L'HISTOIRE : La société Muller organise une réception à l'occasion du lancement d'un nouveau produit. Au cours de la soirée, on découvre qu'il s'agit en réalité d'un exercice de coaching pour les cadres de l'entreprise. Progressivement, les rumeurs sur le rachat prochain de la société vont bon train et chacun se retrouve à tenter de sauver sa place. Une comédie sociale parfaitement ancrée dans l'air du temps
« Ma petite entreprise, connaît pas la crise », comme le chantait si bien Alain Bashung. D'autres, en revanche, plus importantes, n'ont pas cette chance. Celle dirigée par Mr. Muller, alias Pascal Greggory, en fait partie. L'occasion pour son personnel d'être mis à l'épreuve et de régler certains comptes. Denys Granier-Deferre avait déjà traité un thème plus ou moins similaire dans un film hélas aujourd'hui méconnu, intitulé Que les gros salaires lèvent le doigt !!!, avec Jean Poiret, Daniel Auteuil et Michel Piccoli. Depuis, peu de cinéastes s'étaient risqués à évoquer un tel sujet. Aujourd'hui, et crise oblige, l'idée revient finalement en première ligne.
Sans être mélodramatique, ni même pédagogique, Rien de personnel se révèle être une oeuvre satirique particulièrement incisive, et dirigée de mains de maître par un cinéaste très inspiré.

Mathias Gokalp, dont ce film est le tout premier, aborde son histoire avec une réelle passion artistique. Loin des mises en scène conventionnelles, généralement propres au cinéma français, l'homme s'inspire ici des plus grands classiques du Septième Art, en se réappropriant tout d'abord certaines idées d'« écriture », et en les modernisant par ailleurs. Rien de personnel nous fait ainsi penser, dans un tout autre genre, au chef d'oeuvre réalisé par John Ford, L'homme qui tua Liberty Valance, dans lequel une seule et même intrigue était dévoilée sous plusieurs angles, lui donnant par conséquent divers sens possibles. Dans Rien de personnel, Mathias Gokalp découpe son intrigue en différents chapitres qu'il nomme très précisément. Le premier donne à voir les faits les plus essentiels du film, résumés en un montage de quelques minutes. Et les suivants se basent ensuite sur ces mêmes plans pour ensuite en dévoiler davantage. L'histoire s'enrichit donc au fur et à mesure de son avancée, et tout ce que nous croyions acquis se révèle finalement bien différent, de par une succession de surprises et autres révélations en tout genre. Rien de personnel apparaît donc comme un spectacle total aux rebondissements multiples, et face auquel il est impossible de s'ennuyer.

De leur côté, les nombreux acteurs du film participent grandement à sa réussite. En tête, Jean-Pierre Darroussin séduit, comme à son habitude, et sans grande difficulté. Comédien de seconde zone, Bruno Couffe a été engagé pour les besoins d'un séminaire d'entreprise, au sein duquel on l'oblige à jouer le rôle d'un homme misérable surexploité par sa hiérarchie, et ce, afin de renforcer le caractère des véritables employés un peu trop sensibles. Personnage d'une grande drôlerie, burlesque ou parodique (le voir casser un verre puis manger les différents morceaux risque de provoquer chez le spectateur une hilarité incontrôlable de par son haut degré de surréalisme), il est le fil conducteur, celui que l'on suit dès les premières minutes, et qui nous amène à rencontrer tous les autres. Ecrit et interprété avec une parfaite justesse, Bruno apparaît alors comme l'un des rôles les plus réussis dans la carrière de Jean-Pierre Daroussin, aussi truculent et incontournable que Dany dans Mes meilleurs copains. Mais notre « poulpe » national n'est pas seul à donner un réel intérêt à cette excellente satire. On y retrouve en effet Denis Podalydès, fidèle à lui-même dans la peau d'un homme de classe moyenne, sans oublier Mélanie Doutey, dont le talent est égal à sa beauté... Enfin, on retiendra le couple formé par Zabou Breitman et Bouli Lanners, aussi drôle que pathétique. Lui, toujours aussi fou amoureux de sa femme, ne parle que d'elle jour et nuit, tandis qu'elle n'hésite pas à le tromper dans le (seul ?) but de garder son emploi.
En somme, une galerie de personnages atypiques, tendres ou violents, mais toujours attachants.
Rien de personnel se veut une comédie sociale parfaitement ancrée dans l'air du temps, d'une incroyable richesse et au potentiel divertissant extrêmement fort. Une indéniable réussite.