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Quatre minutes

La critique d'Excessif

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quatre_minutes_cinefr L'HISTOIRE : Depuis soixante ans, Traude Krüger enseigne le piano à des détenues. Quand elle rencontre Jenny, jeune femme incarcérée pour meurtre, elle comprend immédiatement qu'elle a affaire à une musicienne prodige. Passionnée par le talent de la jeune fille, Traube veut la préparer pour le Concours d'entrée du Conservatoire. Mais la jeune femme, violente et suicidaire, est réfractaire à la moindre discipline. Obstinée, la vieille Traude Krüger ne désarme pourtant pas.
Traude Krüger enseigne le piano depuis plus de soixante ans dans une prison pour femmes. Un piano neuf arrive dans l'établissement. Installé dans la bibliothèque, quelques détenus défilent pour prendre des cours. Jenny, une jeune femme incarcérée pour meurtre, montre un talent exceptionnel. Asociale et violente, elle n'accepte cependant pas la discipline nécessaire à la leçon et agresse l'un des gardes. Le piano relégué au gymnase, Traude ne désarme pas et s'obstine auprès de Jenny. Une relation ambiguë se développe à mesure de la préparation pour le concours d'entrée au conservatoire. Le passé de la vieille femme ressurgit en parallèle de la détresse de la jeune prodige, au comportement inadapté. La fragilité de cette relation ne facilite pas les progrès, sans compter sur les autorités de l'établissement, peu enclines à offrir aux détenues les plus violentes un moyen d'évasion, ne serait-ce que par le plaisir de la musique.

QUATRE MINUTES
Un film de Chris Kraus
Avec Monica Bleibtreu, Hannah Herzsprung, Sven pippig
Durée : 1h52
Date de sortie : 16 janvier 2008


Le cinéma allemand prouve encore une fois son originalité avec ce film, Quatre minutes. Réalisé par Chris Kraus, un cinéaste reconnu en Allemagne pour sa qualité d'écriture, le long-métrage a bénéficié de nombreuses récompenses à travers les festivals du monde entier et d'un très bon succès public . Après Goodbye Lenin, Rosenstrasse ou encore La vie des autres, le cinéma germanique nous offre ces derniers temps le meilleur de lui-même.

Sans détour Quatre minutes est à la fois un film dur et touchant. Dans ce contexte pénitentier, le film dépeind le quotidien d'une jeune femme, Jenny (Hannah Herzsprung) écorché vive qui ne peut s'exprimer avec autrui que par la violence. Pas de place pour le dialogue, la compréhension ou l'amitié, chacun doit être sur ses gardes, être en quelque sorte un loup parmi les loups. Totalement repliée, Jenny ne compte que sur elle-même. Face à cette boule de nervosité et d'agressivité totalement incontrôlable, va s'ériger la figure de Traude (Monica Bleibtreu), la vieille femme professeur de piano dont le quotidien très réglé, organisé et statique tranche nettement avec l'ambiance de violence qui règne dans la prison. Exigeante, disciplinée et inflexible, Traude cache beaucoup d'elle-même derrière cette façade quelque peu antipathique. Rétrograde et sans concession, ses élèves doivent s'adapter à ses méthodes de travail sans sourciller.


Sur le shéma classique de la rencontre entre deux êtres que tout oppose, les rapports humains vont se nourir de ses différences, de ces contradictions, de la tempétiosité des deux caractères pour révéler chez chacune des protagonistes des blessures profondes et indélébiles. Jenny, abusée par son père, privée d'affection familiale et de repères solides, s'est réfugiée dans la délinquance, la drogue et le meurtre pour tenter de survivre. La perte de son enfant va définitivement la couper du cercle social et l'enfermer dans un comportement auto-destructeur et nihiliste. La blessure de Traude est beaucoup plus ancienne. A mesure que le film se déroule, le passé lointain de la vieille femme ressurgit comme un écho plaintif et douloureux. Infirmière sous l'époque nazie, Traude soigne les soldats blessés. Au milieu de l'horreur et du chaos de la guerre, elle va connaître l'amour mais un amour interdit et inavouable: un amour homosexuel passionné avec une jeune femme prénommée Hannah.


L'assassinat d'Hannah par les soldats nazis va profondément traumatiser la jeune infirmière qui, refoulant ses penchants amoureux interdits et éprouvant une culpabilité sans limite, va s'enfermer elle-aussi peu à peu sur elle-même jusqu'à atteindre un véritable point mort affectif. La rigueur et la discipline de la pratique du piano vont lui permettre d'endosser cette charge traumatique tout en la vidant d'elle-même.


Par l'entremise de l'instrument, Traude et Jenny vont apprendre à se connaître l'une l'autre. La vieille femme, prisonnière de sa négation de la vie, va rencontrer Jenny, prisonnière au sens propre du terme et débordante d'instincts destructeurs. L'apprentissage du piano va transformer les deux femmes de façon irrémédiable. La discipline et la rigueur nécessaires à l'accomplissement vont permettre à Jenny de surpasser ses pulsions violentes. Toute l'énergie dépensée dans ses actes conflictuels va peu à peu dévier dans un désir d'accomplissement de soi, de contrôle et de maîtrise. Traude y trouvera l'occasion de rouvrir la porte des sentiments et de l'affection dont son corps avait été privé depuis l'âge de ses vingt ans. Les deux femmes vont se nourir humainement au coeur d'un milieu hostil incarné par les co-détenues revanchardes et une administration pénitencière qui se refuse à offrir un quelconque sentiment de liberté à ses pensionnaires.


Car au coeur du film et de la rencontre entre ces deux générations blessées, celle de la guerre et celle de l'inadaptation sociale, se joue le thème principal de Quatre minutes, celui de la liberté. La liberté d'aimer tout d'abord, liberté refusée à Traude qui s'enfermera sur elle-même pour s'empêcher de sombrer. La liberté d'être aimée surtout, liberté refusée à Jenny qui, au milieu des hommes, n'a connu que l'inceste, le viol, la violence et la drogue. Plus simplement le film parle de la liberté d'être: être soi-même, en accords avec ses convictions et ses désirs, être libre de ses entraves (non seulement les entraves pénitentiaires mais surtout les entraves sociales), être libre de s'accomplir lorsque, virtuose du piano, Jenny imposera sa propre pratique de l'instrument, une pratique qui pour la jeune femme est l'incarnation de la liberté d'être.

David A.

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