L'HISTOIRE : Au gré de destins qui se croisent, Pour un instant la liberté met au jour les difficultés et les parcours qui attendent tout émigré désireux de gagner l’Occident. Qu’ils viennent d’Iran, du Kurdistan ou d’ailleurs, qu’ils soient seuls, en couple ou accompagnés d’enfants, recherchés par la police politique ou désireux d’avoir une vie libre et meilleure.
Un grand moment de cinéma
Au gré de destins qui se croisent, Pour un instant la liberté met au jour les difficultés et les parcours qui attendent tout émigré désireux de gagner l’Occident. Qu’ils viennent d’Iran, du Kurdistan ou d’ailleurs, qu’ils soient seuls, en couple ou accompagnés d’enfants, recherchés par la police politique ou désireux d’avoir une vie libre et meilleure. Film désarmant, puissant et parfois dur, Pour un instant la liberté est pour un premier long, une vraie réussite. De celles qui remuent et émeuvent.
Un film fort, juste et intense
Via les récits en partie véridiques d’un couple avec enfant qui a quitté l’Iran, de deux amis chargés d’emmener jusqu’en Autriche leurs frère et sœur et d’un duo improbable formé d’un vieil iranien solide mais nostalgique et d’un grand échalas kurde insouciant, Pour un instant la liberté nous incite à regarder comment l’on traite les hommes qui souffrent lorsqu’ils décident de tout faire pour mieux vivre. Ainsi, frontalement, à la manière d’un Shortcuts humanitaire et politique, le cinéaste et ancien documentariste qu’est Arash T.Riahi nous invite à simplement ouvrir les yeux et à ressentir la douleur, la peur, l’extrême pudeur et la profonde humanité de ces gens que l’on persécute, que l’on recherche ou que l’on punit.
Ainsi, en décidant de croiser les histoires de ces personnages venus d’Iran et d’ailleurs, Arash T. Riahi installe son propos dans un entrelacs de destinées complexes et insupportables pour nous, européens, tous si habitués à vivre et voyager en toute liberté. En effet, Pour un instant la liberté montre le calvaire qui consiste à franchir illégalement les frontières de son pays – l’Iran, le Kurdistan dans le cas présent - et à atteindre la Turquie, les portes de l’Europe pour qui vient de l’Orient. Mais il insiste aussi et assène des vérités auxquelles on se refuse souvent, comme la nécessité de se cacher des forces de police, le fait de subir les profiteurs immanquables qui tirent force argent de ce qui s’apparente de plus en plus à un sordide trafic d’êtres en désespérance. Cependant, le sort de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants ne se résume pas hélas à cela car il faut également accepter de vivre dans des pays qui vous refusent, vous obligeant à une vie de clandestinité où la notion même de droits est exclue, une vie de misère où tous ceux qui vous entourent, endurent la même chose pour un salut hypothétique :
décrocher un visa de réfugié politique.

Or, ce sésame pour lequel les personnages de Pour un instant la liberté doivent attendre des jours et des jours, devant le guichet du bureau des Nations Unies, il n’est donné qu’à de rares élus, visiblement mutilés ou correspondants aux drastiques exigences des Etats qui les acceptent. Ainsi, sans autre choix de patienter, qu’il pleuve, neige ou vente, les candidats à l’exil de cette histoire vont vivre des fortunes diverses. Tantôt, accepté au titre du regroupement familial, tantôt rejeté parce qu’ils n’ont pas été assez mortifié dans leur chair ou que leurs vies n’est pas en réel danger…
Ainsi, va-t-on découvrir du point de vue de ces désespérés les arcanes d‘une horrible comptabilité internationale où l’espoir est fonction de sa région d’origine, des dangers que l’on encoure et des guichets auxquels on accède. Mais ce que Pour un instant la liberté nous donne à voir, c’est aussi ce quotidien fait de racisme turc aveugle où le kurde est un ennemi à écraser et où l’iranien en fuite est une proie délectable pour les services secrets de la République islamiste, elle qui est comme ses méthodes, plus que tolérée sur le sol du grand Etat conçu par Atatürk.
En somme, en filmant l’insouciance des enfants en partance pour retrouver leurs parents et la torture auxquels on va les astreindre ou l’extrémité dans laquelle est poussée ce père de famille pour obtenir pour les siens l’exil, Pour un instant la liberté impose la chronique de ces semaines abjectes où l’humanité recule et où malgré tout, les esseulés ensemble s’appuient et se congratulent dès lors que l’un ou l’autre d’entre eux parvient à s’en aller.
Du drame des migrations internationales à la constance d’une oppression omniprésente
Outre le sens du cadre indéniable du cinéaste et sa capacité à capter des moments d’émotion formidable comme d’autres plus délicats à voir, ce qui force le plus le respect et remue intensément dans Pour un instant la liberté, c’est indéniablement le statut malheureusement exemplaire de tous ces gens qui survivent et feraient tout pour mieux vivre. Car il met à nu le jeu dans lequel l’ONU est la triste gérante des frilosités nationales et politiques, mais plus encore parce qu’il révèle un monde très éloigné des droits pour les hommes que l’on aimerait sans cesse voir appliquer. Ainsi, la situation totalitaire d’un Iran répressif et castrateur est soulignée à plein, de même qu’est abordé en filigrane le devenir de ces peuples du Kurdistan, sans Etat ni avenir que l’on condamne à n’être que des victimes expiatrices des pouvoirs qui en ont la responsabilité conjointe.

De fait, Pour un instant la liberté est un film humaniste, politique et sans larmoiement inutile. Loin des bluettes faciles à l’américaine, ce métrage est une vraie œuvre de cinéma qui fait de sa sincérité et de sa sobriété, des vertus narratives et exemplaires. Et pourtant, de tels choix n’empêchent en rien que ce premier long soit rempli d’une saine ambition, par les histoires édifiantes qu’il narre aussi bien que par le choix d’une monstration frappante et d’une subtile finesse visuelle. Arash T. Riahia montre certes, il illustre aussi mais toujours parvient-il à saisir l’intensité d’une situation avec une justesse que le cinéma ne trouve que trop rarement, perdu qu’il est entre clichés et sentimentalisme.

Ainsi, à hauteur d’hommes avec les spécificités impactantes d’une fiction réaliste qui assène sans trahir, Pour un instant la liberté s’impose comme un film remarquable et sensible, intense et surtout mémorable. Parce qu’il ose un cri de révolte dans un sourire et l’affirmation d’une liberté sans faille malgré la promesse d’une mort à venir.
Bouleversant et passionnant, Pour un instant la liberté s’inscrit donc dans la veine de récits comme La Blessure qui révoltent, qui remuent et ne vous laissent pas indemnes, ceux qui d’In this world à It’s a free world montrent et hurlent la noirceur du monde.