L'HISTOIRE : Daniel Craig et Martin Campbell avaient agréablement surpris en proposant dans
Casino Royale un James Bond nouveau aux allures plus sombres, à l'expression froide, d'une brutalité qu'on ne lui connaissait pas au cinéma. L'attente et le niveau d'exigence pour ce
Quantum of Solace s'avéraient donc d'autant plus grands, Marc Forster prenant le relais de Martin Campbell derrière la caméra. Comme souvent, les avis de nos rédacteurs diffèrent sensiblement. Retrouvez les réactions enflammées de nos journalistes de choc, avant la critique complète à venir dans les prochaines heures. Trois hommes, trois sensibilités, trois visions d'un même film dans la suite ...
QUANTUM OF SOLACEUn film de Marc Forster
Avec Daniel Craig, Mathieu Amalric, Judi Dench, Gemma Arterton, Jeffrey Wright, Olga Kurylenko, Giancarlo Giannini, Jesper Christensen
Durée : 1h46
Date de sortie : 31 Octobre 2008
Gilles BotineauSon nom est Craig. Daniel Craig. Depuis Sean Connery, aucun acteur n'avait réussi à s'imprégner du personnage avec tant de charisme. S'imposant tout au long du film, aussi bien dans la psychologie que dans l'action, le comédien participe grandement au renouvellement cinématographique ô combien nécessaire du personnage créé par Ian Fleming. Avec lui, l'agent 007 renaît enfin, après ses (trop) nombreuses adaptations cinématographiques bien souvent inégales. L'histoire de
Quantum of Solace fait suite directe à
Casino Royale. Et si le film se renouvelle peu par rapport au précédent, il n'en demeure pas moins efficace et terriblement prenant dans l'avancée de son intrigue. Démarrant sur les chapeaux de roues avec une séquence d'ouverture d'ores et déjà culte, le film enchaîne les actes de bravoure avec force et intelligence. En outre, et pour notre plus grand plaisir, cela n'empêche pas le brillant réalisateur Marc Forster de poser sa marque de fabrique, à l'instar de Martin Campbell, et de nous proposer l'un des épisodes les plus personnels de la saga. En outre, rarement un casting n'aura été aussi juste. Ainsi, Mathieu Almaric entre dans la famille des « méchants » les plus réussis, face à une nouvelle
James Bond Girl, interprétée ici par Olga Kurylenko, belle et touchante à la fois. Certes, son personnage n'évite pas les clichés et ne se révèle pas toujours à la hauteur du célèbre agent, mais elle forme avec le héros un duo extrêmement efficace, bien loin de servir uniquement de faire-valoir. En somme, le James Bond du 21ème Siècle continue sur sa nouvelle lancée après un « premier » épisode enfin digne de ce nom, nous annonçant une fois encore un prochain sous les meilleurs auspices...
Un deuxième avis vous attend dans la suite ...Vincent MartiniVoir un James Bond au cinéma, c'est un plaisir non-dissimulé, surtout après un
Casino Royale de haute volée qui avait habilement su renouveler une franchise en sérieuse décrépitude. L'arrivée d'un certain Jason Bourne n'est d'ailleurs peut-être pas étrangère à ce nouveau style très percutant, tout en contacts brutaux ; James Bond devenant un félin incontrôlable, un mercenaire proche du chien fou pour notre plus grand plaisir de spectateur avide de sensations fortes.
Qu'en est-il de ce
Quantum of Solace, 22ème film de la prestigieuse franchise ?

