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Sans arme, ni haine, ni violence

La critique d'Excessif

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sans_arme_ni_haine_cineok L'HISTOIRE : Appréhendé en 1977, pour avoir conçu, organisé et réussi le célèbre casse de Nice, Albert Spaggiari s'évade du bureau du juge d'instruction. Pendant des années, il va rester insaisissable, résistant à toutes les tentatives de la police.
Au cours de sa cavale fabuleuse en Amérique du Sud, pourtant, il multiplie les rencontres avec des journalistes, fait des photos en forme de pieds de nez facétieux au public français.
Vincent, reporter, réussit à l'approcher pendant quelques jours dans une ville d'Amérique du sud et découvre un être qui n'a rien à voir avec le grand banditisme, une sorte de Cyrano de Bergerac, généreux et fauché, souffrant de ne pas profiter plus de sa gloire, looser grandiose, vantard plein d'humour et de contradictions mais qui reste traqué par la police française.
La première réalisation de Jean-Paul Rouve, consacrée au gangster Albert Spaggiari, à défaut d’être une vraie biographie, se révèle être une véritable curiosité. Un film léger et original, qui débute de manière pop et clinquante, mais se transforme peu à peu en chronique intimiste et mélancolique. L’ex-Robin des Bois, qui prend un malin plaisir à jouer le braqueur niçois, réussit globalement son baptême de metteur en scène, même si le manque d’enjeux de son histoire peut parfois être frustrant.

SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE
Un film de Jean-Paul Rouve
Avec Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Alice Taglioni, Patrick Bosso, Maxime Leroux
Durée : 1h28
Date de sortie : 16 avril 2008


Le 19 juillet 1976, à Nice, Albert Spaggiari devient d’un coup l’un des malfrats les plus recherchés par la police française. Avec l’aide de mafieux et d’anciens camarades de l’armée, il vient de dérober 49 millions de francs dans la salle des coffres de la Société Générale. Arrêté en 1977, il parvient à s’échapper du bureau du procureur. Quelques années plus tard, un journaliste parvient à obtenir une interview avec le cerveau du « Casse du siècle », toujours en cavale...

Signe des temps, la nostalgie est à la mode dans le cinéma français. L’évocation du « bon vieux temps » des Trente Glorieuses est devenue un argument marketing depuis Les Choristes. Plus près de nous, La Môme a réactivé la passion des Français pour les grandes figures de leur Histoire. Avant de voir Coluche ressusciter devant la caméra d’Antoine de Caunes, ou encore Mesrine incarné par Vincent Cassel, c’est Albert Spaggiari qui revit sous les traits de l’acteur césarisé pour Monsieur Batignole. Loin d’avoir le même budget et les mêmes prétentions que ses collègues, Jean-Paul Rouve n’a pas cherché à réaliser une fresque plongeant dans les arcanes de la mafia niçoise. Il choisit au contraire de raconter l’histoire de ce célèbre casse de Nice en flash-back, à travers le prisme déformant de Spaggiari lui-même.


Un personnage plein de contradictions, qui apparaît durant un trépidant générique à la Saul Bass, tel le bondissant Belmondo de L’homme de Rio. Narguant la police, lancé à travers les rues niçoises sur une moto, Spaggiari, le cigare toujours au coin de la bouche, apparaît comme un malfrat exubérant et sympathique, malgré son racisme latent et son égocentrisme. Un bond dans le temps (et les années 80) nous permet de le voir reclus dans un pays imaginaire d’Amérique du Sud, où le journaliste Vincent Goumard vient le chercher, lui et sa femme Julia, pour une interview. Entre le reporter et le couple, au fil des confessions, d’étranges liens se nouent.


Derrière les pitreries de celui qui voudrait que Delon joue son rôle au cinéma (« Je l’connais bien Delon, il vient me voir à chaque fois qu’il passe ici ! »), et qui mène la grande vie dans les palaces en bord de mer, se cache une vie bien plus pathétique. Le journaliste, joué par Gilles Lellouche, ne dit lui-même pas toute la vérité. Bref, Sans arme ni haine ni violence se transforme bien vite en grand jeu de dupes, où les apparences sont à chaque fois trompeuses. Spaggiari, obligé de se grimer et de vivre sous un faux nom, est ainsi loin d’être un bandit de grand chemin. Tout au plus un opportuniste, qui rêve de gloire, et qui conçoit lui-même son « tube », son casse niçois qui le rendra célèbre. Mais, comme tous ceux passés sur le devant de la scène, Spaggiari souffrira d’être éloigné de son public, d’être obligé de vivre dans l’anonymat imposé par sa fuite. Il trompe son ennui dans l’alcool, les femmes, et l’espoir que les médias continuent à s’intéresser à lui. C’est le couple, surprenant, qu’il forme avec sa belle épouse (Alice Taglioni, touchante), qui lui donne finalement sa seule satisfaction.


Ce tragique paradoxe donne au film un ton mélancolique qui n’est pas sans évoquer les films de Lelouch ou de Claude Sautet. Il peut frustrer ceux qui s’attendaient à un Ocean’s Eleven à la française (pour ça, les espoirs reposent plutôt sur Cash, avec Jean Dujardin). L’action, les poursuites, le suspense, ne font pas partie du programme de Jean-Paul Rouve, qui a conçu un film à hauteur d’homme. Même l’attendue séquence du casse voit sa tension désamorcée par l’escapade de Spaggiari au bar du coin. Une vision en cohérence avec les personnages, donc, mais aussi frustrante vu le destin rocambolesque de cet ancien photographe passé à la postérité pour un casse qui ne l’aura finalement même pas rendu riche. Malgré ces parti-pris narratifs étonnants, l’apprenti cinéaste n’oublie pas de soigner sa mise en scène : décors amoureusement conçus, raccords dans le mouvement très imaginatifs, qui nous font bondir d’une époque à l’autre – l’effet est à chaque fois bluffant -, bande-son « certifiée d’époque », Sans arme, ni haine, ni violence (slogan laissé sur les lieux de son forfait par Spaggiari) se déguste sans voir le temps passer.

Nicolas Lemâle



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