L'HISTOIRE : Les employés de la radio d’une petite ville d’Ontario sont secoués lorsqu’ils apprennent que plusieurs habitants de Pontypool meurent dans des circonstances étranges. Après plusieurs appels d’auditeurs incohérents, ils déduisent que ce qui rend les gens fous est le fait de parler l’anglais.
Le film de zombie à la sauce romantique. Ou l'inverse.

Dans le genre «film de zombies», Pontypool ressemble à une anomalie séduisante, proche d’un épisode très bizarre de La Quatrième Dimension. Tout d’abord, le contexte radiophonique renvoie à l’anecdote de La guerre des mondes lue par Orson Welles et, à la manière de La marque du vampire, de Tod Browning (1935), le suspense repose entièrement sur la nature de l’horreur : s’agit-il d’une contamination virale ou d’un bluff ? Ce ne sont que les bases du récit. L’intérêt réside dans la manière dont ce postulat sera développé. D’un bout à l’autre, le rythme est étrange, comme les situations et le ton. La source de la contamination reste également un mystère alimentant la paranoïa (l’animateur de la BBC évoque l’attaque de terroristes séparatistes). En fait, le virus se transmet par le langage (lorsque l’on répète le même mot, cela signifie que l’on va se transformer en zombie). Plus tard, on apprend au gré d’un rebondissement que c’est la langue anglaise qui est contaminée, comme une référence à la «vache folle». Pour s’en sortir, il faut parler en français – ou utiliser des restes de notions de français.

C’est grâce à ce concept fou que naît l’une des plus belles scènes, lorsque l’animateur radio entreprend de sauver son assistante en échafaudant un système pour survivre. La narration est aussi subtile, faisant passer les sentiments par les mots et les émotions sur le visage de ses interprètes qui ont en eux quelque chose de cabossé. Stephen McHattie est un cowboy fringant entre Carpenter et Eastwood, et Lisa Houle a un regard sensible qu’il faut à tout prix protéger. Autrement, les zombies passent la majorité du film hors-champ pour se concentrer sur un lieu unique qui sert de cœur névralgique aux événements. La station de radio devient huis-clos dans un trou paumé de l’Ontario. On n’a aucun point de vue extérieur, on entend juste des bruits étranges. On sait que ce que les personnages voient est effrayant, que des bombes menacent d’exploser, que la fin du monde arrive à tâtons, que tout va se jouer aujourd’hui. Et c’est en organisant, par ondulation, ce mouvement de repli sur soi où la communication ne passe plus, cette apocalypse imminente, que Pontypool mue en histoire d’amour moins gore et trash que sublimement romantique, où "tuer" rime avec "embrasser"
Romain LE VERN.
Du gore, du fantastique et de l'horreur en 2010 ? Bien sûr. La preuve avec quelques bombes comme The Loved ones, de Sean Byrne et Heartless, de Philip Ridley.