Pour apprécier ces premières impressions, il convient de rappeler que nous sommes ici face à un film dans l'étroite continuité de son prédécesseur. Il s'agit même d'une première, car l'histoire de Vesper (Eva Green) refait surface rapidement et sert de toile de fond dans toute l'évolution du personnage Bond. Ce dernier tente de surmonter cette disparition à sa façon, en multipliant les expériences de terrain pour se rapprocher d'une mystérieuse organisation tentaculaire à travers le monde. Rien à redire au sujet de l'interprétation de Daniel Craig toujours aussi charismatique, l'acteur montre plus que jamais qu'il est Bond, un homme tourmenté, bourré d'adrénaline, un mercenaire du MI-6 prêt à tout pour son idéal de justice, quitte à troubler sa hiérarchie aux prises avec des politiques contradictoires. Une des nouveautés de cet opus est ainsi de mettre plus en exergue les relations internationales compliquées entre des mouvements antagonistes démocratiques. Tout comme
Casino Royale, les problématiques sont moins la domination du monde que d'exploiter au maximum les richesses d'un écosystème dégradé. Sans en dire trop, signalons que Dominic Green (Mathieu Amalric) incarne un « méchant » assez particulier qui ne plaira pas à tous, tant sa prestation rappelle celle d'un fauve impulsif, à la logique impénétrable. Glaçant et convaincant, il forme avec Olga Kurylenko (Camille) et Daniel Craig un adversaire retors des plus fascinants.
L'autre bonne surprise du film se situe avec le personnage de Camille, où la troublante Olga Kurylenko trouve à nouveau un rôle intéressant (après le formidable
L'Annulaire, oublions
Hitman ou
Max Payne). Camille poursuit des objectifs qui lui sont propres. Sans être le faire-valoir de Bond, elle évolue dans une quête de vengeance personnelle qui la met en rapport avec notre agent secret. Agissant telle une planète sur une orbite alternative, sa présence confirme le nouveau statut de femme active de la James Bond Girl, une belle qualité pour un personnage à la sensualité des plus affirmées.

Au niveau de la mise en scène, nous retrouvons Marc Forster qui fournit une bien jolie copie, dont nous retiendrons quelques passages clés, comme un prologue n'ayant absolument pas à rougir de son prédécesseur, et des séquences usant du montage parallèle avec un panache enthousiasmant. Toutes ces qualités se retrouvent dans les péripéties de l'opéra italien qui contient en son sein toutes les qualités du Bond des années 2000, montage dynamique, confrontations martiales dures et mortelles, agilité et stratégie redoutable pour arriver à ses fins.
Après ces quelques lignes, on se dit alors que cette cuvée 2008 est formidable ... et pourtant les qualités évidentes et puissantes du film ne sauraient enlever cette impression de manque, d'inassouvi. On pestera sur le montage sans doute trop resserré (1h47 au compteur, et des transitions extrêmement rapides, c'est presque l'antithèse de
Casino Royale qui tirait sans doute trop en longueur) qui sacrifie certaines éléments de dramaturgie. Quel bonheur de voir Bond, Green, et Camille à l'écran ensemble sur des séquences bien trop rares.
Le choc de découvrir Daniel Craig en James Bond est certes passé, et on peut regretter un manque de nouveautés dans son personnage, ses réactions, ses relations aux autres (Bond/M -magnifique Judy Dench), ce qui rend quelque peu caduque certaines phases du récit (le MI-6 et M semblent presque surpris de certains actes de leur agent). Malgré tout, il serait très dommageable d'attaquer le film sur ces quelques points, tant l'ensemble nous comble admirablement. Il ne s'agit que d'un film de transition dans la mythologie Bond-ienne, mais ce long-métrage allie l'art et la manière efficacement pour divertir et emporter son spectateur 107 minutes durant. Bien, juste bien, en attendant le 23ème...
