L'HISTOIRE : Un baron de la mafia russe organise une gigantesque arnaque immobilière, avec des retombées se comptant en plusieurs millions de livres sterling. Il n'en faut pas plus pour que tout ce que compte Londres comme criminels se mettent à batailler pour obtenir leur part du gâteau, pour devenir riche le plus rapidement possible ...
Comme il se plaît à le répéter, Guy Ritchie est un londonien pur jus, il est donc normal qu’il s’intéresse de près aux changements sociologiques et architecturaux que subit sa ville natale depuis une bonne dizaine d’années. La capitale britannique étant en effet passée d’une cité cosmopolite et bigarrée à un gigantesque Marks and Spencer à ciel ouvert, où des cadres supérieurs végétariens traînent leur ennui dans des galeries d’art contemporain et des lofts aux loyers exorbitants. Ritchie en a visiblement pris conscience et s’en est servi comme décor pour son nouveau film, RocknRolla. Cette flambée du marché de l’immobilier attire une nouvelle pègre venue de l’Est, qui va forcément se retrouver en concurrence avec ces gangsters londoniens nettement plus old school dans leur façon d’opérer. C’est sur ce choc des cultures que Ritchie va construire son intrigue, sans renier son style, mais en revoyant à la baisse les ambitions auteurisantes développées dans Revolver…et ça, voyez-vous, on ne va pas s’en plaindre !
Dès le générique rythmé par le rock très viril des français du groupe Black Strobe, on sent que tout ce qui faisait l’intérêt du cinéma de Guy Ritchie est revenu, c’est toujours aussi poseur qu’avant, mais l’intrigue se voit débarrassée de tout superflu, ce qui sied mieux à la structure narrative propre aux films du Britannique, s’étant toujours mieux accommodé d’une intrigue modeste et surtout d’un humour ravageur. Ici, les traits d’humour font souvent mouche, notamment dans les scènes de dialogues qui se veulent faussement virils entre les membres de la Horde sauvage, petits voyous minables tous génialement croqués dans de rapides portraits (le dandy, le leader maladroit, l’homo refoulé) et incarnés par de nouvelles recrues comme Gérard Butler ( The King Leonidas himself !), Idriss Elba (l’inoubliable Stringer Bell de la série HBO Sur Ecoute) et Karel Roden (le Raspoutine du premier Hellboy) qui campe ici une version plus brutale de Roman Abramovitch , le milliardaire russe propriétaire du Chelsea Football Club.
Rocknrolla semble ainsi servir de répétition au réalisateur, visant à préparer le terrain pour sa version de Sherlock Holmes (actuellement en tournage). Mark Strong (déjà aperçu dans Revolver) est filmé comme un futur Professeur Moriarty (élégant et menaçant à la fois dans son costume de tweed), et on dénote des scènes d’action un peu plus chiadées que par le passé. Par exemple cette hallucinante séquence de course-poursuite dans une succession de terrains vagues de voies de chemins de fer, avec des hommes de mains russes plus proches des cyborgs de Terminator que de mafieux lambdas. Ce peaufinage narratif et esthétique laisse en tout cas présager du meilleur pour son auteur, que ce soit pour les aventures du plus célèbre détective britannique ou en vue d’une probable trilogie Rocknrolla, comme le laisse entendre le speech final…Guy Ritchie va pouvoir se remettre de ses récents déboires conjugaux, son dernier film, Rocknrolla, constitue un excellent cru. La critique ciné n'a pas toujours été tendre avec celui qu'elle a un ...