Avec un titre si accrocheur, l’espoir d’un véritable documentaire de vulgarisation scientifique prenait corps. Au gré des mésaventures d’Amanda, jeune photographe, tout semblait nous inviter à une vivifiante plongée dans notre manière de représenter et de construire la réalité au travers des dernières avancées de la Science. Hélas, à peine quelques minutes après le début du visionnage, ce que l’on appelait de nos vœux restait lettre morte pour laisser place à l’ennui et pire que tout à l’exaspération, en se permettant des embardées « idéologico religieuses » indignes de toute rigueur scientifique.
QUE SAIT-ON VRAIMENT DE LA REALITE !? (What the Bleep do we Know !?)
Un film de Matthew Hoffman, William Arntz, Betsy Chasse
Avec Marlee Matlin, Elaine Hendrix, Barry Newman
Durée: 1h48
Date de sortie : 07 novembre 2007Promesse d’un état des lieux des dernières avancées des sciences physique et cognitives,
Que sait-on vraiment de la réalité !? se présentait au travers de ses highlights et de sa bande annonce comme un film rare, celui d’une vulgate accessible et prompte à susciter interrogations et remises en questions. L’ambition de ce documentaire s’avérait en effet de faire connaître et comprendre l’apport des grandes avancées scientifiques des dernières années, en multipliant les mises en situations, les exemples concrets et leur explication par des chercheurs prétendument reconnus. Et notre guide pour cela sera Marlee Matlin vue dans
West Wing, une jeune photographe, que l’on suivra dans sa folle journée. Ainsi, pour illustrer par exemple la possible ubiquité que sous tend la physique quantique, nous la verrons jouer au basket avec un enfant et s’interroger sur l’éventail des possibilités qui sont les siennes ou bien encore se démultiplier littéralement dans sa salle de cinéma pour mieux représenter cette théorie.

L’enthousiasme et l’impatience incitaient donc logiquement à l’optimisme pour qui s’attarderait sur la démarche recherchée. A des fins pédagogiques, les auteurs de ce documentaire choisirent justement de le structurer autour d’une trame narrative censée faciliter l’adhésion et le suivi. Ces derniers centrèrent donc leur récit sur le parcours de cette photographe esseulée et mal dans sa peau. De fait, les frasques et états d’âme de cette dernière allaient composer la base du film et occuper tout son espace, avec pour volonté de susciter l’empathie et d’empêcher tout propos ardu et abstrait. La teneur scientifique du métrage reposait dès lors sur des entrevues de spécialistes et des animations démonstratives entrecoupant la narration. Docu-fiction précédé d’une réputation festivalière nettement mise en avant, le meilleur était par conséquent attendu, du moins espéré.
Malheureusement, aucune des promesses avancées n’est tenue et plus que cela,
Que sait-on vraiment de la réalité !? parvient à s’imposer comme la pire tentative documentaire de ces dernières années. Il réussit le tour de force de concilier inepties grossières, représentation aberrante, mauvais goût et propos farfelus d’illuminés, s’exprimant tous sur des sujets pour lesquels leur formation ne les prédestine nullement à exercer le moindre magistère. En clair, ce métrage rassemble tout ce qui dessert la science et sa compréhension. Exemple simple : imaginer un quart de seconde que l’on puisse par sa seule volonté, modifier « le champ quantique » qui nous entoure et affecter notre environnement en profondeur relève de la plus insensée des affirmations. Le plus drôle en l’occurrence étant de voir la conviction profonde qui habite celui qui tient ce genre de propos, propos qui relève aussi bien du « think positive » que de la méthode Coué mais aucunement d’une réflexion scientifique sérieuse.

En effet, tant dans sa forme que dans ce qu'il développe, le film dérange excessivement en procédant par séries d'amalgames et de propositions qui ne répondent en rien à des exigences élémentaires. La confusion dans les termes, l'égalité entre science et métaphysique, la dimension extrêmement légère de l'argumentaire et l'absence réelle de construction du discours décontenancent dans un premier temps, avant d’agacer sérieusement n’importe quel individu ayant poursuivi des études scientifiques supérieures.
De plus, la forme retenue, ses effets inutilement tapageurs et ses "débordements" narratifs sont à l'avenant - adultère filmé en détail et en gros plan (!), pulsions bestiales des protagonistes, mariage polonais caricatural avec son lot de borborygmes et autres facéties vulgaires.... Dès les premières minutes donc et malgré l’envie de laisser sa chance au documentaire, ce que l’on tient pour un agacement passager se mue très rapidement en exaspération profonde. Et le tout de culminer pour atteindre l’un des pires sommets du cinéma documentaire vu à ce jour en salles.
Pour le dire simplement,
Que sait-on vraiment de la réalité !? est une incongruité dispensable et plus que tout, nuisible à la juste approche par le cinéma de la science, tant dans sa monstration que dans sa pitoyable démonstration.
Que sait-on vraiment de la réalité !? ose effectivement mêler sur une trame plus qu’anecdotique, une réflexion qui néglige la véritable portée de l'apport de la physique quantique et des sciences cognitives. Pis, elle l'assimile à une approche empreinte de mysticisme, nourrie par une religiosité confondante, digne des pires dérives sectaires et obscurantistes. Les interlocuteurs perdent en effet très rapidement tout crédit en développant des énormités qui ulcéreraient n’importe quel lycéen et révolteraient le moindre étudiant de premier cycle Français. De même, si l’on s’attarde sur les conclusions que le documentaire retire de ce mælstrom aussi indigeste qu’halluciné, ce n’est que pléthore de conjectures insoutenables pour toute personne raisonnable, pour tout individu ayant une approche sensée de concepts comme la conscience, le rapport à la perception ou l'approche philosophique de l'idée de Dieu.
Contreproductif, usant et délicat à soutenir à tous points de vue, ce documentaire se voulant scientifique atteint avec une facilité étonnante des abîmes de médiocrité, ce qui laisse songeur quant à la réputation qui l’a précédé. Dès lors, que faire ? La réponse semble simple et aussi évidente : l’éviter !
Jean-Baptiste Guégan