Une réédition de son dernier album, un jeu vidéo à son nom, et maintenant un film sur sa vie, sans oublier la bande originale qui va avec, le tout bien emballé dans un plan média digne d’une pop star… 50 Cent c’est un peu le King Kong du hip hop américain, impossible de le louper en cette période de fêtes, pour les fans de la Star Academy comme pour ceux de Public Enemy. Alors après l’album, très moyen, et le jeu, gentille arnaque sous couvert de licence, le film sauve-t-il l’honneur ?
REUSSIR OU MOURIRUn film de Jim Sheridan
Avec Curtis « 50 Cent » Jackson, Terrence Howard, Joy Bryant
Durée: 1h57 minutes
Sortie cinéma : 22 février 2006Depuis le meurtre tragique de sa mère, Marcus a perdu ses repères et plongé dans l’illicite en se forgeant une solide réputation de caïd du deal dans son quartier natal du Bronx. Brouillé avec ses grands-parents chez qui il avait trouvé refuge et ayant perdu de vue Charlene, son amour de jeunesse, il s’efforce de s’en sortir grâce à l’argent facile, tout en caressant le doux rêve de se lancer dans une carrière de rappeur. La terrible tentative de meurtre dont il sera victime va le pousser à choisir le rap.Sidérante est l’aisance avec laquelle Jim Sheridan s’est emparé de l’histoire de 50 Cent pour en retranscrire toute l’intensité en l’espace de deux heures. Là où d’autres se seraient couchés devant l’imposante présence du rappeur pour livrer un pâle biopic dénué de toute ambition, Sheridan s’est accommodé sans broncher des contraintes scénaristiques et a réalisé ce qui s’apparente finalement beaucoup plus à un film de gangsters classique, flirtant par moments avec la chronique sociale, qu’à un support promotionnel pour poids lourd de l’industrie musicale. Sans chercher à tirer une quelconque profondeur revendicative du script, Sheridan s’attache à tracer avec une élégance rare la ligne du récit de son personnage, de son enfance dans les bas-fonds du Bronx jusqu’à ses débuts tonitruants sur scène.

Le film, parfaitement structuré, prend la forme d’une longue fuite en avant symbolisée par les déménagements successifs de Marcus. D’abord les derniers et précieux moments passés avec sa mère dévouée, ainsi que les premières expérimentations musicales, époque nostalgique indispensable à la compréhension de l’intrigue. Ensuite l’enfance passée chez ses grands-parents, le spectre du meurtrier de sa mère, le manque d’intimité, les disputes avec les cousins, les premiers deals. Puis vient l’indépendance lorsque Marcus emménage dans son propre appartement, période faste et festive, propice à tous les excès. Enfin la migration vers la côte en compagnie de Charlene, qu’il a retrouvée, dans une belle maison avec vue sur la mer. Entre temps le climax du film –la fameuse tentative de meurtre dont Marcus/50 Cent est réchappé avec neuf blessures par balle-, évoqué habilement dans l’ouverture du film pour en augmenter son impact, fait basculer l’intrigue dans un mouvement gracieux par le biais d’un audacieux montage en parallèle d’un flash-back revenant sur la naissance de Marcus.
Bien sûr,
Réussir Ou Mourir n’en reste pas moins d’une candeur très certainement rebutante pour certains (voir le tollé provoqué aux Etats-Unis), mais c’est un film dont il faut savoir accepter les limites, qui tiennent dans la démarche ultra commerciale du projet, pour mieux en apprécier la force. La force de Sheridan qui a assimilé et digéré les enjeux du scénario avec une vigueur inouïe pour donner une version personnelle et unique des faits. Il faut voir à ce titre la façon dont le manichéisme de l’histoire est ainsi parfaitement canalisé et l’habileté du réalisateur qui évite soigneusement tous les pièges tendus par le script, que ce soit la scène de manifestation anti-drogue dans laquelle Marcus/50 Cent aurait pu paraître à son avantage en sa qualité d’ancien dealer reconverti, ou bien les rares passages musicaux réalisés avec une sobriété anéantissant toute posture d’autoglorification du personnage principal. De même la violence visuelle présumée du film est finalement peu significative au regard de la portée finale de l’ensemble et cède sa place à l’élégance de tous les instants du cinéaste. Sheridan livre donc ici, après son magnifique
In America, une nouvelle vision sublime de sensibilité et d’humilité du rêve américain et ses déviances. Il fallait le faire.