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Roman de gare

La critique d'Excessif

3/5
romandegare_cinefr L'HISTOIRE : Judith Ralitzer, femme fatale, auteur à succès, est en quête de personnages pour son prochain best-seller. Un tueur en série vient de s'échapper de la prison de la santé ! Huguette, midinette, coiffeuse dans un grand salon parisien, va changer leur destin. Il y a des rencontres plus fatales que d'autres...
Une jeune femme errante qui vient de se faire plaquer par son fiancé sur une aire d"autoroute fait la connaissance d"un étrange personnage, qu"elle invite chez ses parents, en le faisant passer pour leur futur gendre. Qui est-il vraiment ? Est-ce ce criminel évadé de prison dont la radio parle ou est-il le nègre d"une célèbre romancière comme il le prétend ?

ROMAN DE GARE
Un film de Claude Lelouch
Avec Dominique Pinon, Fanny Ardant, Audrey Dana
Durée : 1h43
Date de sortie : 27 juin 2007


Trois ans après le bide critique et public sans appel des Parisiens, premier opus d"une trilogie avortée et probablement dispensable, Lelouch revient en catimini avec un projet qui tranche volontairement avec les clichés souvent véhiculés autour de son cinéma. Exit donc les grandes tirades existentielles et les jeux de hasard, le cinéaste revient ici à une forme plus classique et linéaire d"intrigue, assez rigoureuse dans sa forme. Faut-il y voir une sorte de mea culpa de sa part, une volonté de surprendre un public las de se voir conter éternellement les mêmes histoires ? Il y a sans doute un peu de cela car Lelouch, qui a connu des hauts et des bas dans sa carrière, commençait à sérieusement tourner en rond depuis une petite dizaine d"années, son dernier grand film remontant tout de même à 1998 (le sous-estimé Hasards ou coïncidences).

C"est donc au polar qu"il s"attaque ici, un genre qu"il a rarement abordé dans sa carrière (on se souvient du Voyou dans les années 70) et dans lequel il s"engouffre avec l"application du débutant qui a tout à apprendre, comme si ses cinquante ans de carrière disparaissaient aussitôt à l"écran. Son Roman de gare joue dès le début la carte du suspense, qui repose principalement sur l"identité du protagoniste principal, un homme dont l"apparence évoque celle d"un dangereux criminel mais dont les liens avec les autres personnages sont potentiellement multiples (comme dans tout bon Lelouch le mystère s"éclaircit à la fin). Le spectateur ignore tout de son passé et de ses intentions, et doit virevolter entre les indices contradictoires balancés à la pelle par le récit. Une fois son identité révélée, un drame se produit, qui sera le point de départ de la seconde partie du film, axée sur une enquête policière riche en surprises. Lelouch, qui opte une fois n"est pas coutume pour une narration plus littéraire que documentaire, semble jubiler à ce petit jeu, multipliant fausses pistes et rebondissements inattendus autant qu"il le peut. Le spectacle qu"il en tire se révèle plutôt agréable et convaincant dans le genre, si tant est que l"on ne se réfère pas à la toute puissance du cinéma américain en la matière.


Difficile pourtant de considérer Roman de gare comme autre chose qu"une œuvre mineure, qu"un cadeau comme le qualifie lui-même son auteur, dans la carrière prolifique et déjà très hétérogène de Lelouch. Il manque quelque chose qui fait habituellement le charme de son cinéma, peut-être cette propension parfois outrancière à disserter sur tout et n"importe quoi, cette capacité unique qu"il a de faire jaillir chez le premier acteur amateur venu un éclair de sincérité en une prise (Audrey Dana n"est ni Annie Girardot ni Alessandra Martines), cette spontanéité qui inonde sa filmographie, bref ce qui fait de lui un réalisateur tantôt admiré, tantôt décrié. Le film comporte tout de même de beaux moments, notamment cette belle ballade en voilier sur la côte méditerranéenne où Lelouch prouve son inestimable savoir-faire en matière de grands espaces, faisant au passage oublier la mise en scène tristounette dans les décors confinés et grisâtres du reste de l"intrigue. Au final si Roman de gare demeure loin du thriller de luxe espéré, il se révèle prenant et même jouissif par instants, ce qui n"est déjà pas si mal pour un cinéaste que l"on cherche à enterrer par tous les moyens depuis des décennies.

Augustin Derigny



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