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Rock'N'Rolla

La critique d'Excessif

4/5
rocknrolla_vign23 L'HISTOIRE : Un baron de la mafia russe organise une gigantesque arnaque immobilière, avec des retombées se comptant en plusieurs millions de livres sterling. Il n'en faut pas plus pour que tout ce que compte Londres comme criminels se mettent à batailler pour obtenir leur part du gâteau, pour devenir riche le plus rapidement possible ...
Une bande de gangsters british qui courent après l'argent, un gros sac de came volé par de mystérieux bonshommes, des mecs qui chantonnent de vieux airs rock en fendant l'air sur leurs skates : le Guy Ritchie de Arnaques, crimes et botanique est de retour!
Guy Ritchie va pouvoir se remettre de ses récents déboires conjugaux, son dernier film, Rocknrolla, constitue un excellent cru. La critique ciné n’a pas toujours été tendre avec celui qu’elle a un peu trop vite rangé dans la catégorie « Clone british de Tarantino » après le succès de son premier long-métrage, Arnaques, crimes et botanique, alors que sa carrière nous démontre qu’il n’y a véritablement qu’un seul film d’inspiration purement tarantinienne au compteur, Snatch. Guy Ritchie a par la suite signé des autres long-métrages nettement plus originaux (sans être toutefois forcément réussis), cela va du remake d’une comédie italienne 70’s (le catastrophique A la dérive, pur placement du produit Madonna) et le film OVNI lorgnant du côté de Lynch, le navrant Revolver.

Comme il se plaît à le répéter, Guy Ritchie est un londonien pur jus, il est donc normal qu’il s’intéresse de près aux changements sociologiques et architecturaux que subit sa ville natale depuis une bonne dizaine d’années. La capitale britannique étant en effet passée d’une cité cosmopolite et bigarrée à un gigantesque Marks and Spencer à ciel ouvert, où des cadres supérieurs végétariens traînent leur ennui dans des galeries d’art contemporain et des lofts aux loyers exorbitants. Ritchie en a visiblement pris conscience et s’en est servi comme décor pour son nouveau film, RocknRolla. Cette flambée du marché de l’immobilier attire une nouvelle pègre venue de l’Est, qui va forcément se retrouver en concurrence avec ces gangsters londoniens nettement plus old school dans leur façon d’opérer. C’est sur ce choc des cultures que Ritchie va construire son intrigue, sans renier son style, mais en revoyant à la baisse les ambitions auteurisantes développées dans Revolver…et ça, voyez-vous, on ne va pas s’en plaindre !

ROCKNROLLA
Un film de Guy Ritchie
Avec Gérard Butler, Idriss Elba, Thandie Newton, Tom Wilkinson, Mark Strong
Durée : 1h54
Date de sortie : 19 Novembre 2008

Lenny est un caïd londonien qui a fait fortune en graissant la patte aux hommes politiques et en spéculant sur le marché de l’immobilier.
Cookie, One Two, Mumbles et Handsome Bob sont des petits truands qui se font appeler « La horde sauvage », ils pensent se recycler également dans le secteur de l’immobilier et abandonner les petits trafics minables.
Quant à Uri Omovich, c’est un milliardaire russe qui veut conquérir Londres, sans tenir compte des mafieux locaux qui voient d’un mauvais œil ces nouveaux truands venus de l’Est usant de moyens de pression bien peu orthodoxes.
Tous ces individus louches vont voir leurs destins basculer à cause d’un seul homme, le rockeur toxicomane Johnny Quid qui tombe raide dingue d’un simple tableau, le seul problème étant que ce tableau appartient à Uri Omovich…


Dès le générique rythmé par le rock très viril des français du groupe Black Strobe, on sent que tout ce qui faisait l’intérêt du cinéma de Guy Ritchie est revenu, c’est toujours aussi poseur qu’avant, mais l’intrigue se voit débarrassée de tout superflu, ce qui sied mieux à la structure narrative propre aux films du Britannique, s’étant toujours mieux accommodé d’une intrigue modeste et surtout d’un humour ravageur. Ici, les traits d’humour font souvent mouche, notamment dans les scènes de dialogues qui se veulent faussement virils entre les membres de la Horde sauvage, petits voyous minables tous génialement croqués dans de rapides portraits (le dandy, le leader maladroit, l’homo refoulé) et incarnés par de nouvelles recrues comme Gérard Butler ( The King Leonidas himself !), Idriss Elba (l’inoubliable Stringer Bell de la série HBO Sur Ecoute) et Karel Roden (le Raspoutine du premier Hellboy) qui campe ici une version plus brutale de Roman Abramovitch , le milliardaire russe propriétaire du Chelsea Football Club.


Ces protagonistes, plus attachants qu’impressionnants comme pouvaient l’être les solides Jason Statham et Vinnie Jones, s’en donnent à cœur joie dans le registre de la comédie burlesque (la scène de danse entre Thandie Newton et Gérard Butler, presque plus originale que son célèbre équivalent de Pulp Fiction puisque ayant cette fois-ci un réel intérêt narratif).Il faut vraiment être rabat-joie pour ne pas goûter à cette recherche d’une authenticité destroy qui se perd un peu dans le cinéma britannique « mainstream » ces temps-ci (voir le dernier Danny Boyle). Ritchie reste ainsi volontairement sur le palier des clubs de rock qui fleurissent dans les quartiers branchés de Londres, et préfère faire chanter le « Bank Robber » des Clash à son antihéros parfait, Johnny Quid, croisement hallucinant entre Johnny Knoxville et Pete Doherty. Sans rien révéler du climax, il semble incarner le nouvel idéal du cinéma Ritchien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Guy Ritchie a confié le rôle principal de son prochain film à Robert Downey Jr., un acteur lui aussi rock n’roll et dont on a que tout récemment reconnu les qualités d’interprétation.

Rocknrolla semble ainsi servir de répétition au réalisateur, visant à préparer le terrain pour sa version de Sherlock Holmes (actuellement en tournage). Mark Strong (déjà aperçu dans Revolver) est filmé comme un futur Professeur Moriarty (élégant et menaçant à la fois dans son costume de tweed), et on dénote des scènes d’action un peu plus chiadées que par le passé. Par exemple cette hallucinante séquence de course-poursuite dans une succession de terrains vagues de voies de chemins de fer, avec des hommes de mains russes plus proches des cyborgs de Terminator que de mafieux lambdas. Ce peaufinage narratif et esthétique laisse en tout cas présager du meilleur pour son auteur, que ce soit pour les aventures du plus célèbre détective britannique ou en vue d’une probable trilogie Rocknrolla, comme le laisse entendre le speech final…

Raphael Ravor

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