L’idée de départ était plutôt bonne : raconter la véritable histoire de Rintintin lors de la Première Guerre Mondiale lorsqu’il fut recueilli par une garnison de soldats américains après un bombardement, et sa vie au milieu des soldats avant de partir pour Hollywood à la fin de la guerre. Malheureusement ce qui aurait pu être un angle d’approche original sur la guerre s’avère très vite sabordé.
Nu Image et le réalisateur Danny Lerner mettent en scène un film avant tout pour les enfants, en pensant visiblement qu’ils ne sont pas à même de comprendre des univers complexes ou sombres. La reconstitution de l’enfer de 14 se résume donc à un feu de bois dans un champ, puis au héros riant avec son copain français (forcément drôle et lâche) avant de recevoir une médaille parce qu’il s’est pris une balle dans l’épaule quand il a fui le combat… Pour une reconstitution historique on repassera.

Certes l’histoire se veut avant tout un film pour les tous petits et le réalisateur se concentre donc sur les péripéties de Rintintin dans la base américaine. Mais, Danny Lerner passe encore complètement à côté de son sujet. Visiblement, pour lui, faire un film pour enfant signifie travail bâclé et scénario affligeant de stupidité. Le plus étonnant reste sa mise en scène, invraisemblable, remplie d’effets inutiles et pathétiques (des ralentis quand Rintintin saute sur une table, des accélérés sur les méchants qui tombent dans la boue), et de gags semblant tout droit sortis des scènes coupées de
Pas de pitié pour les croissants, accompagnés de bruitages de cartoon censés renforcer l’aspect comique des scènes.
Au vu du silence qui régnait dans la salle de projection pleine d’enfants, on peut craindre que le retour de Rintintin se finisse par une petite injection chez le vétérinaire. Le réalisateur applique un traitement totalement en opposition avec la volonté de réalisme du projet et de son contexte, affaibli par une mise en image tellement déplorable qu’on en vient à se demander si ce n’est Rintintin lui-même qui est derrière la caméra. Quoi que ça n’aurait pas été pire…

Ce film est parmi ce qui s’est fait de plus mauvais comme production pour enfants depuis des années, et se retrouve très représentatif de la difficulté qu’ont les réalisateurs et les producteurs à réussir un spectacle familial intelligent.
Stanislas Bernard