Entre le personnage de Romaine et Agnès Obadia, c’est une longue histoire d’amour. Comédienne, scénariste et réalisatrice (Du poil sous les roses en 2000, c’était elle !), Obadia a plus d’une corde à son arc. Et un alter ego cinématographié, Romaine, « grande fille sans amis, sans projets, sans passions et sans ambition ». Mais aux mésaventures multiples et variées : Romaine, un jour où ça va pas en 1989. Puis Romaine, en 1997 qui regroupe trois aventures de son Calimero au féminin. Et aujourd’hui, dernier volet en date, Romaine par moins 30. Un nouvel opus pour lequel elle a confié son personnage à Sandrine Kiberlain, actrice émérite et chanteuse dilettante larguée pour le coup en plein hiver montréalais. Le résultat d’un coup de foudre entre ce pays et la réalisatrice. Et l’occasion d’une visite québécoise que l’on nous promettait assez réaliste, coproduction franco-canadienne oblige. Enfin du moins en théorie…

Si le Québec représente un lieu privilégié pour le cinéma français, la réciproque est loin d’être vraie. Hormis quelques exceptions (
Les invasions barbares,
La Grande séduction…) rares sont les films de « La Belle Province » à l’affiche de nos vertes contrées. Une carence cinématographique qui alimente les stéréotypes et autres préjugés à l’encontre des Québécois : cabane, sirop d’érable et Céline Dion en tête. Visiblement consciente de cette réalité, la réalisatrice Agnès Obadia joint dès lors l’utile à l’agréable. Faire évoluer son personnage fétiche, Romaine, dans l’univers glacial et hivernal de la plus francophone des provinces canadiennes. Une idée qui semble a priori pertinente et propice à la découverte d’un pays aux antipodes des images d’Epinal couramment usitées… D’autant que pour ses nouvelles aventures, Romaine, lasse de se voir prise en charge par un compagnon omniprésent, voit l’heure de l’indépendance sonner ! Un parallèle obligé avec le Québec que l’on pouvait imaginer savoureux. Hélas, à l’instar de notre héroïne perdue en plein aéroport montréalais qui s’interroge, malgré tout, de savoir si c’est toujours mieux ailleurs, le spectateur lambda, lui, se demandera bien vite ce qu’il est venu faire dans cette lointaine et si froide contrée.

« Câliiiisse ! Maudit niaiseux de Français ! » Itinéraire d’une femme qui subit,
Romaine se contente en effet d’accumuler très vite les situations invraisemblables sur fond de décalage Nord américain. Ce qui peut arriver pour une comédie… Sauf que le film se complait dans une simple galerie de personnages, certes hauts en couleurs mais sans profondeur. Et au fil d’un périple cousu de fil blanc… Entre un chauffeur de taxi un rien psycho, en quête d’épouse pour satisfaire un grand-père mourrant, un médecin asiatique, fan d’acuponcture mais un rien filou, un « canadian lover », gros beauf vantard et d’autres personnages du même acabit, l’image de la « Belle province » en prend un sacré coup. Et pas forcément pour le meilleur. Sorte de road movie à la sauce
After Hours, (le grain de folie en moins !),
Romaine distille un récit convenu au gré de références ciné, de
Fargo à
Quand Harry rencontre Sally, pas forcément des plus subtiles…. Sans oublier les sempiternelles expressions linguistiques québécoises, toujours promptes à alimenter la soif d’exotisme du public Français !
Au final, à travers cette histoire de quête identitaire, Romaine livre une composition hétéroclite qui sans parler de loupé, offre une promesse à moitié tenue. Celle d’un personnage un peu largué qu’endosse à merveille une Kiberlain pile poil dans le personnage. L’histoire d’une jeune femme à la croisée des chemins à qui ce périple canadien fait perdre ses derniers repères. Pour des tribulations d’une Française au Québec a priori réjouissantes. Mais qui paradoxalement n’utilisent pas vraiment le potentiel filmique et humoristique d’une telle situation. D’autant qu’à l’image de l’hiver québécois, filmé à loisir, Romaine souffre d’un manque de rythme lancinant que finit de plomber une accumulation de néo-clichés tout aussi réducteurs sur nos « Cousins d’Amérique ». Dommage… Comme quoi l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions !