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Resident Evil

La critique d'Excessif

3/5
resident_evil_vign23 L'HISTOIRE : Dans un immense laboratoire souterrain, ont lieu des recherches ultras secrètes, supervisées par des centaines de scientifiques. Lorsque l'alarme retentit, tout le monde croit à une simple simulation d'évacuation. Mais bientôt, l'horreur les rattrape. Un virus hautement mortel se propage à un rythme effréné dans les couloirs : en quelques minutes, il met fin à toute vie humaine.
Au même moment, Alice se réveille dans un somptueux manoir. Ignorant comment elle a pu atterrir là, elle fait la rencontre de Matt, un policier. Avant même qu'ils n'aient pu trouver une explication logique à ces phénomènes étranges, un groupe d'intervention militaire, les S.T.A.R.S, débarque de nulle part et les oblige à les suivre. Ces derniers ont reçu l'ordre d'infiltrer le laboratoire et de neutraliser la Red Queen, le super-ordinateur devenu fou que l'on tient pour responsable du désastre.
Presque tous les thèmes du fantastique se donnent rendez-vous dans le dernier film de Paul Anderson, adaptation d’un jeu vidéo best-seller sur Playstation. Ne reniant jamais sa nature hybride, le film en rajoute dans le pot-pourri et, curieusement, y trouve une vrai grâce. On pourrait même y prendre beaucoup de plaisir. Bizarre non ?

RESIDENT EVIL
2002
réalisateur : Paul Anderson
Acteurs : Milla Jovovich, Michelle Rodriguez, Eric Mabius, James Purefoy, Martin Crewes, Colin Salmon
Durée : 1h41
Sortie : 3 avril 2002

Un manoir est investit par une unité para-militaire. Sa propriétaire, amnésique (Milla Jovovich) est emmenée, avec deux autres inconnus, au cœur de la terre, dans un centre d’expérimentation sous-terrain où un gaz mortel a créé une armée de zombies et autres monstres sous le regard froid d’un ordinateur bien frappé. Si avec ça on s’ennui à Resident Evil, ça sera vraiment pas de chance !



En dépit du manque d’étoffe de son œuvre naissante, Paul Anderson a su gagner très rapidement l’affection du public cinéphile. Quoi qu’on en pense, Mortal Kombat et Event Horizon ont une confortable côte d’amour, que n’a guère entamé le désastreux Soldier judicieusement passé sous silence. Pourquoi tant de sympathie ? Simplement parce qu’Anderson partage avec nous l’amour d’un monde global de cinéma, où se croisent toutes les figures emblématiques qui nous ont appris à aimer les films. Pêle-mêle, on retrouve ainsi chez lui, et à longueur de bobines, les tournois de Opération Dragon, les combattants magiciens de Jack Burton, le vaisseau fantôme d’Alien, le masochisme gore de Hellraiser, les réplicants de Blade Runner et centaines d’autres images, d’autres parfums qui à défaut de lui être personnels s’intègrent en toute logique dans son mode universel de pensée. Il réalise le fantasme de faire cohabiter les genres et les réalisateurs les plus dissemblables par le seul biais du fil rouge de sa passion pour tous les cinémas. Les lecteurs de DvdRama en savent quelque chose, eux qui ne cessent en ces colonnes de zapper d’une obscure série Z coréenne à un montage director’s cut de Cléopâtre sous prétexte que les films, dans l’absolu, coexistent. Pour tisser des couronnes de laurier à Anderson, il faut donc partager son éclectisme décomplexé et comprendre son absence totale de cynisme, sa parfaite sincérité.



Resident Evil est une réussite. Modeste. Et elle doit tout à Anderson. Pour les raisons exposées plus haut, il est sans doute le réalisateur le mieux indiqué, aujourd’hui, pour transposer un jeu vidéo sur grand écran, si tant est qu’on reconnaisse un intérêt à une telle entreprise. Resident Evil, le jeu, est une tentative réussie d’appliquer au mécanisme ludique le plus simple du monde (avancer, explorer des couloirs, tuer tout ce qui bouge) les codes visuels hérités du cinéma : le temps, le hors-champ, le changement d’échelle, la profondeur de champ et la délimitation spatiale étaient des outils de jeu à part entière, et contribuaient notablement à forger la sensibilité cinématographique du joueur. Si on trouvait ici et là des emprunts à George Romero (pour les morts-vivants bien crados) et John Carpenter (il est d’ailleurs hallucinant de voir à quel point Ghost of Mars opérait un retour aux sources et anticipait nombre d’idées du film d’Anderson), le projet des concepteurs était bien plus global, et parvenait à s’alimenter d’un feeling d’ensemble, au-delà du référentiel, purement sensoriel. Soit à peu de choses près ce vers quoi tend depuis ses débuts Paul Anderson, réalisateur apatride, citoyen du monde cinéphilique, sorte de globe-trotter qui garde précieusement une poignée de terre de tous les pays qu’il a visité. S’établie donc entre ces deux supports un lien empathique indispensable qui faisait cruellement défaut à Tomb Raider, adaptation sans envie, par un réalisateur anesthésié, d’un pâle ersatz raté de cinéma. Plutôt que calquer les œuvres les plus immédiatement proches du jeu ou se réfugier derrière un non-montage épileptique pour metteur en scène démissionnaire, Anderson préfère emboîter le pas des programmeurs du logiciel et poursuit ainsi presque logiquement leur projet : l’accumulation d’emprunts accouche d’une sorte de trip intuitif certes peu impliquant mais curieusement grisant, où le cinéma devient le prolongement du rapport fusionnel du joueur à l’image.



Anderson crée donc un film en vase clos régi par une seule règle, la réaction systématique de ses personnages aux problématiques en les soumettant à toutes les tortures possibles. Son film devient ainsi un manifeste de jouabilité auquel seul pouvait aboutir ce réalisateur sadique et nihiliste capable de massacrer tout ses protagonistes et couler sa propre flotte pour le plaisir d’un retournement inattendu ou d’un beau plan gore. Pour un peu, on s’attendrait presque à le voir tuer son héroïne et mieux la ressusciter, sauvegarde oblige. Il va chercher de l’enjeu partout où il peut, dans le moindre recoin de décor et de scénario, jusque dans le passé et le souvenir de ses héros via des flash-backs emboîtés assez efficaces. Bien sûr, trop de conflit tue le conflit, mais depuis quand s’étaient-on vu offrir autant de cadeaux à la fois, au cinéma (jusqu’à la foufoune de Milla Jovovich, furtive mais mémorable) ? Un top, on vous dit.

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