qui partent s'entraîner sur une île au large des côtes de la Virginie et découvrent que le sang n’est pas qu’un effet de palette évoque une déclinaison facétieuse des
d'Agatha Cristie. Récemment,
de James Mangold avait répondu à la gageure de manière très ludique en parsemant son récit de références Hitchcockiennes, en conviant de jolies pointures (de Rebecca de Mornay à John Cusack), en formulant de multiples hypothèses pour mieux asséner des coups de théâtre assez inattendus. A l’écran, Harlin oblige,
ne prétend pas relever le même genre de défi et s’octroie dans le registre pépère du film de samedi soir.

Toute la première partie, très prometteuse non seulement au niveau de la dramaturgie mais surtout des meurtres graphiques (on n’est pas prêts d’oublier le coup de l’hélium), laisse augurer un whodunit riche en rebondissements tous azimuts. Hélas, la suite fonctionne de guingois. Comme si Harlin refoulait son grain de folie pour respecter un cahier des charges très calibré. Un peu comme un enfant dont on briderait l’imagination... Progressivement, le film retourne gentiment dans les conventions du genre pour déboucher sur une conclusion aussi décevante que prévisible. Pourtant, en sourdine, cet objet un tantinet malade joue avec les codes du huis clos et bidouille par trop brèves intermittences la barrière entre la fiction et la réalité, le vrai et le faux, l’authentique et le simulé. C'est précisément ici que réside tout l'intérêt du film.
La meilleure démonstration de cette alternance reste sans conteste la scène d'introduction dans laquelle deux apprentis
profilers pénètrent dans l’étrange demeure d’un serial-killer. Ambiance moite, territoire glauque, suspens haletant pour finalement n’être qu’une mise en abyme.
Mindhunters peut être vu comme le pendant Harlinnien du délicieux
Basic de John McTiernan dans lequel l’intrigue, bombardée d’autocitations touchantes et de rebondissements pléthoriques, dessinait en filigrane un bras d’honneur à la censure qui défigure les opus du réalisateur de
Predator. Si sous son cynisme rigolard
Basic provoquait différents niveaux de lecture et de fait possédait une richesse éclatante,
Mindhunters n’explore malheureusement pas toutes les zones d’ombre d’un script aussi rudimentaire que convenu qui ne se distingue dans de furtives audaces (dont une séquence de duel au pistolet sous l’eau).

Le supposé tueur en série préfère tendre des pièges plutôt que d’affronter directement les victimes. On a surtout l’impression que cette astuce narrative pas finaude sert à ménager le suspens quant à la personnalité d’un vrai tueur sensiblement plus doué qu’Hannibal Lecter et le psychopathe de
Se7en réunis. A défaut de surprises, le yes-man Harlin tente comme il peut de maintenir le cap en misant sur l’efficacité bourrine, en ne carburant qu’au premier degré. On le sait, ses meilleurs opus sont des films d’action. Dans
Mindhunters, les quelques beaux restes demeurent insuffisants pour combler les trous d’un puzzle morcelé par les poncifs et les invraisemblances. L’interprétation est par ailleurs très inégale et regroupe tout un panel de has-been en manque de reconnaissance. LL Cool J est à ce titre plus cool que bon acteur.

En sus, le réalisateur exploite mal le contexte insulaire et peine surtout à masquer sa propension à recycler des ficelles aussi grossières qu’efficaces. L’idée de faire disparaître une des têtes d’affiche dès le premier quart d’heure (comme dans
Peur Bleue) et de faire triompher les mêmes (bis) confère non pas de l'auto-dérision mais paradoxalement une impression de redondance mollassonne qui entache quelque peu cette série B aussi confortable qu’anodine...