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Revolver

La critique d'Excessif

1/5
revolver_z2bis L'HISTOIRE :
En 1997 le bouche à oreille ventait les mérites d'un petit film anglais intitulé Arnaques, Crimes et Botanique. Deux ans plus tard était annoncé sur les écrans le second film du même réalisateur : Snatch. Son nom, Guy Ritchie, devenait alors familier. S'en suivirent un nombre incalculables de ragots sur sa vie privée avec sa nouvelle femme, Madonna, qui menèrent à leur association sur un nouveau film la plaçant devant caméra : A la dérive. Rigolo durant ses cinq premières minutes, ce remake inutile d'un film italien tout aussi dispensable sombrait rapidement dans l'abject et l'insupportable, le réalisateur semblant tout à coup victime d'une sérieuse panne d'inspiration. Exit les effets de montages, les personnages charismatiques, les répliques qui font rire, et place à la comédie romantique basée sur l'humiliation du personnage principal. Les fans de la première heure n'en revenaient pas.


Puis vint l'annonce d'un nouveau film : Revolver, prévu pour 2005, en partie financé par Luc Besson via sa société Europa Corp. Mais sa genèse devint aussi compliquée que la vie de Guy Ritchie partait en vrille, le réalisateur british vaguant dans les terrains houleux de la secte Kaballah à laquelle sa madone de femme l'avait initié. Rapidement, le scénario truffé de références à cette "religion" est refusé par le studio Columbia (à l'époque encore à bord), obligeant Guy Ritchie à le réécrire de A à Z. Au total, trois années de laborieuse écriture suivie d'un tournage marquant le retour de son acteur fétiche sur ses deux premiers films, Jason Statham.

REVOLVER
Un film de Guy Ritchie
Avec Jason Statham, Ray Liotta, Vincent Pastore, André Benjamin
Durée : 1h55
Sortie : 28 Septembre 2005

A force de traîner avec des voyous, Jake Green, joueur invétéré et arnaqueur professionnel, finit par écoper de sept ans de prison à la place du dangereux caïd Dorothy Macha. A sa sortie, Jake devient imbattable au jeu, grâce à une formule apprise auprès de deux mystérieux co-détenus. Il est prêt à prendre sa revanche. Empêtré dans une guerre des gangs avec son impitoyable rival, Lord John, Macha mise toute sa crédibilité sur un trafic de drogue avec le tout-puissant Sam Gold. Quand Jake rend visite à Macha dans son casino, il l'humilie en public lors d'un jeu de hasard. Ce dernier envoie ses hommes aux trousses de Jake, mais celui-ci est sauvé par l'énigmatique Zach qui propose de le protéger. Sceptique, Jake refuse leur aide, mais lorsqu'il découvre qu'il n'a plus que trois jours à vivre, il n'a plus le choix. Il va se retrouver pris au milieu d'un jeu risqué et dangereux...


Dire que l'on attendait avec impatience le retour d'un Guy Ritchie en pleine forme est une évidence, non sans toutefois une légère appréhension avec l'espoir qu'A la dérive soit un accident de sa filmographie et non l'inverse. Mais au final, Revolver réussit l'exploit de creuser encore plus la tombe artistique du réalisateur britannique.


La saveur de Snatch et Arnaques provenait principalement de ses personnages, charismatiques, et de la construction narrative faite de va et viens incessants entraînant un jeu avec le spectateur pour le moins jouissif (ou énervant pour les détracteurs). Une structure qui portait ses fruits sur des histoires modestes, reprise ici au service d'un film aux intentions plus sérieuses, s'orientant ouvertement vers le film noir. Plus lent, plus posé, et bien plus ambitieux, Revolver est la preuve que son auteur cherche à rentrer dans la cour des grands, illustrant une tentative de livrer un film complexe unique en son genre. Sauf que la recette ne prend pas : du début à la fin la narration tarabiscotée à l'extrême même pour les situations les plus simples rend l'histoire si confuse qu'elle en devient impossible à comprendre. Un défaut qui ironiquement possède son avantage, celui de nous faire cogiter pour remettre en place les informations et palier au rythme soporifique de l'enchaînement des scènes.


