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Persepolis

La critique d'Excessif

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persepolis_cine L'HISTOIRE : Téhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l'avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l'instauration de la République islamique débute le temps des "commissaires de la révolution" qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire. Bientôt, la guerre contre l'Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Pour moi c’est indéniablement la Palme d’or, et si ce n’est pas celle du jury, ce sera la mienne.

PERSEPOLIS
Un film de Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud
Avec les voix de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Danielle Darrieux
Dyrée : 1h35
Date de sortie : 27 juin 2007
> BANDE-ANNONCE

Téhéran 1978, Marjane n’est encore qu’une enfant, néanmoins, du haut de ses huit ans elle ne cesse de poser des questions. Vive et curieuse, elle s’intéresse à ce qui se passe autour d’elle, rêve de devenir le dernier des prophètes, de sauver le monde et suit avec un intérêt exalté au travers du regard de ses parents, de sa grand-mère, de ses oncles, les évènements politiques qui rongent son pays, la révolution, la chute du Chah, l’instauration de la République islamique qui impose le port du voile et tyrannise ceux qui ne se plient pas aux nouvelles règles, la guerre contre l’Irak.


Difficile d’éduquer une adolescente dans un contexte où les libertés premières sont bridées, les parents de Marjane l’envoient donc poursuivre ses études en Autriche, à Vienne. Elle n’a que quatorze ans, sa mère s’évanouit lorsqu’elle passe la porte d’embarquement et Marjane va connaître une autre révolution, plus personnelle, celle de la vie, de l’amour, la passion, vertigineuse et blessante, la trahison, la solitude, l’indifférence. Elle se construit et après un cheminement parfois chaotique, elle finit par raconter son histoire sous la forme d’une bande dessinée, devenue rapidement un best-seller mondial, un journal intime où les problèmes de l’enfance, et ceux de l’adolescence vont de pair avec l’avènement de la révolution islamique et la guerre fratricide contre l’Irak. Persépolis, c’est une peinture en noir et blanc, sublime, profonde, poignante et drôle, réaliste et lyrique de la vie d’une jeune iranienne confrontée aux tourments politiques qui enflamment son pays. Un récit renversant dont personnellement j’attendais avec impatience cette adaptation cinématographique prévue depuis plusieurs années. Avec impatience, mais également avec une certaine angoisse, avec la peur d’être déçue, de ne pas y retrouver toute la puissance qui se dégageait des dessins de Marjane Satrapi, sa force étant de mettre en image la vérité souvent cruelle avec une certaine forme de naïveté, avec un humour qui rompt systématiquement avec toute forme de pathos, avec un certain onirisme. Cette angoisse s’est muée hier en une joie réelle et je suis sortie ravie et émue de cette projection de la version cinématographique de Persépolis. Les échos sont d’ailleurs particulièrement enthousiasmants, le film fait quasiment l’unanimité, autant auprès de ceux qui connaissaient la bande dessinée que de ceux qui ne la connaissaient pas, et la projection fut suivie d’une standing ovation de près de 25 minutes.


Le film, qu’elle a réalisé avec la complicité du compositeur Vincent Paronnaud, respecte le graphisme de la bande dessinée en y associant une dynamique cinématographique singulière et inventive. Il est raconté sous la forme d’une série de flash-backs dont le noir et blanc stylisé exploite à merveille le port obligatoire du tchador et exprime de façon inconsciente le manichéisme d’une société fondée sur des interdits absurdes et des transgressions suicidaires. La particularité de Persépolis réside en effet dans son double niveau de lecture délibérément adulte. D’un côté, les affres de l’âge ingrat et le parcours initiatique d’une gamine aux prises avec la mue de son propre corps (la séquence au cours de laquelle elle passe du stade d’enfant à adulte est irrésistible), de l’autre, une évocation de l’histoire iranienne qui évite le manichéisme en expliquant que le shah était un tyran et que les barbus qui lui ont succédé n’avaient rien à lui envier. Une évocation également très limpide et concrète pour tous car évoquée de manière quelque peu « enfantine » mais particulièrement précise et pertinente. En contournant tout raccourci binaire, Marjane Satrapi confère à son propos une portée historique universelle d’autant plus pertinente que le passé est évoqué sous la forme d’une série de miniatures persanes fort réussies.


Persépolis est un film majeur à la fois par ce qu’il raconte et par la façon dont il le fait. L’utilisation du noir et blanc se révèle d’une inventivité étonnante. Le visage de Marjane enfant dessiné en quelques traits renvoie à ceux de certains films d’animation japonais et notamment à ceux de Isao Takahata, les réflexions acides de la gamine évoquant parfois l’insolence de la fillette de Mes voisins les Yamada. Et lorsque la jeune fille part en pension dans une Autriche repue, fraie avec des gosses de riches européens confits dans une révolte puérile contre la société de consommation qui passe par un nihilisme punk très tendance, il émane de cette description de l’âge ingrat et des premières amours un sens de l’observation irrésistible où l’humour va de pair avec une détresse palpable. L’intelligence du récit est de confronter sa jeune héroïne à sa grand-mère, délicieuse vieille dame indigne à qui Danielle Darrieux prête sa voix de façon jubilatoire en débitant des insanités ahurissantes.


Sans doute un peu abstrait pour de jeunes enfants, voire assez violent tant la description des massacres est décrite dans toute son horreur, même si elle est parfois stylisée (ah, ces têtes qui se détachent comme des gouttes !), Persépolis ravira tous les spectateurs à partir de 10 ou 12 ans par sa poésie, sa beauté et son intelligence aiguës. Sans vouloir se répéter, le jury du Festival de Cannes ne se déconsidèrerait absolument pas en lui accordant la première Palme d’or jamais décernée à un film d’animation, dixit cette fois ci Jean-Philippe Guerand.

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