Alors que la Chine et l’Asie s’imposent chaque année davantage comme l’endroit où se forge en partie le cinéma de demain, la présence en séance spéciale de Pétition, la Cour des plaignants de Zhao Liang sonne comme une confirmation en attendant des nouvelles de Wang Bing et de Liu Jia Yin avec Oxhide II.
Pétitionner en dictature ou comment croire en la justice
Décidé à suivre le combat des pétitionnaires chinois, ce jeune cinéaste s’est décidé à relater sur le temps long, le parcours terrifiant de ces hommes et femmes qui ont tout abandonné pour tenter d’obtenir l’espoir d’être écouté et plus encore le verdict impartial des hautes autorités. Car la Chine n’est pas le lieu idéal d’un socialisme rêvé, bien au contraire. En effet, depuis La Chine d’Antonioni et malgré la tradition ancestrale qu’est le droit de pétitionner, la corruption n’a jamais réellement cessé de planer sur l’Empire du Milieu. Ainsi, par le biais d’un récit documentaire pathétique et frontal, Pétition, la Cour des plaignants met en lumière les victimes de cette vaine lutte, ces idéalistes qui croient encore en leur Parti et aux institutions de leur pays. Mais tout autant, révèle-t-il les dérives d’un système qui voit le gouvernement et ses pendants provinciaux tout faire pour que ces derniers se taisent, disparaissent ou soient le plus possible éloignés des sites olympiques.
Politique et esthétique
Force est de constater dès lors que le propos, bien avant d’être esthétique, se veut surtout politique puisque la plongée dans cet univers miséreux et impitoyable n’est pas sans montrer l’envers du régime et plus encore l’inhumanité réservée à ces damnés de la justice. Montrant son visage totalitaire et inique, la Chine d’aujourd’hui se révèle donc sous son jour le moins pudique. Or, la litanie des avanies subies par ceux qui réclament et pétitionnent fait littéralement frémir entre les internements psychiatriques, les menaces, les tabassages en règle ou les emprisonnements abusifs. Sans parler des conditions de vie de tous ces rejetés du régime qui errent et survivent dans des taudis, sous des ponts et qui du jour au lendemain, peuvent voir leurs abris de fortune détruits… notamment à l’approche des Jeux Olympiques.
Cependant, le cinéma notamment documentaire étant avant tout une affaire de regard, il n’est pas inintéressant de dépasser le volet politique et polémique du sujet abordé pour s’intéresser à la manière dont il est traité. En effet, si la réalisation de Zhao Liang est avant tout descriptive et tente de capter le sort de tous par le biais d’une frontalité assumée, ce dernier n’en est pas moins contraint par des logiques propres au récit. Ainsi, fait-il le choix de suivre ceux et celles qui l’ont le plus touché, ou du moins desquels il s’est rapproché sur toutes ces années. Comme Qi et sa fille ou d’autres opposants comme Xia Yuan, Mr Liu ou Granny Pan. Or, sur la durée, de telles inclinaisons vont biaiser l’objectivité première du récit puisque progressivement, en raison d’une certaine proximité, Zhao Liang devient lui-même acteur de ce qu’il filme. Ainsi, basculant vers une subjectivité de compromis, Pétition, La Cour des plaignants prend parti dans le sens où au moment où Juan s’enfuit, son réalisateur se retrouve confronté tout en filmant, à la vie et à l’obligation de dire et se mêler de ce qui s’est passé ! L’orientation documentaire et politique du propos sort alors des lignes préalablement établies, au risque de quelques réserves, elles-mêmes appuyées par une volonté trop marquée de tout montrer, comme cette main séparée de son corps après que celui-ci ait été écrasé par un train…
In fine, si Pétition, La Cour des plaignants reste un documentaire ambitieux, profitable et édifiant sur la situation des pétitionnaires pékinois, l’exempter de toute critique est hasardeux. En effet, d’une grande richesse documentaire et jouissant d’un impact indéniable, ce dernier s’égare là où Wang Bing (A L’Ouest des rails) et Jia Zhang-Ke (Dong) réussirent. Notamment en ne tenant pas la distance et les frontières préalablement établies à l’origine. De fait, si le premier film de Zhao Liang intéresse, retourne et concerne, son propos pâtit néanmoins de quelques excès spectaculaires et souffre plus encore de sa subjectivité et d’une compassion assumée.
