L'HISTOIRE : Les aventures d'un jeune prince perse, Dastan, qui devra joindre ses forces à la princesse Tamina pour contrer les sombres plans d'un despote convoitant Les Sables du Temps, un cadeau divin qui lui permettrait de remonter le cours du Temps et de prendre ainsi le contrôle du monde... Un divertissement qui devrait plaire au plus grand nombre
Pour, Maxime Claudel - Note : 3
Il était une fois un jeune et beau prince nommé Dastan. Recueilli parmi la plèbe pour son courage et sa détermination par un roi au grand cœur, il agit désormais comme un fils dévoué et loyal. Vivant jusqu'alors de menus larcins, s'il y a bien une chose qu'il n'a pas volé c'est son surnom, le Lion de Perse. Car Dastan est le digne héritier des Yamakasi et du jeu vidéo éponyme sur lequel Prince of Persia : Les sables du temps est basé. Il court, saute, virevolte, s'agrippe. Et qui dit adaptation dit deux choses. Premièrement, répondre aux attentes des fans de la première heure. Deuxièmement, être capable, malgré tout, de plaire au plus grand nombre. Sur le premier point, l'introduction a de quoi satisfaire ceux qui ont déjà effleuré une manette, de nombreux plans empruntant au monde vidéoludique. Quant aux autres, ils pourront s'enticher d'une mise en scène flamboyante, n'en faisant ni trop ni trop peu, et magnifiée par une somptueuse photographie orientale qui ne trahira pas l'empire Perse. Autre bon point plutôt étonnant, Prince of Persia : Les sables du temps se plait à faire fi des conventions de ses congénères. Point d'histoire d'amour trop pompeuse et d'humour trop gras ici, Dastan préfère nous emmener dans une belle aventure digne des contes des Mille et une nuits, simple, légère mais forcément prévisible.
Malheureusement, dans le sable chaud du désert se cachent parfois des cailloux qui accrochent. Le premier s'appelle Jake Gyllenhaal qui prête ses traits au courageux héros. Même si ses muscles ne seront jamais remis en cause, il n'offre pas un charisme suffisant pour ce genre de production comme Johnny Depp avait pu le faire dans Pirates des Caraïbes, deux productions comparables. Et on le préfèrera ainsi dans des rôles de composition, comme ce fut le cas avec Brokeback Mountain. Concernant celle qui lui donne la réplique, la très jolie Gemma Arterton, elle a parfois tendance à se forcer, laissant entrevoir les ficelles d'émotions parfois trop plastiques. Et finalement, seul Alfred Molina semble s'être amusé comme un petit fou, comme nous...
Ne vous attendez pas à une montagne car vous n'y trouverez que des dunes où chaque mont représente les péripéties qui jalonnent le parkour* de nos héros, des dunes fort plaisantes néanmoins.
Maxime CLAUDEL
Contre, Benjamin Muriot - Note : 2
Pirates des Caraïbes : jusqu'au bout du monde ayant dû marquer la fin du voyage pour Jack Sparrow et Benjamin Gates 3 tardant à pointer le bout de son postiche, la collaboration Disney / Bruckheimer n'avait plus sous le coude aucune grosse licence à transformer en blockbuster estival. Après deux années de réflexion, le duo nous revient alors avec du sang neuf à ajouter à son catalogue : d'abord Mission-G et ses hamsters-espions puis, en attendant L'Apprenti sorcier, ce Prince of Persia : les Sables du Temps. Adapté d'un best-seller vidéo-ludique apparu pour la première fois en 1989 sur l'Apple II et décliné depuis en de nombreux épisodes, jusqu'à une nouvelle trilogie sur les consoles next-gen ayant servi ici de modèle, c'est donc à une légion de gamers fiévreusement attachés à la série qu'ils vont se confronter. Ou pas. Car plutôt que de se risquer à la comparaison, le film préfère se forger son propre destin.
Du jeu au film, un « parkour » inattendu
Les fans du jeu crée par Jordan Mechner, et tout particulièrement ceux s'étant frottés à sa dernière trilogie en date (Les Sables du Temps, L'Âme du guerrier et Les Deux Royaumes), risquent ainsi d'être décontenancés face à une adaptation ne reprenant que très vaguement la trame originale. Ce que l'on pouvait comprendre pour les portages de Super Mario Bros ou Mortal Kombat mais dans le cas de Prince of Persia, où l'intrigue et la narration avaient profité d'une réelle attention (souvenez-vous la construction en flashback du premier volet), la chose a de quoi surprendre. Enfin, passé cet étonnement, nous découvrons que la piste choisie par les scénaristes ne manque pas d'intérêt ni de surprises. Mais le plus gros des remaniements concerne le personnage principal, ce prince de Perse qui n'avait jamais eu de nom jusqu'alors et auquel on a considérablement développé l'histoire personnelle. Après un début rappelant furieusement celui d'Aladdin, la relation dépeinte avec son père adoptif, ses frères et son oncle apporte une dimension presque shakespearienne au héros, nous faisant penser notamment à Hamlet. Une excellente idée qui aurait véritablement gagné à être creusée -en tout cas davantage que cette absconse intrigue de destinée- sauf que, probablement en souvenir des erreurs du troisième Pirates des Caraïbes, on ne laisse plus ici le temps au Temps. Réduite à du fonctionnel, l'histoire voit en effet les séquences s'enchaîner à une cadence infernale sans possibilité de mise en place ou d'approfondissement, ce qui prive pour beaucoup le métrage d'une ampleur dramatique qui lui aurait pourtant été profitable.
Mais si les gamers pourront passer outre ces modifications, il est une trahison au jeu qu'ils ne pardonneront pas aisément : ses décevantes scènes d'action. Là où la saga vidéo-ludique s'est bâtie une réputation sur ses animations chiadées (le jeu original était un des premiers à utiliser la rotoscopie) et les prouesses physiques de son héros, présentées bien sûr dans une étourdissante continuité, le film opte pour un découpage au cimeterre retirant toute impression de fluidité aux cabrioles de Dastan. Nous savions que le réalisateur Mike Newell n'avait pas franchement de prédispositions pour ce genre de démonstrations mais tout de même, avec un matériau aux spécificités si marquées, nous espérions qu'il s'en inspirerait au moins un minimum. Et qu'il ne céderait pas à la manie des cadrages approximatifs pour paraître "dans l'action", tant qu'à faire. Las, l'entraînement au « parkour » de Jake Gyllenhaal n'aura en fin de compte été pour pas grand chose...

Benjamin MURIOT
* pratique physique consistant à transformer des éléments du décor du milieu urbain ou rural en obstacles à franchir par des sauts, des escalades (Wikipedia)
Adulé par certains, détesté par d'autres, le producteur Jerry Bruckheimer ne laisse personne indifférent. Et pour cause, de Flashdance et Top Gun à Prince of Persia, en passant par Armageddon, il a signé les plus gros succès du cinéma US.