L'HISTOIRE : Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l'on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c'est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec... Comment ces flics parviennent-ils à trouver l'équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l'écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l'intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade. Un choc brutal et d'un réalisme stupéfiant
Après deux premiers films fortement égocentriques, le premier ouvertement et le second derrière le fard de l'auto-dérision, on pouvait se demander si Maïwenn était capable de mettre en scène autre chose qu'elle-même. Avec Polisse elle n'est plus le centre de l'attention et aborde pour la première fois un sujet puissant sur le plan moral et social en prenant pour environnement la BPM (Brigade de protection des mineurs). Le résultat à l'écran est stupéfiant.
Polisse est un exemple d'hyper-réalisme au cinéma, c'est sa grande force en même temps qu'une de ses rares faiblesses. Sous la bannière d'un cinéma proche du documentaire les notions de découpages et de lumière deviennent parfois annexes. Mais paradoxalement Polisse est rempli de cinéma par ses personnages et son scénario d'une justesse remarquable, ainsi que son énergie dans la mise en scène. Maïwenn multiplie les points de vue sur le métier de flic et parsème ses sous-intrigues avec finesse, touchant à une certaine grâce pour illustrer la cruauté d'un métier qui annihile les sentiments tout en répandant son venin sur la vie privée. En réunissant sa nouvelle famille de cinéma, elle s'impose en conteuse et directrice d'acteurs hors pair, magnifiant cette bête de cinéma qu'est Joey Starr dans un personnage à fleur de peau. Et si on regrettera le narcissisme agaçant d'une poignée de séquences, Maïwenn signe avec Polisse un objet brutal, immersif, drôle, glaçant, parcouru d'un regard aussi cru et pessimiste que bienveillant sur cette société. Il y a eu Police de Pialat, L.627 de Tavernier, Le Petit lieutenant de Beauvois, il y a maintenant Polisse, digne héritier naturel.
Nicolas Gilli
La rédaction décerne ses trophées de cinéma pour le mois d'octobre 2011 : Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne, Drive, Polisse...