L'HISTOIRE : Jeune adolescente sans attache, Sherry cherche un endroit où elle pourrait enfin être elle-même. Elle pense avoir enfin trouvé une famille au sein d'une bande de jeunes, un groupe radical dénommé Le Spark. Elle les suit dans leur van dans un périple sans but, voyageant dans toute l'Europe, de technivals en petits boulots en recrutant parfois de nouveaux membres. Mais le leader du groupe, Harry, instaure rapidemment un règne violent de travail forcé et de punitions. Prise au piège dans ce qui ressemble désormais à une secte, Sherry va devoir lutter pour se protéger et protéger ceux qu'elle aime ...
Ce qui passe pour de la rebelle attitude tendance no future n’est au fond que de la pose post-pubère.
Réalisé avant Hard Candy et Juno qui l'ont révélé au grand public, Rebelle adolescence permet de voir Ellen Page en adolescente paria rejoignant une secte new-age composée des laissés-pour-compte de ce bas monde. Ellen porte des tee-shirts trop grands pour elle et se rase la tête pour affirmer son identité. Face à elle, il y a le beau-gosse Eric Thai qui dirige sa petite communauté avec une poigne vaguement inquiétante. Cette métaphore sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte marque tous les idéaux manqués d’une jeunesse marginale. La réalisatrice Alison Murray, qui est partie de chez elle à l’âge de 16 ans, en parle pour l'avoir connue. Elle a puisé dans son vécu pour retranscrire les illusions perdues, la peur du lendemain qui déchante, l'angoisse de mourir, la rage au ventre. Ce qui passe pour de la rebelle attitude tendance no future n’est au fond que de la pose post-pubère.
L’interprétation, correcte, ne réussit pas totalement à faire oublier les personnages stéréotypés ni même à masquer la grande faiblesse de ce récit sinueux : une tendance à la superficialité qui s'exprime jusque dans des parti-pris visuels maladroits. En sus, le scénario transforme l’errance roots de l'héroïne punk en voyage de carte postale sur fond de teknivals et de prises d'acides dans un esprit proche du Lola, Clubbed to Death (Yolande Zauberman, 1996). Si on note une curiosité (le morceau "Le vent nous portera" de Noir Desir dans la BOF), il manque un regard nouveau, un spleen existentiel et un vertige désenchanté. Avec moins de sérieux et plus d'humour, le sujet était taillé pour un réalisateur pop comme Gregg Araki. Mais aujourd'hui, il paraît presque daté.