L'HISTOIRE : Depuis quelques années, on assiste à l'apparition de pouvoirs psychiques chez certains adolescents. Télékinésie, prévision du futur ou contrôle mental, ces facultés deviennent un enjeu pour la sécurité nationale et tout particulièrement la Division, une agence gouvernementale de l'ombre qui aurait à voir avec ces mutations.Un divertissement sympa.

Push est un film comme on aimerait en voir plus souvent : surfant sans honte sur une vague ultra sollicitée, il cherche avant tout à trouver une place confortable en tant que métrage avant de se la jouer bête commerciale. Et si on aurait tendance à rejeter légitimement une énième resucée de l’univers super héroïque, on se ravisera aussitôt après la scène d’ouverture. Car, s’il est vrai que la principale difficulté dans cette exercice est de parvenir à se montrer original, il remplit sa tâche simplement sans excès et on lui accordera même une certaine sympathie que l’on avait pas daigné proposer à ses prédécesseurs. Explications.

Impossible de passer à côté des frasques des super héros et autres hommes en collant. Hier, considéré comme le refuge de marginaux s’adonnant à la fascination et au culte des demi dieux, le comics se sera vu mis à la mode grâce à des adaptations plus "grand public" que profondément fidèles, combien même elles en respectaient les grandes lignes. Puis vint l’ère où se passionner pour le mythe du sauveur eut le vent en poupe au point que tout fut bon (ou pas) à adapter, le film se faisant plus tremplin commercial potentiel que véritable appel à la lecture des planches fascinantes. A quelques exceptions près, les propositions n’étaient que rarement muées d’une vision... Hors, nous sommes aujourd’hui à un tournant fatidique sonnant peut être le glas pour les prochains essais, celui décrivant une situation plus ou moins grotesque. Nous sommes à un point mettant en exergue un nouveau genre d’histoires : elles se veulent du répertoire du comics mais n’ont jamais pour autant lorgné dedans; elles en reprennent les codes, en plagient les rudiments et les conventions établies au cours de dizaine d’années mais se désirent originales. Tentant de profiter de la même renommée que les personnages du catalogue Marvel ou DC, des mêmes hantises et craintes véhiculées dans les épisodes de Moore, elles tentent de faire illusion mais généralement ne font pas le poids. Que peut dire un Hancock face à la virulence des Watchmen? Quel place à réellement un Jumper qui, par manque de connaissance et de réflexions autour du genre, passe totalement à côté du potentiel dramatique pourtant justement établi ? Quand à la série Heroes, elle fait chambre à part puisqu’elle est tirée de l’imagination de Tim Kring mais surtout du duo Loeb/Sale, bien connu pour être un tandem important des fascicules ! Arrive alors Push, petit film sans prétention et qui a bien l’intention de montrer ce qu’il a dans le coffre pour mériter sa place auprès des seniors sans pour autant usurper leur grandeur.

Car ce qui fait la vraie différence entre Push et la concurrence formée par tous les autres opportunistes, c’est incontestablement le cœur, la sincérité et la vision d’un metteur en scène. En effet, Paul McGuigan, dont on avait apprécié son sympathique Slevin, se lance dans cette entreprise suicide et balance tout ce qu’il a. Épaulé d’un scénariste inspiré (David Bourla), et une fois les formalités passées, il pointe du doigt directement ce qui le passionne dans son histoire : ces gens avec des pouvoirs ! L’idée n’est jamais d’en faire des héros ou des sauveurs en devenir, au contraire, l’ensemble se consacre essentiellement à la description de ces marginaux qui, venus d’un peu partout du monde, se planquent dans les taudis de Hong Kong, où la masse est anonyme et la société anxiogène, et ce dans le seul but de fuir une agence gouvernementale qui se charge du recensement et de l’engagement des mutants dans l’élite militaire... Et ce qui devient vite intrigant, c’est que la caméra se pose autant sur la folie hongkongaise que sur nos protagonistes qui, jusqu’alors, refusaient de se servir de leurs facultés par dégoût et qui se trouvent obligés de s’y fier pour survivre aux attaques adverses. Car il y a une réelle atmosphère de haine qui plane dans Push, et ce même si on tend vers un divertissement grand public : la haine de soi, la haine des autres et celles de ses congénères... Soudain, tout le monde semble sous pression et personne ne veut vraiment vouloir en finir : si un seul cède à ses pulsions, les conséquences seront terribles. Terribles tout simplement parce que ce qu’a bien compris l’équipe, c’est qu’on est pas dans une bande dessinée et que quand on balance des types aux pouvoirs étranges dans la masse, il y a forcement de la casse! Entre ceux qu’on nomme les Sanguinaires et qui en hurlant font littéralement exploser ce qui les entoure (êtres vivants compris) ou les Manipulateurs, télépathes qui poussent les autres au suicide, l’affrontement risque de se montrer dévastateur... Et il l’est !

Fuyant dans les dédales, tentant des choses, en loupant d’autres, la petite clique menée par les visions morbides d’une Dakota Fanning toujours aussi craquante, devient vite attachante et quelques part assez déroutante... Surtout quand la gamine pré pubère, totalement larguée et attifée comme une pouffe grunge, picole en douce jusqu’à plus soif pour intensifier la précision de ses flashs futuristes, ou que la ravissante Camilla Belle, télépathe, se sert de son don pour prendre sous son charme notre héros. A cet instant, là où les petits tours de magie étaient amusants, les manipulations en tous genres biaisent totalement les ressorts dramatiques. D’autant plus quand la concurrence se voit, elle aussi, enrichie d’une voyante et que la connaissance de l’avenir devient un réel danger ! Ou qu’entrent en scène ceux qui effacent les mémoires... Les intrigues s’entremêlent alors passionnément, trouvant le moyen de surprendre son spectateur -voir même de lui faire plaisir- et de le fasciner par cette cause qui pourtant s’annonce comme perdue d’avance. Et malgré le réel attachement que l’on a pour ces loosers, on ne peut que craindre le pire, McGuigan prenant un malin plaisir à se servir de Hong Kong comme un véritable personnage, la langue, la culture et les traditions étant autant d’obstacles à un potentiel salut. Une liberté qu’il faudra mériter puisque les épreuves seront nombreuses et douloureuses, le métrage trouvant réellement ses marques en se racontant sérieusement mais en ne tentant jamais de l’être.

Drôle, touchant, surprenant, porté par une bande son groovy à souhait quoi qu’un peu trop présente, Push s’apparente soudain, le temps de quelques plans, quelques phrases ou quelques scènes, à une chimère excitante : un peu comme si Danny Boyle réalisait un film de super héros ! S’apparentant comme complètement manichéen avant de révéler son double jeu, ne réinventant rien mais ne déshonorant jamais le genre dans lequel il tente sa chance, trouvant une justesse aussi bien dans l’émotion que dans la baston qui fait mal, Push s’évince volontairement de tous les clichés où on pensait le croiser pour mieux se faire respecter comme un film unique et humble. Rejetant catégoriquement le statut de vidéo game sur grand écran mais ne refoulant jamais ses envies de divertissement fun, le métrage parvient l’impensable : se faire apprécier pour ce qu’il est. Un bon film!
Cette semaine sort sur les écrans le très recommandable Push de Paul McGuigan, variation pas inintéressante et plutôt bien amenée autour des préoccupations du genre super héroïque. Porté par la grâce ...