La Cour des plaignants est un documentaire ambitieux sur la situation des pétitionnaires pékinois
Alors que la Chine et l’Asie s’imposent chaque année davantage comme l’endroit où se forge en partie le cinéma de demain, la présence en séance spéciale de Pétition, la Cour des plaignants de Zhao Liang sonne comme une confirmation en attendant des nouvelles de Wang Bing et de Liu Jia Yin avec Oxhide II.
Pétitionner en dictature ou comment croire en la justice
Décidé à suivre le combat des pétitionnaires chinois, ce jeune cinéaste s’est décidé à relater sur le temps long, le parcours terrifiant de ces hommes et femmes qui ont tout abandonné pour tenter d’obtenir l’espoir d’être écouté et plus encore le verdict impartial des hautes autorités. Car la Chine n’est pas le lieu idéal d’un socialisme rêvé, bien au contraire. En effet, depuis La Chine d’Antonioni et malgré la tradition ancestrale qu’est le droit de pétitionner, la corruption n’a jamais réellement cessé de planer sur l’Empire du Milieu. Ainsi, par le biais d’un récit documentaire pathétique et frontal, Pétition, la Cour des plaignants met en lumière les victimes de cette vaine lutte, ces idéalistes qui croient encore en leur Parti et aux institutions de leur pays. Mais tout autant, révèle-t-il les dérives d’un système qui voit le gouvernement et ses pendants provinciaux tout faire pour que ces derniers se taisent, disparaissent ou soient le plus possible éloignés des sites olympiques.
Politique et esthétique
Force est de constater dès lors que le propos, bien avant d’être esthétique, se veut surtout politique puisque la plongée dans cet univers miséreux et impitoyable n’est pas sans montrer l’envers du régime et plus encore l’inhumanité réservée à ces damnés de la justice. Montrant son visage totalitaire et inique, la Chine d’aujourd’hui se révèle donc sous son jour le moins pudique. Or, la litanie des avanies subies par ceux qui réclament et pétitionnent fait littéralement frémir entre les internements psychiatriques, les menaces, les tabassages en règle ou les emprisonnements abusifs. Sans parler des conditions de vie de tous ces rejetés du régime qui errent et survivent dans des taudis, sous des ponts et qui du jour au lendemain, peuvent voir leurs abris de fortune détruits… notamment à l’approche des Jeux Olympiques.
Cependant, le cinéma notamment documentaire étant avant tout une affaire de regard, il n’est pas inintéressant de dépasser le volet politique et polémique du sujet abordé pour s’intéresser à la manière dont il est traité. En effet, si la réalisation de Zhao Liang est avant tout descriptive et tente de capter le sort de tous par le biais d’une frontalité assumée, ce dernier n’en est pas moins contraint par des logiques propres au récit. Ainsi, fait-il le choix de suivre ceux et celles qui l’ont le plus touché, ou du moins desquels il s’est rapproché sur toutes ces années. Comme Qi et sa fille ou d’autres opposants comme Xia Yuan, Mr Liu ou Granny Pan. Or, sur la durée, de telles inclinaisons vont biaiser l’objectivité première du récit puisque progressivement, en raison d’une certaine proximité, Zhao Liang devient lui-même acteur de ce qu’il filme. Ainsi, basculant vers une subjectivité de compromis, Pétition, La Cour des plaignants prend parti dans le sens où au moment où Juan s’enfuit, son réalisateur se retrouve confronté tout en filmant, à la vie et à l’obligation de dire et se mêler de ce qui s’est passé ! L’orientation documentaire et politique du propos sort alors des lignes préalablement établies, au risque de quelques réserves, elles-mêmes appuyées par une volonté trop marquée de tout montrer, comme cette main séparée de son corps après que celui-ci ait été écrasé par un train…
In fine, si Pétition, La Cour des plaignants reste un documentaire ambitieux, profitable et édifiant sur la situation des pétitionnaires pékinois, l’exempter de toute critique est hasardeux. En effet, d’une grande richesse documentaire et jouissant d’un impact indéniable, ce dernier s’égare là où Wang Bing (A L’Ouest des rails) et Jia Zhang-Ke (Dong) réussirent. Notamment en ne tenant pas la distance et les frontières préalablement établies à l’origine. De fait, si le premier film de Zhao Liang intéresse, retourne et concerne, son propos pâtit néanmoins de quelques excès spectaculaires et souffre plus encore de sa subjectivité et d’une compassion assumée.