La vie est facile pour Luis. A 43 ans, c’est un célibataire heureux, épanoui dans son métier, aimé, choyé, couvé par sa mère et ses cinq soeurs. Cela aurait pu durer toute une vie, si ces dernières ne s’étaient pas mises en tête qu’il était temps pour lui de se marier...Et le plus vite possible ! Pressé et cerné par sa famille qui ne pense plus qu'à ça, Luis élabore un plan insensé : trouver la femme parfaite, la faire passer pour sa fiancée et s’arranger pour que lâchement elle l'abandonne le jour de leur mariage. Ainsi, pense t il, plus personne n'osera même prononcer le mot mariage devant lui. Seul souci : comment trouver cette perle rare ? Une solution s’impose alors : la louer ! Et justement, Emma, la soeur de son meilleur ami et collègue, vient d'arriver à Paris sans travail… L’aventure folle est lancée. Mais dans la vie, les plans ne fonctionnent pas toujours comme on le voudrait et tout va s'emballer !
PRETE-MOI TA MAINUn film d’ Eric Lartigau
Avec Alain Chabat, Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont
Durée : 1h30
Sortie le 1er novembre 2006Prête-moi ta main ou comment réaliser une comédie française formidable !Voici la recette inédite et inattendue pour obtenir la meilleure comédie française depuis
Tanguy : prenez un réalisateur, Eric Lartigau, dont les derniers films restaient amusants mais surtout anecdotiques,
Un ticket pour l’espace et
Mais qui a tué Pamela Rose ? ; réunissez à nouveau, après
La Science des rêves, Charlotte Gainsbourg et Alain Chabat ; ajoutez y un scénario générationnel et en apparence improbable au vu de son synopsis ainsi qu’ une production signée Chez Wam, la structure de l’ancien Nul responsable de
Didier et
Astérix : Mission Cléopâtre. Mélangez le tout et aussi dubitatif que vous puissiez l’être, le résultat est surprenant, le plaisir est garanti et le succès assuré car vous obtiendrez
Prête-moi ta main, la meilleure comédie dramatique française de l’année. De très loin ! Et surtout la meilleure depuis bien trop longtemps.
Là où le cinéma français use et abuse du genre en creusant le filon de la médiocrité – par respect pour le spectateur qui paie sa place, on ne citera pas de noms car il y en aurait trop -, ce film est une divine et jubilatoire surprise. Autant l’avouer tout de suite,
Prête-moi ta main réussit formidablement là où tous échouent lamentablement et s’impose comme la meilleure réalisation du genre quand tant d’autres nous ont fait sombrer dans les soupirs et lamentations de l’ennui. En France, osons la franchise, alors que le genre est sinistré et navrant,
Prête-moi ta main nous réconcilie avec lui alors que l’on croyait impossible de tels films par excès de pression des chaînes productrices ou du fait de scénarios déplorables. C’était sans compter sur l’intervention salvatrice d’Alain Chabat et de l’équipe réunie sous l’égide de Chez Wam, à tous niveaux, de la direction des acteurs à l’écriture des personnages. En effet,
Prête-moi ta main, exception hélas unique, est un exemple à suivre et surtout le type même de films que l’on souhaiterait voir plus souvent. Espérons qu’il devienne le jalon et le début d’une nouvelle ère de la comédie dramatique française.
Pour être clair, allier autant de subtilité, de mesure et de maîtrise à de tels acteurs fait de
Prête-moi ta main, tout ce qui fait et a fait les grandes réussites du genre de tous temps. Charlotte Gainsbourg plus exquise et éblouissante que jamais interprète une partition remarquable de justesse, de folie et d’invraisemblance. Cette partition est d’ailleurs servie à merveille par une mise en scène discrète, écrin aussi efficace qu’effacé au service seul de l’histoire et de ses duettistes. En effet, Alain Chabat est simplement exceptionnel de drôlerie, de sensibilité et d’excès comiques. Il nous prouve une nouvelle fois toute l’étendue de son immense talent, explorant avec brio, sans rupture de ton ni fausse note tous les registres que lui offre un scénario admirable d’équilibre et de tenue pour le genre. Si la partition est remarquable pour le couple principal que forment nos protagonistes, il ne faudrait surtout pas oublier l’hilarante distribution de caractères et de personnages qui les épaule.

