1. >
  2. >
  3. >Critique Puisque nous sommes nés

Puisque nous sommes nés

La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Puisque nous sommes nés L'HISTOIRE : Cocada et Nego sont deux enfants du Nordeste brésilien, deux pauvres adolescents qui rêvent leur avenir et espèrent que demain leur offrira plus qu’aujourd’hui. Et ce sont ces êtres accablés par le dénuement que les réalisateurs vont suivre tout au long de Puisque nous sommes nés, dressant le portrait d’une enfance trop en prise avec le réel et au travers d’elle, celui d’un pays émergent aux inégalités criantes. Un véritable coup au cœur.
Une franche réussite qui remue !

Cocada et Négo sont deux enfants du Nordeste brésilien, deux pauvres adolescents qui rêvent leur avenir et espèrent que demain leur offrira plus qu’aujourd’hui. Et ce sont ces êtres accablés par le dénuement que les réalisateurs vont suivre tout au long de Puisque nous sommes nés, dressant le portrait d’une enfance trop en prise avec le réel et au travers d’elle, celui d’un pays émergent aux inégalités criantes. Un véritable coup au cœur.

 

Un film profondément humain sur le Brésil des enfants pauvres

« En ne voyant derrière ces gens que les symptômes dont ils sont atteints, on évacue la dimension humaine, la profonde humanité, la personne qui a aussi des choses à nous apporter ! Ces « choses, Puisque nous sommes nés les fait ressentir, les montre, aussi. Il faut entendre Cocada et Nego philosopher sur ce qu'ils sont. » Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

Signé par deux habitués des plateaux des frères Dardenne, et consorts, Puisque nous sommes nés dresse le constat bien sombre d’un Brésil inégalitaire et extraordinairement dur. Notamment pour sa jeunesse.. En effet, en décidant de suivre deux enfants entrant dans l’adolescence, Jean-Pierre Duret et Andréa Santana ont décidé d’un modus operandi bien particulier. Dire les rêves et les espoirs d’une jeunesse délaissée en suivant le quotidien et l’entourage de Cocada et Nego, deux amis que la pauvreté assaille. Ainsi, la veine documentaire qui irrigue le film permet par ce choix de narration d’imposer un sujet difficile avec une vigueur et une virtuosité rares.

 

Coproduit par Jamel Debouzze dont l’investissement est à saluer, Puisque nous sommes nés nous donne donc à voir autant le destin des jeunes désœuvrés des pays du Sud que la trajectoire particulière de ses deux jeunes héros du Nordeste. Profondément humaniste et faisant pourtant montre d’un salutaire recul, le métrage lève ainsi le voile sur la difficulté quotidienne à vivre l’extrême dénuement, tout en montrant l’extraordinaire capacité de réaction et d’espérance d’une jeunesse sans avenir. Le tout dans une optique qui n’est pas sans rappeler le très précieux Chop shop malgré des modalités complètement opposées.


Le cinéma comme révélateur du monde

Puisque nous sommes nés s’impose donc comme l’exemple type du film citoyen, prenant le parti d’une exploration critique et sensible du monde. Intensément porté sur l’humain et la compréhension de son environnement, le film réalisé par le duo franco-brésilien échappe de surcroît à la tentation d’un misérabilisme facile. De même, évite-t-il l’écueil majeur de ce genre de production, à savoir une sécheresse formelle et visuelle récurrente.

 

A contrario justement, Puisque nous sommes nés ose une monstration et un filmage ouverts et panoptiques. Passant avec aisance d’une veine introspective à une approche plus générale et symbolique, ce film parvient en effet à concilier deux échelles, deux distances et donc deux approches du sujet qu’il s’est choisi. Et cela pour la plus grande richesse de notre compréhension.

Ainsi, construit comme un vrai film de fiction tout en restant passionnément documentaire, Puisque nous sommes nés recourt souvent à des cadrages expressifs et très composés quand cela est possible, tout en élargissant au maximum son cadre, notamment autour des enfants qu’il place en son centre. L’impression qui en découle est alors vive, immersive et l’empathie avec Cocada, Nego et leurs proches s’en trouve accrue. De même qu’est facilitée et approfondie sans la moindre lourdeur, l’approche globale du dénuement qui affecte les populations pauvres des pays en voie de développement.

L’autre dimension fortement cinématographique du métrage outre la qualité de son regard et sa profonde humanité repose sur son rapport au son. Complémentaire du filmage et des choix de cadrage, la captation directe du film – spécialité des deux réalisateurs – contribue à renforcer notre connaissance du sort des plus démunis du Nordeste et nous offre une meilleure compréhension de leurs rêves. En effet, révélant le hors-champs du tournage avec à propos et force, la bande sonore alors enregistrée dévoile l’environnement de ces derniers et la difficulté d’être en ces lieux, là où tout bruisse et où pourtant rien ne semble pouvoir changer. Et rien que pour ces raisons, Puisque nous sommes nés mériterait d’être vu, mis en avant et défendu. Simplement parce qu’il utilise avec finesse et intelligence, tous les moyens du cinéma à des fins qui sont profondément empathiques, humanistes et très loin d’être racoleuses.

 

En somme, libre et profondément bouleversant, Puisque nous sommes nés ose via le documentaire une certaine forme de cinéma-vérité, celui qui montre et déflore le réel pour mieux le cerner, et peut-être le faire changer. Par ailleurs, il renoue en cela avec la force des métrages néoréalistes des années d’après guerre et du très local cinéma novo. Ainsi, là où le film du duo Duret-Santana est le plus vif et le plus enveloppant, c’est qu’il puise dans les capacités du cinéma et la sombre gravité de son sujet, la substance profitable qui en fait une réussite. Réussite citoyenne et humaniste tout d’abord, mais aussi réussite brillamment politique et cinématographique d’autre part. Elle qui relie à la géographie de la pauvreté et à l’exposition d’une jeunesse désillusionnée, la puissance esthétique et formelle d’une recherche qui n’a pour seule visée que de donner à voir et à comprendre. Dès lors, Puisque nous sommes nés s’impose comme une belle et douloureuse expérience de cinéma, de celle que l’on n’oublie pas et qui par leurs qualités, laisse en vous leur empreinte.

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience