L'HISTOIRE : L'histoire de Lisa et Julien, un couple sans problème jusqu'au jour où la police fait brusquement irruption à leur domicile. Accusée d'avoir assassiné son patron, Lisa se retrouve condamnée du jour au lendemain à vingt ans de réclusion criminelle. Plus ou moins soutenu par sa famille, ses parents et son frère, Julien se retrouve néanmoins seul dans l'appartement à élever leur enfant, Oscar. Mais la folie finit par le gagner, et persuadé de l'innocence de sa femme, il décide d'organiser un plan d'évasion. Désormais prêt à tout, plus rien ne semble pouvoir l'arrêter...
Thriller original et efficace
Jusqu'où iriez-vous par amour ? A partir d'une simple question en apparence banale, le réalisateur Fred Cavayé signe avec Pour elle un premier long métrage réaliste, loin de tous les clichés, et véritablement poignant.
Après seulement trois courts métrages, dont la plupart gagnèrent de nombreux prix à travers le monde, le cinéaste saute donc aujourd'hui dans le grand bain, en choisissant de coécrire et de mettre en scène cette magnifique histoire, d'après une idée originale de Guillaume Lemans. Et sur un postulat de base relativement simpliste, Fred Cavayé réussit à nous offrir une vision originale de l'Amour, à l'opposé d'une image généralement édulcorée et bien trop souvent « fleur bleue ». Ici, le réalisateur montre au contraire toute la folie que peut provoquer une « séparation » forcée, entre deux êtres terriblement attachés l'un à l'autre. Peu importe de savoir si Lisa est innocente ou pas, le sujet se concentre essentiellement sur leur histoire d'Amour et les liens qui les unissent ; en somme, seul leur bonheur compte, et malheur à ceux qui s'y opposeront. Par ailleurs, la caméra souvent proche des comédiens et un montage rythmé permettent au spectateur d'être littéralement plongé au coeur du cauchemar. Très vite entraînés dans ce tourbillon infernal, nous vivons l'histoire du point de vue de Julien, en se demandant néanmoins régulièrement si chacun de ses actes, parfois violents, mérite une bénédiction totale. Prêt à tout par amour, d'accord, mais la liberté des uns ne s'arrête-t-elle pas là où celle des autres commence ? Ainsi, certains méfaits gratuits (mais souvent involontaires) de la part du héros nous mettent parfois mal à l'aise, au point de nous demander si tout cet engrenage ne serait finalement pas une gigantesque erreur commise par Julien, rapidement dépassé par les évènements, à l'instar du spectateur. Pour elle, le héros fonce tête baissée et décide d'aller jusqu'au bout de ses possibilités, floutant ainsi la barrière existante entre le Bien et le Mal.
Une histoire aussi forte se devait d'avoir une affiche de grande qualité. A sa tête, Vincent Lindon remporte la palme haut-la-main de par sa performance incroyablement parfaite, le coeur déchiré d'avoir « perdu » l'Amour de sa vie, et sombrant peu à peu dans la folie. Rarement le comédien aura eu l'occasion de se montrer aussi bouleversant dans un rôle, prouvant une fois de plus son appartenance au clan des plus grands artistes du cinéma français. Tour à tour tendre, triste ou violent, l'acteur développe ici de nombreuses palettes aussi riches que variées, et nous propose un personnage étonnamment humain, d'une rare sensibilité. A ses côtés, Diane Kruger, malgré un rôle beaucoup plus ingrat, passant la majeure partie du film en prison, casse enfin son image de jolie blonde, vue et revue chez son ex compagnon Guillaume Canet pour le film Mon idole ou bien encore au sein de la saga consacrée à Benjamin Gates. Ici, elle se révèle particulièrement touchante en mère de famille condamnée, partagée entre lassitude et révolte, mais finalement beaucoup plus réaliste que son propre mari.
Face à eux, de nombreux seconds rôles complètent le casting de ce fameux long métrage. Certains sont plus ou moins connus, à l'image d'Olivier Marchal, réalisateur de 36, Quai des Orfèvres et plus récemment MR73 avec Daniel Auteuil, nous offrant une participation clin d'oeil des plus sympathiques dans la peau d'un truand réputé pour ses nombreuses évasions de prison. Un comble pour cet acteur, anciennement flic dans le civil avant de s'être lancé corps et âme dans le Septième Art ! Nous relèverons enfin la présence du comédien Hammou Graïa, interprétant le rôle du Commandant Susini. Depuis de nombreuses années, le cinéma français n'avait osé remettre en avant une aussi belle « gueule ». Le réalisateur lui-même avait imaginé ce personnage, lors de l'écriture, comme étant « un mélange entre Lino Ventura et Darth Vador ! Le résultat reste définitivement saisissant. Sans hésitation, il est la grande révélation de ce film. A suivre de près...
Pour son premier long, Cavayé place donc la barre très haute, et ne se laisse pas impressionner par la barrière du « politiquement correct ». S'il n'évite pas les maladresses, elles n'en demeurent pas moins discrètes. Nous regretterons simplement la dernière partie du métrage, se dirigeant davantage vers un vrai film de gangsters, certes efficace, mais nettement plus conventionnel, par rapport à une première partie très psychologique. Au final, Pour elle apparaît comme un véritable thriller sur fond d'histoire amour. A la fois original et intéressant. Des débuts forts prometteurs...
Gilles Botineau
Aujourd'hui sort dans les bacs le DVD du film Pour elle, petit coup de maître qui s'était facilement imposé, à nos yeux, comme le film français le plus artistiquement intègre de l'an passé. Une bonne ...