Aussi judicieusement croquées, écrites que creusées, « les femmes » de Luis – Alain Chabat au premier rang desquelles rayonne Bernadette Lafont en matriarche absolue, permettent d’hisser la comédie et son allégresse à un niveau tel que nulle rupture de rythme ou impression de fausseté ne viennent transformer le film en enchaînement stéréotypé de situations ou en addition de répliques cinglantes et admirablement cyniques. Les personnages masculins ne sont d’ailleurs pas en reste. L’ensemble par la galerie de personnages qui s’installe et peuple le film, offre une telle quantité de possibilités que le métrage si on le pense prévisible ne l’est nullement et ne fait que nous surprendre pour mieux nous ravir.
Une émotion tenue et distillée avec soin sourd des travers compassionnels et générationnels que représente le duo Luis – Emmanuelle, tout en s’appuyant sur une écriture pointue et étonnante de qualité quant aux personnages et dialogues du métrage. L’écriture du scénario de
Prête-moi ta main pousse et porte plus encore le film qu’elle anime, en lui évitant notamment ces personnages trop caricaturaux, unidimensionnels et simplistes, hélas trop fréquents dans ce registre de films. Mais surtout, elle nous épargne le gras de certaines répliques, utilisées comme des gimmicks nécessaires à des fins de promotion commerciale pour oser autrement et avec réussite. Ainsi, seul le meilleur nous est proposé. Le pire et le commun nous sont évités, à savoir cette tendance nuisible à la vanne inepte et piteusement écrite de trop nombreuses comédies françaises récentes se disant populaires, héritage pitoyable d’humoristes télévisuels niaiseux et abêtissants.
Prête-moi ta main n’est rien de tout cela, il fait oublier toutes les autres médiocrités comiques du genre, à tel point il s’avère subtil, drôle, émouvant et surtout remarquablement jubilatoire.
Véritable coup de cœur pour son enjouement et son émotivité communicative,
Prête-moi ta main est l’exemple même de la comédie dramatique réussie et brillante, l’exception qui ressort du nombre, le film que vous devez aller voir le jour de sa sortie. En effet, si l’on omet une tendance à l’ellipse parfois brutale, sûrement nécessitée et dictée par la maîtrise d’une durée idéale de projection, la seule critique que l’on puisse lui faire, c’est que l’on aimerait qu’à certains instants, il dure davantage et qu’à son terme, il ne s’arrête pas.
Pour la première fois depuis longtemps, on sort du noir de la salle, un sourire immense sur le visage, l’œil pétillant et légèrement humide, avec cette impression rare d’avoir passé un excellent moment face à une comédie française.
Prête-moi ta main est le film à aller voir, le film que vous conseillerez sans hésitations, le film que vous aimerez et irez revoir, alors ne vous privez pas de ce plaisir enthousiasmant, de ces rires et sourires imparables. Car comme l’auteur de ces lignes initialement sceptique, allergique et rétif au genre, surtout lorsqu’il est typiquement et dramatiquement dans la veine de ce que le cinéma français nous propose,
Prête-moi ta main vous ravira au sens le plus fort et vous réconciliera avec la comédie dramatique française.
Encore merci à Eric Lartigau, à Alain Chabat et à toute l’équipe de
Prête-moi ta main, car ce film prouve qu’il est encore possible en France de faire des films admirables de sensibilité, de justesse et d’hilarité en explorant la veine de la comédie !
Prête-moi ta main, meilleure comédie française depuis
Tanguy, ne peut que séduire.