Le Blueberry du polar

S'ouvrant sur pas moins de quatre ou cinq citations bien prétentieuses (César, Machiavel, ...), Revolver débute comme un polar pur, qui après s'être traîné en longueur ses quinze longues premières minutes introduit un concept prometteur : Jack Green (Jason Statham) n'a plus que trois jours à vivre et va remettre son sort et sa fortune à deux arnaqueurs possédant le talent surréel d'anticiper tous les dangers. Une carte posée par terre par leur soin indiquera à Jack sur son chemin qu'il doit se baisser pour la prendre (littéralement inscrit "Prend cette carte"). Juste à temps pour le sauver d'une fusillade tandis qu'il se penche. Qui sont ces personnages ? Qui est le mystérieux trafiquant Lord John que personne n'a jamais vu ? Qui est réellement Macha (Ray Liotta) ? Autant de questions qui ne trouveront aucune réponse puisque le parcours de Jack sera... spirituel !


A la vue de Revolver, on ne peut s'empêcher de penser en premier à Blueberry de Jan Kounen, ses scènes d'hallucinations mystiques, ses combats psychédéliques et sa lenteur extrême où l'on rentre dans le brouhaha du cerveau du personnage principal. Une inspiration flagrante accompagnée de copiages éhontés d'autres récents classiques de la schizophrénie, comme Fight Club - quels sont les personnages imaginaires ?, Sixième Sens – Jack Green est-il encore en vie ?, ou même Matrix lorsque Jack atteint enfin l'illumination suprême et ne craint plus les armes braquées sur lui. Un méli-mélo bordélique digne d'un recyclage de supermarché, atterrant de par sa gratuité, son radotage, et surtout la futilité du propos une fois que l'on essaye tant bien que mal de remettre de l'ordre dans l'histoire.


Débitant ainsi un grand nombre de concepts "philosophiques" sur l'arnaque, la manipulation, répétant toujours les mêmes idées soulignées par un montage virant à l'insupportable et au grand n'importe quoi, Revolver se noit complètement dans son verre d'eau, se mordant la queue à la moindre occasion. Le parcours spirituel de Jack Green imaginé par un illuminé amène ainsi quelques scènes d'anthologies, de face à face avec Ray Liotta où larmes et confusion psychologique de bas étage se mêlent dans un symbolisme putassier rappelant les pires moments de prétention d'un Matrix Revolutions.
La consternation est également artistique, notamment lorsque Guy Ritchie imite Quentin Tarantino et son Kill Bill, certes dès son introduction sur fond noir avec la voix-off de Statham, mais surtout en intercalant des phases de dessin-animé affreuses ressemblant à un clip de Gorillaz revu et corrigé par un daltonien ne sachant pas manier le crayon (ou plutôt la palette graphique).


De ces deux heures assommantes, il reste tout de même quelques petites trouvailles réjouissantes à sauver, notamment à travers Sorter, tueur d'élite aussi inoffensif en apparence qu'impitoyable et donnant lieu à chacune de ses apparitions, surtout un massacre final au montage génial, à des idées de mise en scène rappelant que Guy Ritchie était autrefois un bon réalisateur. Mais ces cinq minutes totalisées ne font que souligner la futilité du reste du film.



On tombe de haut. Si le grand écart entre ce que l'on attendait du nouveau Guy Ritchie et ce qu'il est aurait pu être une bonne surprise, Revolver est au final un pétard mouillé doublé d'une arnaque visant directement le spectateur. En résumé, il s'agit d'un film très long, incroyablement prétentieux, procurant quelques visions graphiques à effrayer une rétine, et incompréhensible alors qu'il n'y a rien à comprendre. Un sombre nanar prétentieux tout de même fascinant par sa vacuité aussi ridicule qu'insupportable.

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