Un troisième avis vous attend dans la suite ...Florent KretzOn attendait beaucoup de ce
Quantum of Solace, nouveau chapitre de la franchise consacrée au célèbre agent britannique. D’une part, parce que le revival, opéré magistralement par Martin Campbell avec son
Casino Royale, avait laissé entrevoir ce qu’une relecture contemporaine du héros de Ian Fleming pouvait apporter de bon et de novateur dans le panorama cinématographique. D’autre part, parce que le choix de Daniel Craig s’était avéré la clé maîtresse et judicieuse de l’entreprise… Introduit comme jamais dans un premier volet -pouvant se vanter d’être le plus valeureux prétendant en termes de qualité à la grâce des épisodes cultes ayant pour vedette Sean Connery-, l’intrigue avait été laissée en suspens…

Public en transe, suspense incroyable, figure mythique renaissant et annonçant le véritable renouveau d’une série amenée à perdre de la vitesse qualitative au fur et à mesure des aventures :
Casino Royale avait simplement éveillé la passion anesthésiée d’un auditoire attendant patiemment, depuis quelques épisodes Brosnaniens, la résurrection de l’un des héros les plus extraordinaires du vingtième siècle. Et autant le reconnaître, ce
Quantum of Solace répond, d’une certaine manière, aux attentes légitimes. S’ouvrant sur les chapeaux de roues avec une course poursuite spectaculaire et remarquablement maîtrisée, ce nouveau volet offre exactement ce qu’attend le spectateur : le retour de James Bond… Mais, fort d’une première heure rythmée, violente et relativement pertinente, le film réalisé par Marc Forster (
Les Cerfs-volants de Kaboul) s’engouffre malheureusement dans une succession de scènes plus spectaculaires les unes que les autres dans lesquelles le toujours parfait Daniel Craig s’en prendra suffisamment dans les dents pour faire illusion : que ce soient les duels, les sauts en chute libre ou autres, cette cuvée 2008 semble mettre beaucoup plus l’accent sur le démonstratif que sur le fond… Ce qui fait que, bientôt, la véritable trame semble nous échappe, notre agent flinguant ici et là sans pour autant entrer dans les détails.
On pourra se consoler en se rappelant ce dernier plan de
Casino Royale -qui annonçait délibérément la couleur en affichant son héros classe et monstrueusement armé- mais on ne pourra que se sentir lésé de ce manque flagrant de psychologie chez le personnage dont bientôt les véritables motivations semblent vagues (mission, vengeance ?). D’autant plus que, si le spectacle est remarquable dans sa dimension purement attractive et distrayante, il est regrettable que les points forts du film ne soient pas plus souvent mis en exergue : que ce soit cette approche purement vintage retranscrite par les typographies et le caractère général ultra glamour et oldies, ou le développement des personnages, tout semble à peine esquissé. Tristesse alors de voir notre Mathieu Amalric national, terrifiant méchant à la profondeur et la justesse rare, se voir sacrifié pour une pléiade de simili-rebondissements… Tout comme ces deux James Bond Girls, sexy à souhait, dont les profils ne semblent avoir été dessinés que pour remplir le cahier des charges d’une franchise bien rodée. Rythmé par une bande sonore admirable et mémorable signée David Arnold (qui reprend le thème de Barry sous plusieurs sonorités différentes),
Quantum of Solace finit par décevoir, non pas pour ses rares défauts, mais par sa ressemblance à s’y méprendre à quelques épisodes routiniers de la série. Aussi, si Forster innove et impose une véritable vision habitée d’une irréprochable fraîcheur (la mise en parallèle d’une fusillade et d’un opéra est l’un des grands moments de bravoure), c’est vraiment ce résultat un peu « too much » qui flanque un vilain coup dans ce qu’on attendait comme un grand moment de sobre efficacité.

On se demande alors si le métrage n’aurait pas mérité un bon quart d’heure de plus (il fait déjà 1H47) pour étoffer un peu plus ses ambitions, ses complots, ses multiples personnages et, pourquoi pas, s’attacher un peu plus à sa mascotte qui méritait mieux qu’un simple statut de séduisante brute implacable… Pas un mauvais film donc, loin de là (
Quantum of Solace reste tout de même au-dessus de quelques précédents épisodes), mais assurément un plaisir contrarié. Malgré tout, ce retour à une identité plus traditionnelle est, somme toute, relativement logique, puisque l’enjeu premier était de redorer un blason dont les couleurs commençaient à ternir : en ce sens on ne pourra que reconnaître la réussite incontestable du métrage.