Dire que
Resident Evil : Apocalypse était attendu par les gamers – qui espèrent enfin un
Resident Evil à la hauteur du jeu – relève de l’euphémisme, et ce même si la machine d'Anderson (qui a malgré tout ses fans) avait ses limites et en a déçu plus d’un. Après ce premier épisode de facture somme toute médiocre – mais assez fidèle sur certains aspects au jeu originel –, on se demandait comment Alexander Witt, remplaçant d’un Paul Anderson passé producteur et scénariste, allait réussir à se sortir de ce bourbier. Solution : en faisant pire.
RESIDENT EVIL APOCALYPSEUn film d'Alexander Witt
Avec Milla Jovovich, Sienna Guillory, Oded Fehr, Thomas Kretschmann, Sophie Vavasseur
Durée : 1h40
Sortie : 06 Octobre 2004
Une héroïne de charme à droite, une héroïne tout court à gaucheLe film reprend l'histoire là où le premier s'est arrêté, avec Alice (Milla Jovovich) au cœur de Racoon City, ville complètement dévastée et dangereuse. Soumise aux expériences biogénétiques de l'énorme Umbrella Corporation, Alice subit une mutation génétique et se retrouve dotée d'une force, d'une dextérité et de sens surhumains. Alice rejoindra Jill Valentine, membre rétrogradé de l'élite S.T.A.R.S. de l'Umbrella Corporation, ainsi qu'une troupe de soldats. Ensemble ils doivent chercher à fuir ce lieu rempli de zombies. Pour atteindre leur but, ils vont devoir affronter les assauts sans rémission de morts-vivants voraces, tout comme les troupes de l'Umbrella et leurs armes biologiques, la plus redoutable d'entre elles étant l'assassin colossal, surarmé et invincible : le Némésis !
Le retour du coup de pied !Soyons clairs dès le départ :
Resident Evil Apocalypse est aussi stimulant que le premier volet et moins bon que la majorité des films de zombies actuels (le récent
L’armée des morts, formidable relecture de
Zombie, enterre le film cent fois). Paradoxe: on ne s’ennuie pas, mais ce n’est pas pour autant que l’on apprécie le spectacle, sorte de ballet dégingandé où Milla Jovovich, plus cabote et défoncée que jamais, pénètre dans une église avec sa moto et accumule les coups de tatanes sur fond de Slipknot. Evidemment, ça calme les ardeurs.
On ne va pas s’attarder sur les défauts et autres grosses ficelles d’un objet pareil : c’est non seulement de la perte de temps et ergoter sur des détails superfétatoires qui risquent de parasiter votre vision du film. Au mieux, disons que ça ressemble à un mélange entre
et un Troma, fardé en invasion de zombies furibonds. Passé un prologue aussi quelconque que clippesque résumant le précédent volet aux chanceux qui ne l’auraient pas vu, le film prétend aussitôt entrer dans le vif du sujet en essayant d’introduire de nouveaux enjeux dramatiques. En réalité, Alexander Witt ne va se contenter par la suite que de compenser le manque de gore du premier volet en jouant la carte de la surenchère ostentatoire. Le résultat est plus bourrin et gore, certes, mais son alchimie manque cruellement de cohérence. Les personnages pâtissent d’un montage cut sans queue ni tête (épileptiques, s’abstenir ! ) et n'ont aucune profondeur. De fait, les acteurs, médiocres et livrés à eux-mêmes, peinent à les incarner. Le personnage de Jill Valentine est ainsi un succédané de Lara Croft sans âme. Quant au fameux monstre Nemesis – celui qui était censé maintenir l’intérêt du film –, son apparence ressemble à un blob putride dont les origines, au départ floues, trouvent une justification grotesque. Ses apparitions ont néanmoins le mérite d’être hilarantes, mais on aurait plus vu sa place dans un épisode de Toxic Avenger (Kaufman, si tu nous lis).
Jill Valentine en pleine action (et déhanché) dans RESIDENT EVIL : APOCALYPSE
Tel quel, Resident Evil Apocalypse s'impose comme une série B grand-guignolesque qui confine par intermittence au nanar le plus écœurant. Alors, oui, bon, certes, d’accord, c’est agréable de poser une heure trente ses neurones en stand-by, mais était-ce vraiment le but de cette mascarade dépourvue d’ironie comme de second degré ? Le plus désagréable, c’est qu’en se prenant au sérieux, cet opus génère l’effet inverse. L’absence d’un véritable scénario et d’ambitions strictement cinématographiques (c’est une adaptation de jeu vidéo mais ça reste un jeu vidéo) affligent un film souvent inepte mais qui, à la manière de l’exécrable Catwoman, a le mérite de fonctionner à double tranchant : c’est d’une nullité abyssale mais qu’est-ce qu’on rigole.
Le retour de Babar (version zombie) dans RESIDENT EVIL : APOCALYPSE