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Postal

La critique d'Excessif

0/5
postaltmp L'HISTOIRE : Un postier humilié et maltraité de la mal-nommée ville Paradise se retrouve à la porte à cause des dépenses de son ex-femme. Il trouve refuge chez son oncle, gourou local, tout aussi fauché que lui. Les deux losers envisagent de se remettre à flot en commettant des vols dans le parc d'attraction du coin, mais malheureusement pour eux, une armée de taliban vient de débarquer en ville avec la même idée. Une armée menée par Ben Laden lui même...
C'est nul, et indéfendable.
Alors que l'annonce d'une suite à Postal a récemment vu le jour, les Français attendent toujours une date de sortie possible pour le film d'Uwe Boll, dont la réputation a grandi au fil des bandes-annonces, extraits, et sur les forums des geeks de tous poils. Postal, grand happening anarchique, passant à la mixeuse l'American way of life, doigt d'honneur dressé en direction de l'administration Bush, délire live d'un réalisateur qui tend la joue pour se faire battre avec le sourire aux lèvres, Postal, donc, est-il à la hauteur de son aura de film culte ?


Alors qu'Hollywood poursuit depuis des années sa dénonciation de la présidence Bush plus ou moins efficacement, et que des francs-tireurs en colère (Trey Parker et Matt Stone, Michael Moore, pour ne citer qu'eux) démolissent patiemment les valeurs conservatrices de la société US, voilà qu'un adaptateur de jeux vidéo allemands voient mettre tout le monde dans le même panier, dans un seul et même film nihiliste, une comédie trash qui n'épargne rien ni personne, même pas ses auteurs. On parle donc bien ici d'Uwe Boll, proclamé par les internautes du monde entier « pire réalisateur encore en activité » pour ses précédents exploits pelliculés, House of the Dead ou Bloodrayne. Uwe Boll, irascible au point d'avoir boxé à la régulière, sur un ring, les journalistes qui l'avaient roulé dans la boue. Pour être honnête, avec un brin de compassion, on peut trouver certains des longs-métrages de Boll plutôt sympathiques. Sans être même au niveau d'un Relic, Alone in the dark laissait voir quelques bons moments d'action. Mais la bêtise crasse des scénarios, le cabotinage des acteurs venus cachetonner en connaissance de cause, et l'impossibilité du cinéaste à maintenir ne serait-ce qu'un semblant de cohérence ou de rythme sur tout un long-métrage empêchent chacune de ses productions d'être plus qu'un produit destiné à être vu et zappé, si possible en DVD. Ainsi, il serait présomptueux d'attribuer à Uwe Boll une quelconque vision artistique du 7e art. Au contraire, l'intéressé se plaît à répéter au fil des interviews son envie de réaliser des films qui rapportent vite et en peu temps. Les adaptations de jeux vidéo se rentrent ainsi bien plus vite dans leurs frais que les scripts originaux. Pragmatique, cynique, susceptible, de mauvaise foi : n'en jetez plus, s'il fallait un homme à abattre dans le petit monde du cinéma de genre, Uwe Boll a depuis longtemps raflé la couronne.

A l'annonce du projet, Postal ne fait guère parler de lui. Comme Bloodrayne et Dungeon Siege, il s'agit de l'adaptation d'un jeu vidéo peu connu, malgré son côté provocant. Comme souvent, il ne va pas non plus faire grand cas de la fidélité au matériau de base. Après la catharsis Seed, pur film d'horreur tiré d'un de ses propres scénarios originaux, Uwe Boll se sent tout de même pousser des ailes. Il se prend pour un auteur, il a des choses à dire, beaucoup même, et Postal sera son porte-voix, un manifeste craché sur grand écran avec le tact d'un routier texan.


L'histoire proprement dite reste d'une stupidité confondante, digne des productions Trauma et des meilleurs épisodes de South Park : le héros, Postal Dude, est un loser sans travail affublé d'une épouse aussi grosse qu'une baleine et habitant une misérable caravane. Sa petite ville de Paradise (« le lieu de naissance d'Axl Rose », nous apprend-t-on !) va être le théâtre d'un grand jeu de massacre, puisque Ossama Ben Laden et sa clique sont sur le point de perpétrer un attentat au sein du « Germany Park » (dont le propriétaire n'est autre...qu'Uwe Boll, habillé en teuton d'époque !). Un point de départ déjà bien surréaliste que viendront bientôt compléter une armée de singes, des poupées porteuses de la grippe aviaire, des flics sodomites, et une secte hippie-apocalyptique dont les disciples sont de jolies bimbos décervelées... Comme dans un Hot Shots sous acide, l'intrigue ne sert donc que de vague prétexte à une enfilade de séquences « autres », volontairement choquantes et gratuites, ou se rapprochant au contraire de la satire sociale la plus désabusée.


