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Requiem

La critique d'Excessif

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requiem_cinefr L'HISTOIRE : Michaela, jeune étudiante élevée dans un milieu catholique et bourgeois, s'imagine qu'elle est possédée par des démons.
1970, Michaela, 21 ans, grandit dans une petite ville du sud de l’Allemagne entre un père faible et affectueux et une mère autoritaire. Depuis de nombreuses années, Michaela souffre d’épilepsie et rêve de reprendre ses études à l’université. Elle y découvre la liberté, l’amitié d’Hannah et un amour naissant pour Stephan. De nouvelles attaques épileptiques plus violentes que les précédentes lui font entendre des voix et lui révèlent d’inquiétantes apparitions. Craignant d’être renvoyée dans sa famille, Michaela consulte un prêtre. Il la persuade qu’elle est possédée par des forces démoniaques. S’opposant à l’homme d’église, ses amis l’incitent à se faire soigner, mais se trouvent impuissants face aux convictions religieuses et familiales.

REQUIEM
Un film de Hans-Christian Schmid
Avec Sandra Huller, Burghart Klaussner, Imogen Kogge
Durée : 1h33
Sortie le 13 décembre 2006



Un film sombre, troublant, poignant, révoltant, et qui ne laisse pas indifférent. Pour Requiem, Hans-Christian Schmid s’est inspiré d’un reportage sur un pèlerinage à Klingenberg. « C’est là qu’en 1976, Anneliese Michel, étudiante catholique, est morte de malnutrition et d’épuisement, après avoir subi plusieurs dizaines d’exorcismes. J’étais sidéré que même vingt ans après sa mort, elle soit encore vénérée comme une martyre à Klingenberg par des pèlerins venus de toute l’Europe ». C’est donc à partir de ce fait divers que le réalisateur écrit son scénario et donne vie au personnage de Michaela. Il effectue une plongée au cœur des années 70, dans une atmosphère oppressante que vient alléger la musique, très présente dans le film.

C’est donc au rythme des « Deep Purple » que le réalisateur entraîne dans cette famille en pleine souffrance et suit Michaela, pas à pas, dans ce qui aurait pu être pour elle, une seconde vie : l’université. Loin de sa mère et des médecins impuissants. Avec l’impatience et l’excitation d’une petite fille, elle se jette dans sa nouvelle vie. Même sa chambre, pourtant si petite et si sobre, lui paraît merveilleuse. Comme la promesse de ce que sera son existence dorénavant. Forcément épanouissante. Et pleine de surprises. Son enthousiasme et sa foi en l’avenir, très communicatifs, nous transportent. On se met à croire avec elle que tout est possible, malgré cette maladie, dont on comprend qu’elle a été synonyme de grandes souffrances, et que l’on sait pourtant toujours là. En Michaela.



C’est précisément ce qui fonctionne bien dans Requiem : ce sentiment d’empathie ressenti pour la jeune fille. Avec elle, on espère, on danse, on aime. Avec elle on souffre, on résiste, on se révolte. Avec elle on se bat. Et on se laisse finalement dépérir. L’actrice Sandra Huller, récompensée au 56e festival de Berlin, est absolument époustouflante. Et bien sûr sans elle, le sentiment d’implication dans le film ne serait pas aussi fort. On se contenterait de regarder comme de simples spectateurs le destin tragique de cette jeune fille, ressortant de la salle un peu chamboulés, certes, mais relativement indifférents. Grâce à Sandra Huller, le processus d’empathie fonctionne à merveille et le flot d’émotions envahissant est brutal. Presque à en boire la tasse.


Une question émerge alors : comment la jeune comédienne a-t-elle abordé ce personnage habité ? Comment s’est-elle mise dans la peau d’une jeune femme qui a souffert toute sa vie de son isolement et de sa solitude ? Comment a-t-elle réussi à vivre les crises d’épilepsie de manière juste, sans trop en faire ? A cette dernière question, l’instinct semble y être pour beaucoup « Hans-Christian m’a dit : « Joue le comme tu le sens ». A partir de là, les scènes se sont développées de manière instinctive », raconte-t-elle. « Plus tard, j’ai regardé la vidéo d’une crise, identique à celle que nous venions de tourner. La patiente semblait voir des choses, elle reculait en tremblant, chutait, retrouvait à nouveau ses esprits… ». Mais ce n’est pas sans crainte qu’elle s’est lancée dans le projet de Hans-Christian Schmid. « J’avais peur de ne pas être crédible. Que les gens se rendent compte que je n’avais jamais vécu ce genre d’expérience et qu’en définitive j’avais tout fabriqué à partir de bribes éparses. Qu’on démasque mon insécurité ! » avoue –t-elle.



Finalement les crises d’épilepsie (qui sont en fait très sobres) sont loin d’être l’élément le plus impressionnant. Bien moins que ce tiraillement entre des choix de vie très différents, qui dépassent Michaela. D’un côté la religion, dans laquelle elle a été élevée et en quoi elle croit profondément. De l’autre la vie que toute jeune fille rêve d’avoir, partagée entre les études, les amies, les garçons, les fêtes et le plaisir de profiter du moment présent. Ces deux mondes, le premier étant représenté par sa famille et la communauté catholique, le second par Hannah et Stephan, vont fortement s’opposer. Forcément pourrait- on dire.



Comment comprendre les crises de Michaela et surtout comment l’aider ? Pour le prêtre auprès duquel Michaela s’est confiée, nul doute : ses cris, ses moments d’absence, le fait qu’elle ne puisse même pas toucher le Christ accroché à son mur, ne sont que les expressions d’une possession démoniaque. Et qui dit possession dit exorcisme. Pour Hannah, Michaela est malade et doit suivre un traitement adapté. Cet affrontement, au coeur de Requiem est tout à fait captivant. Et au final, jamais Hans-Christian Schmid ne donne de réponse : Michaela est-elle possédée ou malade ? Mais si le réalisateur avoue « ne pas croire aux phénomènes de possession démoniaque », il prend néanmoins toujours la protagoniste au sérieux. Nous aussi. Et c’est bien ce qui rend le film si réussi.

Lili Dujardin

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