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Passeur d'espoir

La critique d'Excessif

3/5
passeur_d_espoir L'HISTOIRE : Mirko est passeur pour la mafia locale. Il fait traverser la rivière Sava, à la frontière de la Bosnie-Herzégovine et la Croatie, en direction de l'Ouest. Un jour, son bateau surchargé chavire et les clandestins chinois qui s'y trouvaient se noient. Seule une jeune femme survit et Mirko décide de la cacher. A son contact, Mirko connaît un changement dans sa vie. La jeune chinoise est un témoin gênant et la mafia la kidnappe avec l'aide du chef de la police locale qui est également l'oncle de Mirko.
Passeur d'espoir est une très belle surprise qui plonge le spectateur au cœur d'un vaste réseau qui exploite la misère humaine. Sans condescendance ni misérabilisme, le film traite frontalement la condition de vie de ceux que l'on considérait il n’y a pas si longtemps comme des réfugiés politiques. Un sujet épineux qui dévoile les travers d'une organisation mafieuse réduisant l'homme à une simple marchandise. Un parti pris qui va jusqu'à refuser tout sous-titrage lorsque la principale actrice chinoise prend la parole, marquant encore plus l'incommunicabilité et l'incompréhension entre le passeur et l'immigrée clandestine. Un film qui va à nouveau faire grincer des dents une intelligentsia en mal de reconnaissance médiatique, pourtant Passeur d'Espoir vaut mieux qu'un simple passage dans les tabloïdes. Il souligne avec justesse le point de vue des passeurs, pointant du doigt une réalité bien plus complexe qu'il n'y paraît.

PASSEUR D'ESPOIR
Un film de Branko Schmidt
Avec Kresimir Mikic, Mei Sun, Armin Omerovic, Leon Lucey
Durée : 1h30

Avec Passeur d'espoir, on suit le quotidien de Mirko, un humble croate qui, pour subsister à ses besoins, décide de travailler pour la mafia locale. Il s'improvise passeur à la frontière de la Bosnie-Herzégovine, faisant traverser, moyennant finance, la rivière Sava pour l'Ouest de l'Europe. Or, pendant l'un de ses nombreux passages, le bateau contenant des clandestins asiatiques chavire, les condamnant à une mort certaine. Seule une jeune femme réussit à s'en sortir. Elle devient un témoin indésirable que la mafia cherche à éliminer, ce qui n'est pas du goût de Mirko qui se découvre une âme de bon samaritain et décide de la protéger malgré les risques que cela engendre.

Le film tire parti d'une réalité historique qui travaille la morale de nombreux pays occidentaux ne sachant pas comment endiguer cette population clandestine. Ils sont confrontés à la prolifération de réseaux mafieux qui profitent impunément de la détresse de ces individus qui fuient leur pays dans l'espoir de trouver une terre plus clémente et susceptible de leur offrir du travail. Au lieu de prendre un point de vue extérieur forcément biaisé, Branko Schmidt nous plonge au cœur de ce trafic humain avec le personnage de Mirko qui s'improvise passeur pour subvenir à ses besoins. Un travail comme un autre jusqu'au moment où des dizaines de Chinois meurent par sa faute sous ses yeux. Seul survivant, une jeune chinoise. Ce témoin indésirable va réveiller en lui le reste d'humanité l'obligeant à reconsidérer son "travail". Dans cette situation extrême, Mirko sera débordé par ses émotions et finit par s'amouracher de la jeune femme. Pourtant, il ne comprend pas le moindre mot. Ni lui ni le spectateur. Aucun sous-titre n'est présent pour traduire les paroles de la jeune chinoise comme pour marquer encore plus le fossé linguistique qui sépare cet amour naissant.


Le réalisateur bénéficie d'un savoir-faire indéniable distillant des atmosphères âpres et pesantes, offrant de nombreux passages qui prennent littéralement à la gorge comme le naufrage, où l'incroyable histoire d'amour entre un passeur et l'une de ses "marchandises". Branko Schmidt pose sa caméra et construit habilement ses ambiances, dévoilant une humanité désenchantée et moribonde. D'un côté des personnes en sursis vivent et profitent de la profonde détresse humaine. De l'autre côté, des individus qui n'ont plus rien à perdre et ne trouvent leur salut que dans un exil mortifère. Un film bien plus courageux qu'il n'en paraît, car il n'oublie pas de compromettre la police locale (au risque de provoquer un violent retour de bâton de la part des autorités croates) rappelant dans une certaine propension Gomorra avec sa dimension mafieuse qui gangrène l'ensemble des strates de la société napolitaine. Tout comme son homologue italien, Branko Schmidt tire à boulet rouge sur une société occidentale embarrassée par cette migration souterraine qu'elle n'arrive pas à juguler.

La fin culmine dans une expédition punitive finale qui éclabousse l'écran avec des séquences rageuses qui suintent la poudre, débouchant sur un dénouement inattendu. Ce final est d'autant plus déroutant qu'il fait basculer le récit dans une violence qui restait jusqu'alors latente et qui arrive enfin à s'imposer comme nécessaire et comme seule alternative possible. Certains pourraient reprocher cette approche radicale, mais lorsque la loi et la morale n'ont plus lieu d'être, on ne serait en tenir rigueur dans un monde occidental au bord du gouffre.

Gwenael Tison

Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Musique

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