinéma. Faut-il y voir ici une volonté de donner plus de place au conventionnel afin de mieux faire surgir l’imprévisible ? Mettre en images la coexistence parisienne du contemporain et de l’ancien ? Nous trouverons certainement des réponses à ces questions plastiques dans son prochain ouvrage...


En attendant, il serait dommage de passer à côté de ce film qui réveillera chez certains parisiens des souvenirs au coin d’une rue, à la table d’un café ou au long d’un étalage de marché. Le tout est inégal et imparfait et manque parfois de consistance mais c’est ce qui fait la densité et le charme d’une ville... Et tout bonnement, la grâce de Paris ! On reste impatient de voir ce que prépare Klapisch pour son prochain film. Il a tous les ingrédients en main, il lui manque peut-être une meilleure recette. Et un peu plus de bouteille...

Kevin Dutot



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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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