Le prologue même du film, multi-diffusé sur le Net, suffira finalement à faire rentrer l'oeuvre d'Uwe Boll dans la légende : on y voit les kamikazes islamistes aux commandes d'un Boeing décider de partir aux Bahamas plutôt que de s'écraser sur le World Trade Center, et finalement être envahis dans leur cockpit par les passagers, qui feront eux tomber l'avion sur New-York ! Partagé entre le rire et la consternation, on est toutefois fasciné par l'insolente aisance avec laquelle super-Boll enchaîne ensuite ses attaques à mains armées : le patriotisme primaire, la folie des armes, l'endoctrinement millénariste, les théoriciens du complot, la frustration sexuelle, l'innocence de l'enfance... D'un seul coup, en à peine deux heures, c'est à une démolition méthodique mais pas finaude de la société américaine qu'on assiste. George Bush Jr. n'échappe bien sûr pas à l'insurrection : il faut le voir répondre tranquillement au téléphone à son ami Oussama, en lui proposant d'envoyer des missiles sur la ville d'où il veut s'échapper (car oui, Bush peut savoir où Ben Laden se cache, juste en appuyant sur un bouton de sa voiture de golf !)... La guerre en Irak, et plus généralement, le conflit au Moyen-Orient sont bien sûr en filigrane le centre des attentions de Boll. Postal Dude (interprété par un Zack Ward impassible mais hilarant) tentera bien de faire comprendre à ses compatriotes que le patriotisme et l'attitude va-t-en-guerre ne servent à rien aujourd'hui. Peine perdue : en guise de réponse, notre infortuné héros aura droit à une pluie de balles et de coups dans la tronche.


Politiquement (et le politiquement est important dans le cas présent) incorrect, ne reculant devant aucune saillie scato ou scabreuse – il n'y a qu'à voir le sort réservé à Verne Troyer -, Postal n'est bien sûr pas aussi réussi qu'une saison de South Park, sa principale inspiration. Car là où les duettistes Parker et Stone parviennent à esquiver toute forme de discours en maintenant leurs personnages à hauteur d'un humour pipi-caca forcément cartoonesque, Uwe Boll choisit lui la caricature extrême, à tel point que ses multiples personnages paraissent n'être que des pantins dénués de vie et de personnalité, jouets de l'irrépressible envie de leur créateur d'attaquer tout et tout le monde en même temps. De plus, même si au vu du reste de sa filmographie, celui-ci paraît être pour le coup en état de grâce, il ne sait toujours pas donner du rythme à un film de cinéma. Après une première demi-heure tonitruante, et à vrai dire à la hauteur du culte qu'on lui adosse, Postal connaît ainsi une sévère baisse de régime en milieu de projection (malgré l'irruption d'un gag hénaurme à base de chat). Les décors, peu nombreux, se répètent autant que les situations. Le climax en forme de feu d'artifice apocalyptique ne convainc pas non plus entièrement, même s'il contribue à donner à l'oeuvre une incroyable énergie dévastatrice (dans tous les sens du terme, donc).


Corrosif, masochiste jusqu'à l'écoeurement (Boll, très mauvais acteur, avoue carrément utiliser l'or nazi pour financer ses films, avant de tirer sur le créateur du jeu !), mais indéniablement jouissif, Postal ne sortira sans doute jamais sur un grand écran français. Est-ce à cause de son humour gras ou de ses attentats contre la bonne conscience yankee ? Peut-être un peu des deux. En tout cas, le XXIe siècle peut déjà accueillir un long-métrage au panthéon de ses films cultes : une co-production germano-canadienne, réalisée par un tâcheron compétent, mais tâcheron quand même, où on fait exploser des villes américaines dans la joie et la bonne humeur ! Forcément, on ne risque pas de revoir ça de sitôt...



Mag : plus d'actu sur Postal

  • postal_haut
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    Postal : Guerre Et Pet En Blu-ray02 juillet 2008 - 2 commentaires

    Uwe Boll est le réalisateur par excellence que l'on adore détester, un artiste dont la vision unique de son art se partage entre ruses de filou, savoir-faire souvent douteux et véritable plaisir ...

Le verdict des internautes

Total des votes : 6

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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