La critique d'Excessif

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rise_08 L'HISTOIRE : Une journaliste, après une enquête qui a mal tourné sur la jeunesse gothique américaine, se réveille transformée en vampire dans une morgue. Perdue, ne comprenant ce qui lui arrive, elle est alors récupérée par un homme qui va donner un but à son existence : se lancer à la recherche du vampire responsable de son état, pour se venger. Et elle n'est pas la seule à avoir un tel désir, trouvant du soutien lors de sa rencontre avec un policier dont la fille est elle aussi devenue une victime des vampires. Le combat va commencer...
Un accident de parcours ?
Difficile de résister à un projet aussi excitant : Lucy Liu en journaliste glaciale qui combat des vampires surexcités dans un film d’horreur présenté partout comme extrêmement dérangeant. Projet qui, en passant, peut déranger les modes avec panache et élégance, s’avancer en terrain inconnu et transformer des audaces au-delà de toute espérance. Oubliez. Au bout de cinq minutes, on déchante. Non seulement il y a tromperie sur la marchandise (mais où sont passés les vampires ?) mais en plus, le pétard est aussi mouillé qu’un Captivity (le fameux chef-d’oeuvre fantastique de Roland Joffé, sorti l’année dernière dans l’anonymat estival, qui soi-disant avait provoqué des malaises lors de différentes projections). Rise fonctionne un peu sur le même principe : il arbore tous les atouts voyants – et en réalité triviaux – pour séduire l’œil et captiver l’esprit en annonçant des scènes gores à foison et, surtout, des séquences où miss Lucy Liu évoluent dans le plus simple appareil. Or, il lui manque juste l’essentiel. A savoir une croyance en tout ce qui est filmé. Et le problème ici, c’est que l’on n’y croit pas une seconde.



Sommairement, Rise raconte l’histoire d’une journaliste qui se réveille transformée en vampire dans une morgue. Elle se lance à la recherche du vampire responsable de son état pour se venger. Avant de revenir à la morgue pour de nouvelles aventures. Souvenons-nous ensemble: Sebastien Gutierrez, c’est le réalisateur d’un enthousiasmant Judas Kiss qui, au bon souvenir, ne manquait pas d’audace encore moins de vigueur. Mais c’est aussi le scénariste de Gothika (exercice de style à peine sauvé par la mise en scène appliquée du père Kasso) et plus récemment de l’épouvantable remake US de The Eye par le duo frenchy Palud-Moreau. Vu qu’il s’agit là de sa seconde réalisation, on aurait pu espérer que Gutierrez se serait contenté de ces travaux bâtards pour rebondir avec un long métrage personnel et inspiré. Que nenni!


Premier problème: il est confronté aux limites de son script plutôt débile (à côté, Les prédateurs, de Tony Scott ressemble à une thèse de troisième cycle) qui ne repose que sur une histoire de vengeance extrêmement banale, lestée de rebondissements invraisemblables et de gadgets saugrenus (l’arbalète de l’héroïne, sic). Si bien qu'en comparaison, Underworld passe pour un parangon de sobriété. Entre deux trois idées, on comprend là où Gutierrez veut en venir : prendre avec ostentation le contre-pied des métaphores traditionnelles pour nous présenter un univers plus prosaïque. Dans cette logique, il travaille une atmosphère chiadée en privilégiant un pseudo-réalisme de pacotille aux métamorphoses fantastiques. Bien. Bien mais les bonnes intentions sont inversement proportionnelles aux efforts mis en œuvre. Non seulement les vampires n’ont pas de dents pointues mais surtout ils ressemblent à des cannibales!


Inévitablement, quelque chose se creuse durant le temps de la projection, quelque chose qui n’en finit pas d’évider le scénario, de contourner l’intérêt attendu qu’on voulait y trouver. Il en ressort le sentiment d’un flot d’images peu maîtrisé – le tout accompagné d’une batterie d’effets sonores et visuels (à l’aune de l'insupportable bande-son techno-métal) qui achève de déconsidérer la sincérité du projet. Avant de conclure que, oui, Rise compile l’ensemble des tics du règne de l’image : model top, idées chics, situations toc. L’esthétique est proche d’un précipité érotique racoleur à tendance gothique à base de couleurs chaudes et enveloppe l’ensemble dans un écrin artificiel plus proche de La reine des damnés, fumisterie avec la chanteuse Aaliyah que d’Entretien avec un vampire ou même de la dimension métaphysique de The Addiction, d’Abel Ferrara. Direction vers laquelle Gutierrez aurait sans doute dû aller même si, de toute évidence, il n’a pas les couilles d’une Kathryn Bigelow (Aux frontières de l’aube). Cela dit, dans le genre, la première scène reste amusante avec ce petit retournement de situation où Lucy se fait passer pour une lesbienne et se paye une prostituée avant qu’un pervers pépère se ramène en chaise roulante et casse tout le charme. Peut-être faut-il voir un lien avec l’amusant prologue de Judas Kiss, où l’intrigue commençait sur un film pornographique lesbien diffusé sur un écran de télévision ?


Ajoutons que la simple présence des comédiens ne supplante pas le manque d’invention dans la mise en scène. Lucy Liu, à qui on a certainement demandé de jouer de manière très froide – ce qui est différent avec "trop froide" ou "frigide" – adopte une expression monolithique et n'attend visiblement rien, si ce n'est son chèque pour payer ses traites. Lorsqu’elle n’est pas seule, la miss est flanquée d'un partenaire de choc (Michael Chiklis, le flic de la série The Shield). Mais il arrive trop tard pour lancer un buddy movie : son personnage alcoolo est trop clicheton et pas assez écrit pour que l’on ait envie d’en savoir plus sur lui. On se console maigrement avec l’apparition – méconnaissable – de Marilyn Manson, la seconde après Le livre de Jérémie, d’Asia Argento. Pour ce genre de production, l’aberration veut que les scènes d’action soient extrêmement rares. Là, ça tombe bien, il n’y en a pas. Finalement, Rise accuse toutes les faiblesses usuelles des productions Ghost House, la société de Sam Raimi : tout dans le style avec gabegie d’effets tapageurs ; rien dans la substance avec recyclage d’idées grand-guignolesques. Et la carrière de Sebastien Gutierrez cinéaste de prendre un coup sévère. Comme celle de Mike Figgis avec La Gorge du diable, son incursion horrifique totalement ratée. A la différence que Figgis a réalisé plein de bons films (Leaving Las Vegas, Time Code, Pour une nuit, Stormy Monday, Affaires privées) et que Gutierrez n’a que Judas Kiss comme réussite au compteur. Avec le recul on peut se demander s'il ne s'agissait pas d'un accident de parcours.





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