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Red Eye - Sous Haute Pression

La critique d'Excessif

3/5
redeyez2 L'HISTOIRE : Lisa Reisert a une peur bleue de l'avion, mais l'horreur qui l'attend sur ce vol de nuit pour Miami n'a rien à voir avec sa phobie. Alors qu'elle prend place dans l'engin, elle est agréablement surprise de retrouver Jackson, le charmant jeune homme avec qui elle a pris un verre avant l'embarquement. Cependant, quelques instants après le décollage, ce dernier tombe le masque et révèle la vraie raison de sa présence à bord : il participe à un complot visant à tuer le secrétaire adjoint à la sécurité nationale...
Disons-le : la contradiction est un luxe. Alors qu’on ne misait plus un centime sur Wes Craven, définitivement à mettre au placard avec ses surboums Scream, son second degré cynique rance et surtout son dernier massacre en règle (le bien nommé Cursed) qui sonnait le glas d’une époque révolue, le briscard fait des siennes avec Red Eye, un thriller somme toute banal qui use de grosses ficelles convenues mais se distingue par la présence d’un acteur épatant, Cillian Murphy, capable par son charisme et son talent, à rendre digeste des situations tarabiscotées en diable. Red eye ne vaut (presque) que pour sa prestation.

RED EYE (SOUS HAUTE PRESSION)
Un film de Wes Craven
Avec Rachel McAdams, Cillian Murphy, Brian Cox
Durée : 1h30
Sortie : 26 Octobre 2005

Lisa Reisert a une peur bleue de l'avion, mais l'horreur qui l'attend sur ce vol de nuit pour Miami n'a rien à voir avec sa phobie. Alors qu'elle prend place dans l'engin, elle est agréablement surprise de retrouver Jackson, le charmant jeune homme avec qui elle a pris un verre avant l'embarquement. Cependant, quelques instants après le décollage, ce dernier tombe le masque et révèle la vraie raison de sa présence à bord : il participe à un complot visant à tuer le secrétaire adjoint à la sécurité nationale...


On se souvient, mine déconfite, de la catastrophe Cursed, délire lycanthrope maudit dans tous les sens du terme, avec lequel Wes Craven, le papa immature de Freddy, a eu sa dose d’emmerdes et de discordes (chantages de Dimenson, Skeet Ulrich supprimé, arrêt du tournage, réécriture du script). Avec la collaboration assassine du médiocre Kevin Williamson, il signait surtout son propre arrêt de mort, lui qui naguère était familier des us et coutumes horrifiques. A force de s’en moquer ouvertement, il s’est pris un méchant poignard dans le dos. Passons : le cinéaste garde le sourire et tente d’effacer de sa filmographie ce nanar lycaon détestable.


Avec Red Eye, il signe un thriller dont le classicisme a de quoi dérouter de la part d’un réalisateur retors qui adore l’ironie et la distanciation. En réalité, c’est une façon comme une autre de fuir les malentendus et surtout de revenir dans la course. Le refrain est connu et déjà annoncé un peu partout : alors que dans la (longue) première partie, Craven simule la comédie romantique inoffensive sans le moindre soubresaut horrifique, il confère par la suite à son récit des allures de thriller qui joue à la fois sur la peur de l’avion et de l’inconnu. Sur ce filon post-11 Septembre avec une bonne louche de paranoïa latente, Craven se contente de suivre sans la moindre audace formelle un récit linéaire et classique aux rebondissements réglementaires. Ceux qui verront à travers cet opus la renaissance d’un artiste artistiquement mort se foutent le doigt dans l’œil: il ne propose présentement rien de transcendant ou qui vaille la peine d’être mémorable.


La majeure partie de l’action se situe dans l’avion où la pauvre Lisa (Rachel McAdams, pas trop mal) tente de lancer des signaux d’appels à l’aide aux autres passagers de l’avion sans succès. Ils sont suffisamment durs de l’oreille pour ne pas entendre les menaces proférées par le méchant (Cillian Murphy) ou encore voir les coups portés à ladite victime. Dans un avion, c’est bien connu, personne ne vous entend crier. Quitte à ce que certains éléments invraisemblables (le bourreau et la victime qui s’enferment dans les toilettes sans que personne ne se soucie de rien) en deviennent presque subversifs (aux Etats-Unis, baiser dans les lieux publics est presque tolérable). Faut-il voir ici quelques traces pernicieuses du Craven méchant qui somnole dans le Craven faussement gentil ? Et si Jackson était le double flippant du cinéaste ? Mystère.


Vieux corbeau qui a plus d’un tour dans son sac, Craven s’efforce d’améliorer la banalité de son intrigue par une foule de petits tours de passe-passe. Dans un climat mouvementé, les personnages secondaires sont des menaces, des jouets ou des victimes potentielles mais ils ressemblent davantage à des fausses pistes inégalement exploitées. Pas éloigné du paranoïaque Phone Game, le résultat n’a pas honte de ces grosses ficelles grand-guignolesques. Ainsi, les quinze dernières minutes, très décevantes compte tenues les prémisses, avec les résolutions pas toujours heureuses et une bonne réplique finale comme seul Wes pouvait nous en faire, confirment les dires et accusent une fâcheuse baisse de régime qui s’exprime au détriment du film lui-même, victime de sa propre impersonnalité.


Mais, ô grand mais, dans ce thriller rongé par les poncifs, il y a un bon élément, et un vrai, du nom de Cillian Murphy. Nouveau chouchou de Danny Boyle, le jeune acteur Irlandais arbore un visage angélique qui dissimule un esprit méchamment démoniaque. On avait déjà pu remarquer sa capacité à incarner les méchants dans Batman Begins où il portait brillamment le masque de l’épouvantail. Dans Red Eye, il est carrément le seul à insuffler de l’ambiguïté dans des images et des sentiers très balisés. Par la grâce de sa singulière beauté et du charme mystérieux qu’il dégage, Murphy distille angoisse et mystère par sa simple présence, sait être intense avec une belle économie de moyens et s’impose ainsi comme l’atout en or d’une œuvre aux fondations branlantes. En son absence, le film n’eût sans doute été qu’une série B parmi tant d’autres et un machin anodin dans la carrière de Craven. Grâce à sa présence sournoise, certaines énormités passent comme lettre à la poste ; et de fait, Red Eye atteint le statut confortable du thriller suffisamment hargneux pour se reluquer comme un sympathique plaisir coupable. Craven peut lui dire un grand merci.

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