La critique d'Excessif

4/5
parque_via L'HISTOIRE : Beto est le gardien d'une maison à Mexico, restée vide depuis plusieurs années, dans laquelle il a longtemps travaillé comme domestique. La solitude des dix dernières années, la monotonie et la routine de son travail l'ont incité à mener une vie recluse, qui pourrait sembler étouffante, mais lui fournit un environnement sûr et stable, contrairement au monde extérieur menaçant. Il a développé une crainte pathologique de l'extérieur, au point de limiter ses contacts à deux seules personnes : la propriétaire de la maison, pour qui il a un sentiment de gratitude et de respect profond qui se traduit par un lien d'obéissance ; et Lupe, une amie, à la fois sa confidente et maîtresse. La maison devant être vendue, Beto se demande s'il va à nouveau devoir se confronter au monde extérieur ou s'il va trouver une solution pour rester dans son isolement.
Récit minimaliste, le film dégage pourtant une force peu commune.

Premier long-métrage très réussi d’Enrique Rivera, Parque via assume son austérité et sa radicalité semblable à un fait divers. Tourné caméra à l’épaule ou en longs plans fixes, le film est le portrait d’un homme qui a choisi de se couper du reste du monde pour se préserver du chaos et de la violence environnants. Seule fenêtre sur ses contemporains, la télévision, qui déverse chaque jour ses images de meurtres, de viols ou de répression subies par la population. Face à ce maelström, la maison dont il a la charge est calme, sereine, mais désespérément vide. Seuls ses souvenirs et ses images pieuses encadrées alimentent la mélancolie de Beto qui, comme pour se prouver qu’il est encore utile, loge dans la remise de la buanderie et se lève chaque matin à la même heure, effectuant les mêmes gestes tout au long de la journée dans une sorte de rituel salvatrice.

 

 


Beto est un « indio », un domestique pauvre qui sait où se trouve sa place contrairement à Lupe qui désespère de faire l’amour dans la grande baignoire en forme de coquillage, ce que s’interdit de faire le vieux bonhomme. Derrière son angoisse du monde se cache surtout un passé secret lié à la mort de sa femme. Resté célibataire depuis, il a toujours refusé de se remarier, autre refus de retrouver une vie normale. Beto est devenu un inadapté, un marginal qui se contente de peu. Récit minimaliste pour une mise en scène tout aussi en retenue, le film dégage pourtant une force peu commune, une force qui émane tout d’abord du jeu de l’acteur amateur Nolberto Coria dont le film raconte la propre vie. Une force qui ensuite traverse chaque plan dans sa construction et sa composition, à l’image de la bâtisse à l’architecture moderne, froide, presque inhumaine. Les pièces vides de la maison amplifient ce sentiment de néant, une télévision et un fauteuil étant les seuls objets venant briser l’équilibre des lignes de fuite. Evasion artificielle, le petit écran est moins un interlocuteur que l’occasion, chaque après-midi, de s’endormir. La sonnerie du réveil ou des téléphones, toujours ponctuelle, rythme la vie d’un homme qui ne vit plus justement.

 

 

A l’image du nouveau cinéma mexicain de Carlos Reygadas (Bataille dans le ciel, 2005) ou de Pedro Aguilera (La influencia, 2007), Enrique Rivera s’installe dès son premier film comme un cinéaste à suivre de près, Parque via ayant obtenu par ailleurs le Léopard d’Or du dernier Festival du Film de Locarno. Autant par sa maîtrise de l’image, du son et sa capacité à drainer le maximum d’une histoire au fil ténu, Enrique Rivera convainc tout simplement son public que le cinéma est avant tout une expérience de la perception, ici celle de Beto. Sans dialogues inutiles, sans explication fade, l’on comprend les faiblesses et les désirs de cet homme seul qui perçoit le monde de manière biaisée, ne retenant que l’angoisse lorsqu’il traverse un simple marché. Les images et les sons se font alors saccadés, agressifs, perturbants. Le dynamisme de la vie a complètement quitté le corps de Beto, il préfère rejoindre le silence et l’immobilité de la maison, sorte de cercueil luxueux pour ce pauvre hère.

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