L'HISTOIRE : En 1958, à l'occasion de la célébration d'une nouvelle école, des élèves ont la charge de faire des dessins pour remplir une capsule temporelle qui va être enterrée pour les cinquante prochaines années. Parmi eux, une fillette mystérieuse entendant des voix va cependant déroger à cette consigne et, en lieu et place des dessins, elle va joindre à la capsule un papier sur lequel elle a inscrit des chiffres de façon apparemment aléatoire.Prédictions remplit son cahier des charges dans les scènes de destruction massive
Pour fêter l’anniversaire d’une école, une cérémonie est organisée au cours de laquelle une capsule temporelle, réceptacle de messages écrits par des enfants 50 ans auparavant, est déterrée et ouverte. Tout le monde reçoit des dessins crayonnés, sauf le fils d’un statisticien qui découvre une suite incohérente de chiffres. Lorsque le père regarde de plus près le rébus, il se rend compte que chaque séquence de chiffres correspond en réalité à la date exacte d’une catastrophe récente. Jusqu’à ce qu’il comprenne que ce maudit rébus annonce aussi la fin des temps. Cinq ans après I, Robot, Alex Proyas revient dans le domaine de la science-fiction avec Prédictions, film sur la fin du monde, où Nicolas Cage joue un papa endeuillé qui décèle – ou croit déceler – la date de l’Apocalypse à travers une combinaison de chiffres. Avec cette profusion d’éléments excitants (est-ce que l’on va enfin voir comment se passera la fin du monde sur grand écran avant de la vivre en 2012, selon la prophétie des mayas?), la réussite est-elle mathématique?
Mieux vaut oublier cette histoire de chiffres à la Code Mercury dans lequel les enfants avaient déjà le sixième sens pour se concentrer sur l’essentiel : la représentation de la fin du monde au cinéma (sujet définitivement à la mode) et le portrait d’un homme ordinaire confronté à l’extraordinaire, incarné par un Nicolas Cage tellement usé qu’il en oublie de cabotiner. Pour ceux qui s’inquiétaient de savoir si l’acteur allait bousiller un projet potentiellement ambitieux, il faut rassurer : son personnage ne comprend pas ce qui lui arrive et assiste à l’invraisemblable vérité, bouche bée, sans perruque nanardesque. Pour donner une idée, c’est un peu comme ceux qui étaient rétifs à l’idée de voir Richard Chamberlain dans La dernière vague, de Peter Weir : tout ce qui se passe autour du protagoniste est suffisamment intrigant pour que l’on en oublie l’acteur principal.
Le récit démarre dans les années 50, rend un hommage discret à Hitchcock et inscrit en filigrane l’histoire dans le contexte de la guerre froide. En faisant un bond de cinquante ans à travers une capsule temporelle (métaphore idéale de la faille temporelle), il rappelle que les obsessions de l’époque sont les mêmes qu’aujourd’hui (on remplace le danger atomique par le péril écologique et la menace terroriste) et que la paranoïa n’a pas fini de contaminer les Etats-Unis. C’est ce que nous rappelait récemment des productions peu ou prou ratées comme le remake de Le Jour où la Terre s'arrêta en établissant le même lien aux années 50 (le classique de Robert Wise étant réactualisé alors qu’il se suffisait encore à lui-même). Prédictions a pour avantage de plaider pour la modestie en essayant de remplir son cahier des charges dans les scènes de destruction massive (sans être illisible) que celles, intimistes (sans être psychologisant).
On avait un peu perdu Alex Proyas avec I, Robot, film au demeurant fréquentable mais pas à la hauteur de la révolution espérée par le réalisateur virtuose de The Crow et Dark City. Ce qui est sûr, c’est qu’il fallait un cinéaste avec une forte identité visuelle, capable de créer un climat ténébreux (Richard Kelly, le réalisateur de Donnie Darko et de Southland Tales, était pressenti à un moment donné). A l’arrivée, Prédictions a les qualités et les défauts de I, Robot sans raviver l’étincelle des premiers Proyas. La trame sert de base à un blockbuster solide, soutenue par la beauté visuelle de l’ensemble des défis techniques relevés et une utilisation consommée de la Red One (technologie numérique haute défintion). Le revers de la médaille, c’est que la recherche formelle s’exprime au détriment d’un scénario moins élaboré et plus convenu, lorgnant vers M. Night Shyamalan auquel on pense beaucoup : la relation avec l’enfant évoque Sixième Sens – mais c’était déjà le cas dans le roman Code Mercury de Ryne Douglas Pearson adapté au cinéma par Harold Becker et scénariste de Prédictions – et la réduction d’une menace planétaire à une échelle plus intime rappelle Signes (une scène de course-poursuite dans les bois relève de la citation).
Pourtant, le film offre trois scènes hallucinantes : la première retranscrit le choc d’un crash aérien en faisant monter la tension à un niveau inespéré au gré d’un plan-séquence. La scène est techniquement impressionnante mais presque vaine ; et c’est un peu le problème du film, agréable mais sans surprise, comme s’il affrontait les scènes comme autant d’épreuves. Proyas n’y fait qu’un travail d’illustrateur, en attendant sans doute de rebondir sur un projet plus personnel. En comparaison, l’accident dans le métro est plus découpé et vise la surenchère pour un plaisir instantané mais moins efficace. La seconde scène marquante tient de l’onirisme, une des visions de l’enfant seul avec ses démons, digne des envolées macabres des années 90 du Bernard Rose de Paperhouse, où le gamin cauchemarde l’apocalypse de manière prémonitoire dans une maison en feu, encerclée par les bois et les animaux providentiels. La troisième, ce sont les scènes finales attendues, à la hauteur d’une production de cette envergure (50 millions de dollars), avec le score de Marco Beltrami qui, jusque là, empruntait un répertoire à la Bernard Herrmann. Une astuce scénaristique un peu gênante cherche cependant à faire sortir le spectateur heureux de la salle, justifiant ainsi ce que l’enfant était seul à voir. Moralement, ça ne tient pas. Mais visuellement, ça reste beau, surtout avec la septième symphonie de Beethoven.
Mercredi sera incontestablement marqué par la sortie en salles du très bon Prédictions, nouveau film de Alex Proyas. Artiste rare, Proyas possède cette incroyable et improbable réputation de ...